Le rabbi de Kalov, par. Devarim : déployer autant d’efforts dans le domaine spirituel que dans le matériel

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«Assez longtemps vous avez tourné autour de cette montagne ; acheminez-vous vers le nord » (Devarim 2,3).

Il arrive que certains individus choisissent de n’accomplir que quelques Mitsvoth dans leur intégralité, et décident de renoncer à certaines autres, en prétendant qu’elles sont extrêmement difficiles à pratiquer, ou qu’ils ne peuvent se permettre de perdre de leur temps, indispensable pour leur travail.

Réfléchissons à l’idée que, dans un cas de danger, l’homme découvre en son for intérieur des forces insoupçonnées. De même, ce phénomène se dévoile en période de guerre, lorsque des hommes fuient pour sauver leur vie : même les hommes affaiblis parviennent à déplacer tout seuls de lourdes charges, ainsi qu’à parcourir de longues distances à toute vitesse. Or, en temps normal, ils n’auraient pas osé tenter de telles conduites.

De la même manière, si un médecin renommé explique à un patient que, pour sauver sa vie, il devra subir une intervention et sera contraint de rester longtemps dans le service des soins intensifs, ou consommer des aliments très amers ou encore, jeûner une longue période, il se sacrifiera certainement pour se plier aux demandes du médecin.

Nous constatons également au jour le jour que pour la Parnassa, l’homme a l’habitude de déployer d’importants efforts et n’hésite pas à entreprendre des choses très difficiles, dans le but de gagner de l’argent. C’est surtout le cas lorsqu’une somme importante d’argent est en jeu, il sera prêt à commencer à travailler très tôt le matin et à finir très tard le soir. Il est prêt également à souffrir des humiliations, à renoncer à ses besoins et aux pauses-déjeuner, etc.

À ce sujet, le roi David dit (Tehilim 119,72) : « Plus précieux est pour moi l’enseignement de Ta bouche que des monceaux de pièces d’or » : je renonce à tout le matériel afin d’acquérir la sainte Tora.

Les ouvrages de Moussar (éthique juive) préconisent à l’homme de réfléchir au scénario suivant : que ferait-il s’il trouvait en pleine rue un grand trésor ? Il serait tenu de le ramasser et de le cacher dans un endroit dissimulé aux yeux de tous, pour éviter que d’autres le découvrent et s’en emparent. Il va de soi qu’il agirait en toute rapidité et célérité, pour éviter qu’un autre ne le découvre avant lui. Tous ses sens et ses forces seraient mobilisés dans le but de découvrir une cachette et pour y transporter le trésor. Tant qu’il n’aura pas fini cette tâche, il ne s’occupera pas de ses propres besoins.

À ce sujet, le roi David dit (Tehilim 119,162) : « Je me réjouis de Tes promesses, comme quelqu’un qui a trouvé un riche butin » : dans la Tora, on éprouve le même sentiment de joie et d’enthousiasme que l’homme qui trouve un grand butin. Lorsqu’un homme est mû du désir intense de remplir sa maison d’une grande richesse et de biens, il ne ressentira aucune difficulté dans cet effort, et il sera prêt à y consacrer toutes ses forces et tout son temps.

Le roi David, que la paix soit sur lui, nous inculque l’idée que chaque Juif doit appliquer la même attitude qu’il a dans sa vie matérielle, à la vie spirituelle de l’âme, lorsqu’il est question de la pratique des commandements du Créateur, loué soit-Il, dont dépend la vie éternelle de l’homme, et qui apporte également de nombreuses bénédictions et délivrances. Aussi, il nous incombe de déployer d’intenses efforts et de mobiliser toutes nos forces pour accomplir les commandements du Créateur qui guérit toute chair.

Voici une parabole à ce sujet : un homme a reçu un trésor d’or, d’argent et de pierres précieuses, disposées dans une boîte emballée d’un très beau papier : s’il s’amuse avec le papier qui enveloppe la boîte et détache son attention du trésor qui y est déposé et le néglige, il sera considéré comme un idiot.

Ce principe s’applique à notre sujet : un homme qui se préoccupe de ses besoins matériels et néglige ses besoins spirituels est considéré comme un idiot, tout comme l’homme qui a négligé le trésor pour s’occuper de l’emballage. En effet, il faut savoir que le corps humain est uniquement une enveloppe de l’âme qui l’habite, et il faut donc mettre l’accent principalement sur l’âme et ses besoins, tandis que les besoins matériels devront être relégués au second plan.

À la lumière de cette idée, il convient d’analyser notre emploi du temps. Certains se pressent dans la prière et quittent la synagogue avant la fin de la prière en collectivité, ne fixent pas de moments pour l’étude de la Tora, prétendant n’avoir pas de temps. Mais on les voit ensuite gâcher du temps précieux sur des activités futiles, comme des discussions sur la politique, etc.

De même, ce principe s’applique également à ceux qui prétendent ne pas comprendre l’étude de la Tora, comme l’illustre ce récit extrait du Tana Debé Eliyahou : un chasseur s’excusa devant le prophète Eliyahou de n’avoir pas été doté du Ciel de l’intelligence pour étudier la Tora. Eliyahou lui rétorqua : « Si on t’a conféré du Ciel une intelligence vive et l’habileté de semer du lin, de le filer et d’en tisser des filets pour chasser des poissons et des volailles, pour l’étude de la Tora, dont il est dit « car elle est très proche de toi », on ne t’a donné ni sagesse ni intelligence ?! »

Rabbi Mena’hem Mendel de Kotsk zatsal éclaire la réponse d’Eliyahou Hanavi : il voulait lui prouver de cette façon que, tout comme la nécessité de gagner sa vie l’a incité à apprendre les rouages de la chasse, de la même façon, s’il ressentait le besoin et l’obligation d’étudier la Torah, il saurait aussi étudier.

Nous découvrons une allusion à cette idée dans notre verset : « Assez longtemps » : s’il vous semble qu’il s’agit d’un travail trop ardu pour vous, « vous avez tourné autour de cette montagne » : changez de cap et défaites-vous de ce yétser hara’ qui ressemble à une montagne insurmontable (Soucca 52a). Ensuite : « Acheminez-vous vers le nord » : méditez sur les efforts que vous déployez pour acquérir de l’or, qui vient du nord, comme il est dit (Yov 37,22) : « Si l’or vient du septentrion (nord) », vous en déduisez combien il nous appartient de consacrer toutes nos forces à servir le Créateur, pour le bien de notre âme.

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