Les danses qui célébrèrent une nouvelle naissance

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Qui ne connaît, dans son quartier, le rav David A., homme de Tora en quête de perfection, véritable modèle pour ceux qui le côtoient ? Il se consacre à la Tora avec assiduité, élève une famille remarquable ; ses qualités sont bien connues, et nombreux sont les parents qui prient pour avoir des enfants comme lui. Mais ce que les gens ne connaissent pas, c’est l’histoire hors norme qui se cache derrière cette personnalité.

Rapporté par le rav Kovalski, dans « Les perles de la paracha – Souccoth »

Il est né et a grandi dans la ville de Haïfa, dans un foyer totalement déconnecté de la Tora et des Mitsvoth – si toutefois on y connaissait même ces notions. Il n’avait pas la moindre idée de ce qu’est un Sidour ou de ce que représente la prière. Il n’était pas du tout conscient de la grandeur du Juif, et n’avait jamais songé à approfondir le sujet. Mais sa vie allait connaître un tournant inattendu…

Arrivé à l’âge adulte, avant de commencer ses études, il décida de partir « à la découverte du monde », d’élargir ses horizons en contemplant les paysages sublimes et curiosités qui parsèment la planète. Il commença son expédition par les États-Unis, avec un passage aux chutes du Niagara, poursuivit avec Manhattan et ses gratte-ciel, sans oublier les pelouses autour de la Maison-Blanche et l’avenue des musées à Washington…

Au beau milieu de son long périple, un rapide regard au calendrier apprit à notre globe-trotter que les fêtes de Tichri approchaient. Cette information n’était pas particulièrement parlante pour lui, mais l’étincelle juive qui vibrait au fond de son être l’empêcha de passer ces jours si élevés en banales excursions. C’est alors qu’il se souvint de parents éloignés résidant à Lakewood, dans le New Jersey, et il se fit inviter chez eux pour les fêtes.

C’est avec son sac sur le dos qu’il se présenta chez cette famille, la veille de Roch Hachana. Une atmosphère de préparation fébrile au Jour du Jugement régnait chez ses hôtes, mais il s’efforça d’y rester indifférent. Par pure politesse, il se rendit à la synagogue le matin de Roch Hachana pour la sonnerie du Chofar, puis à la prière de Kol Nidré, à l’entrée de Kippour, mais pas plus l’une que l’autre ne le marquèrent. Il demeurait aussi froid et éloigné qu’auparavant.

Ensuite, il passa une très agréable fête de Souccoth auprès de ses hôtes, qui n’exigèrent rien de sa part, tandis qu’eux-mêmes ne ménagèrent pas les efforts pour agrémenter son séjour. C’est alors qu’arriva le jour de Sim’hat Tora…

« Tu ne peux pas passer à côté de ça ! » lui lança son hôte, le soir de la fête. « Si tu t’es lancé à la découverte du monde, c’est une des choses que tu es obligé de voir. Accompagne-moi donc à la plus grande Yechiva du monde, la prestigieuse Yechiva
de Lakewood. Tu verras ce que sont des danses, tu vivras quelques minutes de joie
pure ! » l’encouragea-t-il.

En dépit de son apparente indifférence, cette invitation attisa sa curiosité. David savait que dans les Yechivoth, on ne fait qu’étudier sans relâche pendant des heures et des heures. Se pouvait-il qu’il y ait aussi des jours de danse impétueuse ? s’interrogea-t-il. Se pouvait-il qu’un endroit apparemment si austère et inintéressant soit le théâtre de longues heures de joie bouillonnante ?! Dans ce cas, il fallait absolument qu’il voie cela de ses propres yeux !
Avant même de pénétrer dans l’enceinte de la Yéchiva le matin de Sim’hat Tora, il entendit déjà le tumulte des chants et perçut les ondes de choc d’une joie incommensurable.
Lorsqu’il fit son entrée…

Impossible de décrire ce qu’il vit. Des rondes dans tous les sens. On dansait avec entrain en l’honneur de la Tora, quand au cœur des rondes se trouvaient les Sifré Tora, portés avec amour. Les Ba’hourim en liesse tournoyaient autour d’eux, la chanson perçait les cieux, les pieds s’élevaient avec joie et les mains étaient entrelacées les unes avec les autres. Une vision comme il n’en avait jamais eue !

Ce n’est pas seulement une ou deux minutes, mais bien une demi-heure qu’il resta immobile à contempler ce spectacle, comme hypnotisé. Pendant quelques instants, il
réfléchit : pourquoi ces jeunes sont-ils si heureux ? Ont-ils découvert une formule magique ? Ont-ils gagné la cagnotte au loto ? Que leur est-il arrivé pour qu’ils soient si joyeux et enjoués, heureux et excités ? Mais il n’eut guère le temps de s’attarder à
réfléchir, car le remarquant en marge de la foule, un dynamique Ba’hour lui donna la main et l’entraîna dans la ronde…

Pendant l’espace d’un instant, il eut l’impression d’être un intrus, mais aussitôt après, il réalisa que tous étaient comme lui, en chemise blanche et Kippa noire, tous dansaient. Si ce sentiment d’étrangeté n’était pas perceptible dans son apparence, pourquoi en tiendrait-il compte ? Il décida de se plonger dans l’atmosphère, de se sentir partie prenante du public. Après tout, lui aussi se tenait là à danser avec tout le monde, la joie envahissant son cœur…

Quand il sortit de la Yechiva, il définit les heures passées dans son enceinte comme celles d’une nouvelle naissance. Ses pieds étaient encore douloureux suite aux danses continuelles, mais son cœur était en liesse. Il ressentait clairement qu’en ce jour, il avait décodé la formule secrète qui était enfouie dans son cœur depuis plus de deux décennies – le secret de la joie d’être juif, la sensation de bonheur de compter parmi les âmes qui se tinrent au pied du mont Sinaï !

Ainsi, alors que ces sensations l’élevaient vers son Père dans le Ciel, il choisit de mettre fin à son périple. Il se renseigna où il pourrait trouver une Yechiva lui convenant, un endroit où les personnes venant de loin peuvent faire leurs premiers pas dans la pratique du Judaïsme. Ce n’est que récemment, alors qu’il est devenu une figure exemplaire de Tora et de crainte du Ciel, qu’il a confié son histoire à rabbi Méir Wassertzog chlita, duquel nous la tenons. La morale est claire : lorsque nous approfondissons l’essence de la joie, lorsque nous la comprenons, celle-ci devient un précieux levier vers notre Père dans le Ciel. Rien comme la joie ne permet de faire un tel saut – au propre comme au figuré – pour s’élever
spirituellement et s’attacher au Créateur. Alors que nous atteignons cette station de « rechargement de la joie » que représente Souccoth, c’est le moment de réfléchir à l’essence de ce sentiment et de réaliser le bonheur d’être juif, de comprendre que le reste du monde est vanité et balivernes et que la véritable joie est celle d’être le fils de notre Père dans le Ciel.

Plus ce sera le sentiment qui nous accompagnera en ces jours, plus nous laisserons la joie nous envahir le cœur et nous élever, et plus nous quitterons la fête de Souccoth avec une grande richesse, des trésors de joie et d’allégresse, grâce auxquels nous mériterons de servir le Créateur avec bonheur tout au long de l’année !

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