Réveil sanglant et suicidaire des Bédouins d’Israël

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A BEDOUIN CELEBRATION INSIDE A TENT, AT THE BEDOUIN VILLAGE "KSSEIFEH". çàôìä áãåàéú, áúåê àåäì, áééùåá äáãåàé " ëñééôä ".

Par Jacques BENILLOUCHE –  Temps et Contretemps

Illustration : des Bédouins

                    Les attentats sanglants se succèdent en Israël. Le 22 mars, quatre personnes ont été tuées par un terroriste à Beersheva. Un homme armé s’est rendu près du centre commercial de la ville ; il a d’abord poignardé une femme à une station d’essence, puis a renversé un cycliste avec sa voiture. Il est ensuite descendu de son véhicule pour poignarder un homme et une femme. Doris Yahbas, 49 ans, mère de trois enfants, Laura Yitzhak, 43 ans, également mère de trois enfants, le rav Moshe Kravitzky, père de quatre enfants, et Menahem Yehezkel, 67 ans, ont été assassinés. Le terroriste Mohammed Abou al-Kiyan, enseignant de la ville bédouine de Hura, dans le Néguev, avait été condamné en 2016 à quatre ans de prison pour avoir formé une cellule islamiste ayant planifié de se rendre en Syrie afin de combattre au sein de Daesh. Arthur Haïmov, chauffeur de bus armé, a fait ses sommations et l’a abattu face à la menace. Le terroriste est un arabe bédouin disposant de la nationalité israélienne.

À nouveau le 27 mars, deux terroristes portant des armes automatiques ont ouvert le feu sur des passants dans la rue Herbert Samuel à Hadera tuant deux policiers et blessant quatre personnes. Les deux terroristes ont été abattus par des policiers en civil qui étaient dans le quartier. Les assassins sont des Arabes israéliens de la région de Wadi Ara, Ayman Agbaria et Khaled Agbaria, qui avaient ont prêté serment d’allégeance au chef de l’État islamique.

La situation est grave car il s’agit de citoyens arabes israéliens qui prouvent que le Djihad islamique a réussi à convaincre des Israéliens à passer à l’acte. Et pourtant les Bédouins ont toujours été fidèles à Israël puisqu’ils ont aidé à l’établissement de l’Etat juif et qu’ils participent à l’effort de guerre du pays.

            Et pourtant, malgré l’issue fatale inévitable à laquelle ils sont condamnés d’avance, les actions terroristes se succèdent en générant un sentiment d’incompréhension de la part de la population. Les terroristes savent qu’ils ont une chance infime de s’en sortir et qu’ils finissent, dans la plupart des cas, par être éliminés car ils ne peuvent ni échapper à l’armée, ni à la population israélienne. Le paradoxe est que la mort plane toujours sur les Juifs qui magnifient la vie et intensifient leur volonté de survie, mais aussi sur les terroristes palestiniens qui s’enferment dans le refus de vivre.

             L’incompréhension vient de ce qu’aucune voix ne s’élève de manière ferme parmi les dirigeants arabes et bédouins pour dissuader leurs ouailles de renoncer à un combat perdu d’avance, ou alors des voix timides à peine audibles. L’Autorité palestinienne et le Hamas glorifient ces actes qui leur permettent de détourner les esprits de leur propre turpitude et surtout de leurs propres échecs. Pour le Hamas : «Notre héros et martyr s’est acquitté de son devoir de résistance et de défense de la terre de Palestine». Rien n’a été dit sur la fin prématurée de jeunes qui avaient toute la vie devant eux. Alors, en l’absence d’une «fatwa» palestinienne prônant la suspension des attaques au couteau, ayant un effet dissuasif, les jeunes à la fleur de l’âge meurent dans l’indifférence de leurs dirigeants.

            Les attentats sont suicidaires puisque le sort est toujours jeté d’avance, perpétrés par des «loups solitaires» sous influence. Ces attaques sont devenues la forme privilégiée au sein des organisations terroristes fondamentalistes. Intoxiqués par une idéologie extrémiste séculaire, les candidats au suicide deviennent dangereux après un endoctrinement permanent.

            Israël et l’Occident sont confrontés à des terroristes issus des fondamentalistes musulmans qui, en manifestant des motivations divines ou mystiques, augmentent leur capacité de destruction. Parfois des organisations agissent dans l’ombre pour intégrer ces attentats dans le cadre d’une action militante. Mais il existe une nébuleuse terroriste dotée d’un objectif unique. L’esprit de martyr et de sacrifice des jeunes au couteau est tel qu’une fois l’assassinat réalisé ou raté, leurs auteurs se laissent tuer par l’armée ou lyncher par la foule parce qu’ils ont la certitude que c’est le seul moyen pour eux de rencontrer D’, selon leur interprétation controversée du Coran. Leurs gourous leur font croire qu’ils sont victimes du sionisme et que leur action pourrait influencer et convertir le monde à leur image.

            Les terroristes au couteau, souvent jeunes, ne ressemblent certainement pas à des désespérés, nerveux, aux yeux hagards. Ils agissent de manière sereine sans rechercher l’anonymat. Ils troublent la vie sociale par l’irruption inopinée d’un terrorisme qui apparaît souvent comme un substitut de la guerre. Ils adoptent des méthodes qui présentent certains avantages tactiques en frappant à l’improviste et en s’attaquant à des cibles civiles qui ne se tiennent pas sur leurs gardes. En quoi l’assassinat de civils, de femmes ou d’un homme de religion peut faire d’eux des héros ? Les nationalistes juifs de la guerre d’Indépendance ont toujours attaqué des soldats britanniques.

          Il est difficile de croire que l’action terroriste est improvisée puisque les coups sont préparés minutieusement pour les porter à l’endroit où l’Israélien ne s’y attend pas et n’a donc pas pris de disposition efficace pour les parer. Pour maintenir l’impératif de discrétion, ils s’organisent en microcellules autonomes, difficiles à infiltrer, qui génèrent une méfiance dans l’espace public pour favoriser la suspicion généralisée. La mort de leurs victimes n’est pas une fin en soi car leur objectif consiste à provoquer la peur au sein de la population ce qui explique qu’ils frappent leurs cibles de manière aléatoire. Les civils anonymes, surtout les rabbins armés uniquement de leur foi, sont des proies particulièrement faciles lorsqu’ils vaquent à leurs occupations ordinaires dans l’espace public. Le terroriste qui s’en prend à eux, sans sommation, fait alors voler en éclat la quiétude de leur vie quotidienne pour suggérer que plus personne n’est à l’abri. C’est le but recherché, celui de désorganiser la vie de tous les jours en Israël.

            Ces terroristes ont réussi à abolir la distinction entre combattant et civil dans une guerre asymétrique. Nous ne sommes pas face à des combats classiques et localisés mais face à un affrontement impossible à circonscrire dans l’espace et donc susceptible de diffuser un ébranlement de large amplitude. Dans son entreprise de déstabilisation, le terrorisme sait utiliser les media comme caisse de résonance pour propager l’onde de choc de ses actions aussi loin que permettent les moyens mondiaux de communication. Et ils parviennent même à susciter de la sympathie à leur égard puisqu’Israël est souvent condamné par l’opinion internationale pour l’élimination des terroristes devenus des héros. C’est pourquoi le Hamas voue une reconnaissance immense à ces sacrifiés.

            D’autre part et c’est leur but, l’impact des attentats sur la relation conflictuelle israélo-palestinienne est certain. Malgré la supériorité militaire et économique d’Israël dans la région, le sentiment d’insécurité est progressivement ancré dans les esprits de la population. Tant que les attentats persistent, il n’y a aucune raison pour engager un dialogue politique. Le terrorisme contribue à diaboliser l’adversaire.

          Les terroristes palestiniens, qui recrutent à présent parmi les Arabes israéliens en mal d’identité, personnifient désormais le mal absolu aux yeux de nombreux Israéliens. Cependant, même s’ils savent que la mort est toujours au bout de leur chemin, les kamikazes persistent à s’engager sur une voie sans issue. Tant que leurs dirigeants refuseront de leur montrer un autre chemin pacifique ou pragmatique, alors leurs jeunes enduiront leurs mains du sang de leurs victimes juives innocentes. La volonté politique est présente dans ces actes puisque ce dernier attentat intervient au moment du sommet du Néguev durant lequel Israël et les États arabes discuteront d’une alliance de défense régionale.  Ce terrorisme vise à saper toute action de paix dans la région.

Mise à jour du 28 mars 2022.

Le député Mansour Abbas, président du parti Ra’am, a condamné l’attaque dans la ville de Hadera : «Je condamne le crime odieux dans la ville de Hadera et dis qu’il s’agit d’un terrorisme odieux de l’État islamique qui ne représente pas la société arabe en Israël, qui cherche une vie digne dans l’État de droit et dans un système de valeurs qui respecte et sanctifie la vie humaine, la vie arabe et juive, et les valeurs de paix et de tolérance».

Le président du parti majoritairement arabe de la Liste arabe unie, le député Ayman Odeh, a déclaré que «l’attaque meurtrière à Hadera aujourd’hui est un crime choquant. Il n’y a et ne peut y avoir aucune justification pour nuire aux civils. Ces actes n’ont rien à voir avec la lutte politique. Le public arabe lutte pour ses droits. Ce n’est pas leur voie et ne le sera jamais. Le public arabe est loin de l’État islamique et de sa doctrine radicale et dangereuse et il a condamné cette doctrine pendant de nombreuses années. Notre chemin est une lutte non violente, il en a été ainsi et il en sera ainsi. En ces heures difficiles, nous appelons le public, Arabes et Juifs, à agir de manière responsable». 

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