En Israël, on n’est plus dans un débat juridique normal, on est dans un système où une caste de juristes non élus se comporte comme si elle détenait un droit de veto permanent sur le choix des électeurs.
Professeur Michael Ayache
Quand la conseillère juridique et quelques juges s’arrogent le pouvoir de décider quel ministre a le droit de rester en fonction, sans mise en examen, sans infraction concrète, en se basant sur des concepts flous comme « abus » ou « atteinte à l’indépendance de la police », on n’est plus dans un État de droit, on glisse vers une véritable dictature des robes.
L’épisode Ben Gvir est le révélateur parfait : une pétition politique de groupes militants, soutenue par la conseillère juridique, demande à la Cour suprême de forcer le Premier ministre à limoger un ministre parce que sa ligne sécuritaire dérange l’appareil judiciaire, alors même que l’avocat de Ben Gvir rappelle qu’il n’existe « pas un seul exemple » où il aurait donné un ordre illégal, bloqué une enquête ou corrompu une nomination. Et la Cour accepte de se saisir de la question comme si le pouvoir de nommer ou de révoquer les ministres ne relevait plus du gouvernement issu des urnes, mais d’une poignée de juges qui se considèrent au‑dessus de tout.
Depuis des années, la même logique se répète : à chaque fois que le gouvernement tente de reprendre un millimètre de souveraineté démocratique – réforme judiciaire, nominations, politique sécuritaire, gestion du Mont du Temple –, la Cour et la haute bureaucratie agitent le mot « coup d’État »… alors que ce sont précisément elles qui ont transformé un système sans Constitution en régime de contrôle total par le judiciaire, ce que même des acteurs institutionnels qualifient déjà de « dictature judiciaire ».
Aujourd’hui, on en arrive au point où la coalition doit écrire noir sur blanc au Premier ministre de ne pas se soumettre à une future décision de la Cour sur le sort d’un ministre, parce que cette décision serait perçue comme un « coup » contre la démocratie elle‑même.
Quand un ministre de la Sécurité nationale, élu sur une promesse de fermeté contre les terroristes, de soutien à la police et de restauration de l’ordre, se voit menacé de destitution par des juges au motif qu’il serait « trop » impliqué dans la politique policière, on n’est plus dans un contrôle de légalité, on est dans un contrôle idéologique. La séparation des pouvoirs est renversée : ce n’est plus le judiciaire qui encadre la loi votée, c’est le judiciaire qui se substitue au législatif et à l’exécutif, en expliquant à 64 députés qu’ils ont « mal » choisi leurs ministres et que le peuple devra revoter correctement – ou se taire.
Cette situation n’est pas seulement théorique : des ministres, des chefs de partis de la coalition parlent désormais ouvertement de « coup d’État juridique » et de « bureaucrates qui tentent de dépouiller la Knesset et le gouvernement de leur autorité », et Ben Gvir lui‑même qualifie l’audience sur son éviction de « coup illégal contre la démocratie ». Quand l’exécutif commence à considérer que certaines décisions de la Cour seraient « sans autorité » et pourraient ne pas être respectées, c’est que le système est allé beaucoup trop loin dans la confiscation du pouvoir populaire au profit d’une minorité qui se croit intouchable.
Le plus ironique, c’est que ceux qui ont crié pendant des mois que la réforme judiciaire mènerait à la « dictature » sont précisément ceux qui, aujourd’hui, démontrent ce qu’est une vraie dérive autoritaire : un petit groupe de juristes qui se réserve le droit de trancher, au‑dessus de tous, qui peut gouverner et selon quelles idées, sans élection, sans responsabilité, sans sanction. C’est cela, l’« État de la dictature juridique » en Israël : un régime où un camp politique gagne les urnes, mais découvre ensuite que la vraie autorité ne se trouve ni à la Knesset, ni au gouvernement – elle se trouve dans les bureaux climatisés des juges et de la conseillère juridique, qui s’estiment en droit de neutraliser tout ce qui ne correspond pas à leur vision du monde.



























