Les 67 n’ont pas de majorité de gouvernement

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Dimanche, Gadi Eisenkot recevra sans doute le mandat du Président, si Herzog lui donne. Ses partisans présentent déjà ce moment comme une victoire. Ils en oublient l’essentiel : en Israël, une recommandation n’est pas une coalition. Une coalition n’est pas un gouvernement. Et un gouvernement sans programme ne dure pas.
Professeur Michael Ayache
Un refus commun, pas un projet
Les 67 recommandations pour Eisenkot ont un seul point commun : écarter Benjamin Netanyahou. On ne gouverne pas un pays en guerre avec un slogan. Il faut s’entendre sur Gaza, le Hamas, l’Iran, le Hezbollah, le budget, le service militaire des orthodoxes, la place de la religion dans l’État et l’avenir de la Judée-Samarie.
Sur toutes ces questions, ce bloc est divisé. Avigdor Liberman ne partage pas la vision de la gauche sur la sécurité ni sur la question palestinienne. Les centristes ne s’accordent pas sur les rapports entre religion et État. Les formations de gauche ne suivront pas une ligne nationale ferme. Ces partis ont fait campagne contre un homme. Ils n’ont pas présenté de programme commun aux électeurs.
Une majorité qui veut d’abord défaire
La feuille de route publiée par ce camp est révélatrice. Elle consiste presque uniquement à annuler : la loi sur la police des polices, la loi sur la conseillère juridique, la loi sur les médias, la composition de la commission de nomination des juges. Elle prévoit aussi une loi visant personnellement le chef de la droite.
Abroger n’est pas gouverner. Ce bloc dit ce qu’il veut défaire, pas ce qu’il veut construire. Il ne dit rien sur la reconstruction du Sud et du Nord, le coût de la vie ou le logement, et ne propose aucune doctrine face à l’Iran. Les Israéliens attendent des réponses. Ce camp ne leur offre qu’une revanche.
Le respect des institutions à géométrie variable
Pendant des années, ces mêmes responsables ont accusé la droite de bousculer les institutions. Ils veulent aujourd’hui changer de président de la Knesset avant que tout gouvernement soit formé. Ils veulent aussi créer six à huit commissions temporaires pour légiférer sans gouvernement, sans programme validé et sans majorité stable.
La « loi de l’accusé » est la plus parlante. Une démocratie ne fait pas des lois contre un homme. Elle laisse les électeurs et les juges faire leur travail. Ceux qui se disent défenseurs de l’État de droit devraient s’en souvenir.
L’histoire récente invite à la prudence
Ce scénario a déjà eu lieu. En mars 2020, Benny Gantz a reçu 61 recommandations et le mandat. Son camp voulait déjà commencer par remplacer le président de la Knesset et faire voter des lois contre Netanyahou. Quelques jours plus tard, Gantz a compris qu’aucune majorité cohérente ne pouvait gouverner sans la droite. Il a été élu président de la Knesset avec les voix du Likoud. Son alliance a éclaté.
En 2021, le gouvernement Bennett-Lapid a réuni huit partis qui n’avaient en commun que leur opposition à Netanyahou. Il a duré à peine un an. Il est tombé sur ses propres contradictions, et non à cause de l’opposition.
Le temps et le droit ne sont pas de leur côté
Le texte de nos adversaires le reconnaît lui-même. Le délai de 42 jours est court. Les sujets de fond ne peuvent pas être votés en urgence. Chaque abrogation demande un vrai débat. La loi limitant la durée du mandat de Premier ministre et la « loi de l’accusé » risquent de ne pas aboutir.
Si Eisenkot échoue, le mandat pourra être confié à un autre député, puis à la Knesset. La présidence du Comité d’organisation pourra alors changer de camp. Rien n’est joué.
Ce dont Israël a besoin
Israël sort d’épreuves terribles. Il a besoin d’un gouvernement stable, cohérent et uni sur l’essentiel : la sécurité du peuple juif sur sa terre, la fermeté face à nos ennemis et la confiance retrouvée entre l’État et ses citoyens.
Le bloc national, rassemblé autour de Benjamin Netanyahou, est uni par une vision : le sionisme, la souveraineté et la sécurité. En face, il y a une addition de rancunes. Les 67 peuvent changer un président de la Knesset. Ils ne pourront pas cacher longtemps qu’ils ne savent pas comment gouverner ensemble.
La pièce n’est pas finie. Elle commence à peine.

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