Shoah : le monde a oublié que les Juifs étaient les cibles principales

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Zentralbild: August 1941 Weltkrieg 1941 Frankreich, besetztes Gebiet. Festnahme von Juden. Die Festgenommenen werden in Paris mit Autobussen abtransportiert. 8281-41 ADN-ZB/Archiv: Frankreich unter der Okkupation dse deutschen Faschismus und des Vichy-Regimes 1940/44. In Paris festgenommene Juden wurden mit Autobussen abtransportiert.

Sharon Levy

Lors de la Journée de commémoration de la shoah (27 janvier), de nombreux dirigeants mondiaux ont dépouillé cette journée de sa spécificité juive, omettant que les Juifs en étaient la cible principale et transformant l’Holocauste en une tragédie historique généralisée.

Cette omission témoigne d’un déclin inquiétant de la connaissance de l’histoire. Un langage vague et des abstractions morales déforment l’histoire, normalisent l’effacement des Juifs et permettent à l’antisémitisme de prospérer en toute impunité.

Honorer la mémoire des six millions de Juifs assassinés inutilement, c’est nommer la haine industrialisée qui les a tués et rejeter les discours qui effacent leurs souffrances.
Suite aux horreurs de l’Holocauste, les Nations Unies ont choisi le 27 janvier – date de la libération du camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau – pour commémorer les six millions de Juifs assassinés par les nazis.

Étonnamment, lors de la dernière Journée de commémoration de la Shoah, une grande partie de la communauté internationale a complètement oublié le groupe de personnes libéré ce jour-là : les Juifs. Au lieu de reconnaître l’ampleur industrielle du génocide perpétré spécifiquement pour exterminer le peuple juif, la communauté internationale a universalisé ses propos, utilisant un langage vague qui a assimilé la Shoah à un simple événement mondial parmi d’autres.

De nos jours, l’ONU n’est plus aussi favorable au peuple juif. Il reste néanmoins choquant que sa déclaration sur la commémoration de la Shoah ait omis de reconnaître les six millions de Juifs assassinés.

Cette déclaration a déformé la mémoire de l’Holocauste, affirmant qu’il avait débuté par « l’apathie et le silence face à l’injustice » et par la « déshumanisation de l’autre ». Or, l’Holocauste a commencé par la désignation exclusive des Juifs comme boucs émissaires de la société, permettant à une haine profonde de s’infiltrer dans tous les rouages ​​de celle-ci. Il s’agissait de bien plus qu’une simple déshumanisation : une tactique visant à présenter les Juifs comme une espèce à part, méritant ainsi la brutale dégradation de leur vie au sein de la société européenne. Ces mensonges ont permis au citoyen lambda de croire sincèrement que les crimes commis contre les Juifs étaient pour le bien de la société dans son ensemble.

Le présentateur de l’émission Today sur BBC Radio 4 a fait remarquer que des bâtiments seraient illuminés pour commémorer les « six millions de personnes assassinées par le régime nazi ». Pas les Juifs, juste « des gens ».

La BBC a depuis présenté ses excuses. Le simple fait que cet incident se soit produit témoigne d’une érosion inquiétante de la connaissance historique. Même si l’erreur n’était peut-être pas intentionnelle, l’enseignement et la sensibilisation à la Shoah sont en déclin. De telles déclarations contribuent à la désinformation qui alimente la prolifération de fausses informations sur la Shoah et à la banalisation de l’effacement des Juifs.

Le maire de New York, Zohran Mamdani, a reconnu la mort de six millions de Juifs. Cependant, il a ajouté « les millions d’autres victimes insensées du régime nazi ». Ce faisant, il a délibérément vidé de sa substance le sens même de l’Holocauste – la campagne spécifique visant le peuple juif – en l’associant aux millions d’autres victimes des nazis. Il a ainsi transformé l’Holocauste, d’une tragédie juive, en un événement universel.

Les actes de Mamdani dans la lutte contre l’antisémitisme sont loin d’être à la hauteur de ses paroles. La communauté juive de New York demeure la principale cible des crimes haineux, et le maire y a activement contribué par ses déclarations passées, notamment son refus de condamner le slogan « Mondialiser l’Intifada » et son soutien affiché à la campagne de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS). Ce soutien offre aux antisémites un prétexte pour exprimer leurs convictions, laissant entendre que les propos visant les Juifs peuvent être normalisés, voire excusés, dès lors qu’ils s’engagent à « rejeter toute forme de haine », comme l’a fait Mamdani.

 Le slogan « Plus jamais ça » vise à préserver la mémoire des six millions de Juifs et à garantir qu’un tel génocide ne se reproduise jamais. Il appelle les nations à rejeter la passivité morale, à résister à la banalisation de l’antisémitisme et à intervenir avant que les discours haineux ne mènent à l’anéantissement. Pourtant, le sénateur canadien Yuen Pau Woo a inversé les termes de l’Holocauste pour établir une comparaison offensante et inexacte entre Israël et le régime nazi, alors même qu’aucun génocide n’a été commis à Gaza.

Le sénateur savait-il que la comparaison des actions israéliennes avec celles des nazis est explicitement mentionnée dans la définition de travail de l’antisémitisme de l’IHRA, reconnue internationalement ? Malheureusement, il semble que le « plus jamais ça » n’ait aucune signification à ses yeux.

Le pape a tenu à préciser que « l’Église rejette toute discrimination ou tout harcèlement ». Si l’Holocauste a pu commencer ainsi, il ne s’est certainement pas terminé par de simples discriminations ou du harcèlement.

Le vice-président américain J. D. Vance a lui aussi fait une déclaration sans jamais mentionner les Juifs. En effaçant le peuple juif de son propre génocide, on réduit l’Holocauste à un événement historique générique qui, bien que tragique, donne l’impression qu’il aurait pu toucher n’importe qui. Or, ce n’est pas le cas. Il s’agissait d’une forme industrielle et spécifique de meurtre de masse visant à éradiquer la population juive du monde. Le meurtre de six millions de Juifs n’aurait pas dû être le prix à payer pour apporter à l’humanité une « leçon durable » sur la complaisance et la haine systémique qui ont permis ce génocide.
La Shoah n’était pas une fable morale à commémorer chaque année le 27 janvier pour enseigner à l’humanité des leçons de tolérance et de haine. Pour honorer la tragédie vécue par le peuple juif, le monde doit reconnaître la haine méthodique dirigée spécifiquement contre lui, qui a abouti à son génocide. La mémoire des six millions de victimes juives mérite d’être préservée, et non réduite à une abstraction.

Née à Toronto, Sharon Levy s’est installée en Israël en octobre 2023 et a occupé divers postes au sein d’institutions de défense et de recherche israéliennes. Elle est titulaire d’une maîtrise en sciences politiques, avec une spécialisation en contre-terrorisme et cybersécurité, de l’Université Reichman.

JForum.fr avec HonestReporting – Photo : rafle de Juifs à Paris en 1941

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