Quand Washington hésite, Israël veille

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Quand Washington hésite, Israël veille. Le vote sénatorial qui demande au Président Donald Trump de mettre fin aux opérations militaires en Iran est un signal et un rappel brutal : Israël ne doit jamais sous-traiter sa sécurité, même à son plus grand allié.

Professeur Michael Ayache

Ce mercredi 23 juin 2026, le Sénat américain a adopté à 50 voix contre 48 une résolution demandant à Donald Trump de mettre fin aux opérations militaires contre l’Iran. Un vote présenté par certains comme “historique”. Historique, certes — mais dans quel sens ? Pour qui cette résolution est-elle une victoire ?

La réponse est claire : pour Téhéran.

Depuis le 28 février 2026, les États-Unis et Israël mènent ensemble une campagne militaire pour démanteler définitivement le programme nucléaire iranien — la menace existentielle la plus grave qu’Israël ait jamais connue. Pour la première fois depuis des décennies, une administration américaine a eu le courage d’agir là où ses prédécesseurs ont temporisé, négocié, capitulé. Et voilà que cinquante sénateurs, dont quatre républicains, choisissent ce moment précis pour tirer le frein d’urgence.

Ce vote n’est pas un acte de sagesse constitutionnelle. C’est un acte de faiblesse stratégique. Et les dirigeants de la République islamique, depuis leurs bunkers de Qom et de Téhéran, l’ont très certainement noté.

Cassidy, Collins, Murkowski, Paul. Quatre noms à retenir. Rand Paul, libertarien invétéré, est cohérent avec lui-même — son isolationnisme chronique l’a toujours conduit à abandonner les alliés d’Amérique au profit d’une vision naïve du monde. Susan Collins et Lisa Murkowski confirment leur inclination à sacrifier la sécurité collective sur l’autel de leur posture modérée. Quant à Bill Cassidy, son vote constitue une surprise — et une déception.

À ces quatre sénateurs, il convient d’opposer la figure de John Fetterman, le seul démocrate à avoir voté contre la résolution. Un homme de gauche, certes, mais un homme de principe, qui n’a jamais abandonné son soutien indéfectible à Israël, même sous la pression de son camp. Fetterman mérite le respect que refusent d’accorder à la vérité ceux qui se prétendent ses supérieurs moraux.

Juridiquement, soyons précis : cette concurrente resolution ne constitue pas une loi. Elle ne sera pas soumise à la signature du président. La Maison-Blanche a raison de dire qu’elle n’a “aucune signification” au sens légal du terme, et un arrêt de la Cour suprême de 1983 conforte cette lecture. Mais l’absence de force contraignante ne signifie pas l’absence d’effet. Dans la guerre de l’information et de la perception, chaque signal compte. Chaque hésitation de Washington est une fenêtre d’opportunité pour les ennemis d’Israël. Chaque vote qui remet en cause la détermination américaine encourage les proxies iraniens — du Hezbollah aux Houthis — à persévérer.

Le cessez-le-feu du 7 avril est fragile. Les négociations sur le nucléaire sont en cours. Dans ce contexte, une résolution du Congrès demandant le retrait des forces américaines, même symbolique, envoie exactement le mauvais message au mauvais moment.

Mais il faut aller plus loin et poser la question que beaucoup esquivent : pourquoi cette résolution, et pourquoi maintenant ?

La réponse tient en un mot : pression. Pression de l’opinion publique américaine, fatiguée d’un conflit dont elle peine à comprendre les enjeux existentiels pour l’Occident. Pression du coût économique — le pétrole, les marchés, l’inflation. Pression électorale, aussi, dans un pays où les midterms approchent et où chaque sénateur calcule son avenir. Ce vote n’est pas né d’une conviction stratégique : il est né de la peur du bilan politique. C’est ce que l’on appelle, en démocratie, le court-termisme — cette tendance à sacrifier la sécurité de demain sur l’autel de la popularité d’aujourd’hui.

Et Trump dans tout cela ? Son apparent revirement — la signature du mémorandum d’entente, l’acceptation du cessez-le-feu du 7 avril, l’ouverture des négociations sur soixante jours — ne doit pas être lu comme un abandon. Trump est avant tout un négociateur. Il a frappé fort, il a obtenu un cessez-le-feu, et il tente désormais de transformer ce rapport de force militaire en victoire diplomatique durable. La question n’est pas de savoir s’il a renoncé — c’est de savoir si la pression du Congrès va l’affaiblir à la table des négociations.

C’est précisément là que réside le danger. Un président américain affaibli par son propre Congrès est un interlocuteur affaibli face à l’Iran. Et un Iran qui perçoit la fissure entre l’exécutif et le législatif américains est un Iran qui n’aura aucune raison de faire des concessions sérieuses sur son programme nucléaire.

Alors, les hommes politiques américains sont-ils encore les amis d’Israël ? La réponse honnête est : certains oui, profondément et sincèrement. D’autres, de moins en moins. Le soutien bipartisan à Israël, qui fut pendant des décennies un pilier de la politique étrangère américaine, s’érode. La gauche du Parti démocrate a depuis longtemps choisi son camp. Et une frange du Parti républicain, celle des isolationnistes à la Rand Paul, n’a jamais véritablement intégré la dimension stratégique de l’alliance avec l’État juif.

Israël ne peut se permettre le luxe de l’ambiguïté américaine. L’État juif a survécu soixante-dix ans entouré d’ennemis jurés de son existence. Il a appris, à ses dépens, que les garanties internationales valent ce que valent les hommes qui les portent. Les accords d’Oslo, le JCPOA, les résolutions du Conseil de sécurité — autant de promesses qui n’ont pas empêché un seul missile de tomber sur des civils israéliens. Ce vote sénatorial est un rappel brutal : Israël ne doit jamais sous-traiter sa sécurité, même à son plus grand allié.

La résolution du Sénat est symbolique. L’administration Trump l’a balayée à juste titre. Mais le combat contre la menace nucléaire iranienne, lui, n’est pas terminé. Les soixante jours de négociations qui s’ouvrent seront décisifs. Israël doit faire entendre sa voix, mobiliser ses vrais amis au Congrès, et rappeler à ses alliés — avec clarté, sans complaisance — ce que signifie réellement laisser l’Iran se doter de l’arme atomique.

Ce n’est pas un débat constitutionnel sur les pouvoirs de guerre. Ce n’est pas une querelle entre démocrates et républicains. C’est une question de civilisation.

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