À l’approche du scrutin municipal du 4 novembre à New York, un geste rare a électrisé la campagne : Barack Obama a appelé Zohran Mamdani pour saluer sa dynamique et lui proposer un appui personnel si celui-ci l’emporte. Pour un ancien président, s’aventurer ainsi dans une course municipale relève de l’exception ; le signal est clair : la trajectoire de Mamdani dépasse les frontières de la ville et intrigue tout l’establishment démocrate.
Le geste d’Obama intervient alors que le duel de novembre s’organise face à Andrew Cuomo, ex-gouverneur devenu indépendant après sa défaite aux primaires, et à Curtis Sliwa côté républicain. L’ancienne architecture électorale — un démocrate modéré face à un républicain — a volé en éclats : le centre cherche son porte-voix, tandis qu’une gauche revendicative occupe le terrain. Dans ce contexte, la parole d’Obama, même mesurée, vaut adoubement : elle ne transforme pas Mamdani en candidat « obamien », mais normalise sa stature de leader municipal potentiel aux yeux d’un électorat plus large.
Reste l’angle le plus inflammable : l’international qui s’invite dans la politique municipale. Mamdani, démocrate socialiste et soutien du mouvement BDS, est violemment critiqué pour ses positions sur Israël et Gaza. À droite, et jusqu’en Israël, certains l’accusent d’indulgence vis-à-vis du terrorisme ; à gauche, ses partisans rétorquent qu’il condamne les violences contre les civils et plaide pour une lecture en droits humains du conflit. La polémique n’est pas anecdotique : à New York, ville au tissu juif profondément ancré et à la mémoire vive, la ligne israélo-palestinienne pèse sur les alliances, les soutiens et les soupçons. Mamdani, lui, tente un numéro d’équilibriste : assumer ses convictions internationales tout en ramenant la conversation à la promesse municipale — loyers, bus, police, propreté — qui structurera son mandat.
Du côté Cuomo, l’argumentaire se concentre sur la faisabilité : les bus gratuits, qui paie ? le gel des loyers, avec quels garde-fous pour l’offre ? la sécurité, avec quels moyens et quelle doctrine ? Ces questions n’épargneront pas Mamdani s’il entre à l’hôtel de ville. Mais elles ne neutralisent pas, à elles seules, une campagne qui a su raconter une histoire de pouvoir d’achat, de dignité urbaine et d’efficacité publique. Le scrutin dira si cette histoire a rencontré, au-delà de sa base, l’inquiétude diffuse d’un grand nombre de New-Yorkais.
À quarante-huit heures du verdict, tout indique que l’élection de 2025 redéfinit les codes politiques de la ville. Un ancien président en « sounding board », une participation dopée, un débat municipal aimanté par l’inflation et l’international : New York rejoue son éternelle spécialité, l’inédit. Reste au vainqueur à prouver que l’audace de la campagne peut se convertir en gouvernance lisible, responsable et mesurable — l’unique terrain où se jugera, au final, la promesse de « rendre la ville à ceux qui y vivent ».
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