Soudain, les orthodoxes sont indispensables : à droite, on met en garde contre une alliance avec la gauche, en oubliant ce qu’ils ont fait au monde de la Tora

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Après les élections pour la 26e Knesset qui se sont achevées sans décision claire entre les blocs, le Likoud et la droite attaquent les appels à un partenariat entre la gauche et les orthodoxes assorti d’accords sur la conscription. Mais ces messages soulèvent une question : qu’ont fait les partenaires de droite pour protéger le monde de la Tora ?

JDN – Israël Zeev Leventhal – Illustration : « La Tora a vaincu ! » Flash 90

Quelques jours seulement après des élections qui n’ont pas apporté de position tranchée, l’atmosphère dans les plateaux de télévision s’est métamorphosée du tout au tout. La possibilité actuellement posée sur la table d’un partenariat entre les partis orthodoxes et le bloc du changement, dans le but de régulariser le statut des étudiants de Yechivoth, suscite une offensive médiatique à droite. Politiciens, porte-paroles et figures des médias s’insurgent contre les appels lancés à gauche pour parvenir à des accords avec les orthodoxes sur la question de la conscription, cherchant à les présenter comme la preuve que le combat mené contre le public orthodoxe visait principalement à remplacer Netanyahou.

Mais pour le public orthodoxe, le débat ne se limite pas à la question de la crédibilité des partis de gauche. Face aux mises en garde contre une nouvelle alliance se dresse également le lourd bilan des promesses violées à maintes reprises par les partenaires actuels. On n’oubliera pas comment ils ont porté atteinte à la chance d’assurer et de régulariser le statut des étudiants de la Tora, ni quelle réponse a été apportée aux détresses qui ont conduit, dès le départ, à examiner les options politiques.

Si certains à droite sont aujourd’hui irrités de voir les orthodoxes étudier d’autres options, ils ne doivent s’en prendre qu’à eux-mêmes et à leurs propres élus.

Katz et Zohar : attaques ciblées sur le changement de posture

Le président de la coalition, Ofir Katz, a publié une liste sarcastique de ce qu’il a qualifié de positions de la gauche et des plateaux télévisés au lendemain des élections. Il a notamment écrit : « Mansour Abbas est plus de droite et sioniste que Feiglin », « C’est un crime de ne pas avoir donné jusqu’à présent une exemption générale de conscription aux orthodoxes », « 48 est plus grand que 53 » et « L’ère Netanyahou est terminée ».

Katz s’est également référé aux accusations concernant l’intégrité du scrutin en écrivant : « Un vrai démocrate achète des voix avec des bons d’essence et de l’argent liquide. »

Le ministre de la Culture, Miki Zohar, s’est adressé directement aux électeurs du bloc du changement, soutenant que leurs représentants sont prêts à renoncer aux positions affichées durant la campagne.

« J’essaie d’imaginer à quel point vous devez être déçus de découvrir que les personnes pour lesquelles vous avez voté sont prêtes à former un gouvernement avec les orthodoxes et à renoncer à la loi sur la conscription », a-t-il écrit. Dans le même souffle, il s’en est pris à l’éventualité d’un partenariat avec les partis arabes, qu’il a accusés de soutenir le terrorisme et de refuser de condamner le Hamas.

« Vraiment, je ne vous envie pas et je ne doute pas que les sentiments dans votre camp soient très lourds après avoir découvert que ceux en qui vous aviez placé votre confiance sont des gens dépourvus de valeurs et de principes », a ajouté Zohar.

L’adresse aux orthodoxes : examinez le mobile

Tuvia Smotrich, frère du ministre des Finances Bezalel Smotrich, a choisi de s’adresser au public orthodoxe lui-même. Dans ses propos, il a tenté de convaincre que la différence entre les blocs ne réside pas seulement dans le contenu des propositions, mais dans le mobile qui les sous-tend.

« Chers frères orthodoxes, avant de prendre la décision d’aller avec le bloc du changement/la gauche, prenez une chose en considération », a-t-il écrit. Selon lui, tout ce que les orthodoxes recevront du bloc de droite et tout ce qui leur sera demandé en échange découle de « l’amour de Mardochée », tandis que ce qu’ils recevront de la gauche, même sans contrepartie, découle de « la haine d’Haman ». Et de conclure : « Et la haine, comme chacun sait, altère le jugement. »

C’est là le cœur du message adressé actuellement aux orthodoxes : même si l’autre camp propose des accords plus confortables, il faut se méfier de ses intentions. Sauf que cet argument fait totalement l’impasse sur les démarches auxquelles le sionisme religieux a été associé lors de la dernière législature, lorsqu’il a prêté main-forte à la lutte contre le monde de la Tora.

Le candidat du Likoud David Peter s’est référé à une tribune publiée dans Haaretz intitulée « Vous voulez démanteler le bloc Netanyahou ? Allez avec les orthodoxes », affirmant que la manœuvre était prévisible.

« Vous êtes médusés par l’appel de la gauche à donner une feuille blanche signée aux orthodoxes ? J’ai expliqué ce coup d’échecs de la gauche il y a plus d’un an », a-t-il écrit. Il a ensuite adressé des critiques à une partie du public religieux-national : « Il y a des franges dans le public religieux-national qui ont un cœur immense mais un tout petit cerveau politique. J’espère qu’il y aura ici une prise de maturité. »

Guy Levy : « Une seule valeur reste stable : tout sauf Bibi »

Le porte-parole du Likoud, Guy Levy, a publié un long texte dans lequel il décrit les jours suivant le scrutin comme un « lever de rideau » sur les partis de gauche. Il rappelle que durant la campagne, la conscription des orthodoxes était présentée comme la question existentielle majeure du pays, tout en orientant la lutte contre le public orthodoxe. « Ni la sécurité, ni l’économie, ni la communauté de destin, ni un plan de travail, ni l’idéologie : seule la conscription des orthodoxes sauvera le pays, criaient-ils », a-t-il écrit.

À l’inverse, selon lui, après les élections, on entend déjà parler d’une législation progressive, par étapes et par accord. « Et à y regarder de plus près, Goldknopf est en fait un type formidable, on peut aller en soirée avec lui », a-t-il ajouté avec ironie.

« La gauche déborde de valeurs temporaires qui changent au gré du vent, des circonstances et de l’époque, mais une seule valeur reste stable : tout sauf Bibi », a soutenu Levy. Il a poursuivi : « Pour évincer Netanyahou du poste de Premier ministre, pour faire tomber un gouvernement de droite et mener à un État palestinien, ils enfileraient un shtreimel et des tsitsit, céderaient la moitié de Jérusalem au Hamas, doubleraient la bourse des étudiants en Yechiva et offriraient des Tefillinnes à chaque enfant. »

Levy a également adressé une grande partie de ses propos aux électeurs de droite qui s’étaient laissé convaincre par la campagne sur la conscription, les qualifiant de « droite éthique, républicaine, polie, sautillante et stupide », tout en écrivant qu’il s’agit de « braves gens » qui voulaient le changement mais ont été exploités politiquement.

« On leur a fait croire qu’ils avaient une solution miracle dans la poche et que nous n’étions que de méchantes personnes qui ne se soucient pas des réservistes », a-t-il écrit. Il a conclu en affirmant qu’« une naïveté confinant à la bêtise ne saurait constituer une excuse ni un plan de travail ».

Amit Segal : Hier une capitulation, aujourd’hui un partenariat

Le commentateur politique Amit Segal s’est lui aussi concentré sur le fossé entre le discours précédant le scrutin et les appels au partenariat avec les orthodoxes au lendemain de celui-ci.

« Ma compassion va à tous les religieux-nationaux naïfs à qui l’on a raconté pendant trois ans à quel point la capitulation face aux orthodoxes était terrible », a-t-il écrit. Selon lui, ces mêmes personnes entendent désormais « de la part des membres du camp du changement et de leurs représentants dans les médias que les orthodoxes sont en réalité le partenaire parfait pour former un gouvernement ».

Segal a également soutenu que des encarts anonymes contre les orthodoxes dans les journaux du secteur religieux-national avaient été financés par des membres de la contestation de Kaplan. Il a conclu par une vive critique envers le public religieux de droite visé : « Il n’est jamais existé de secteur aussi facile à influencer qu’eux. »

La campagne a touché une vraie douleur et a été exploitée politiquement

Aviad Avrahami, rédacteur en chef du magazine moto Full Gaz, a publié un texte détaillé dans lequel il qualifie la campagne sur la conscription des orthodoxes de « campagne la plus réussie de la gauche de tous les temps ». Selon lui, son succès tient au fait qu’elle a touché un point sensible et réel, en particulier au sein du public religieux-national dont les fils servent dans l’armée régulière et de réserve. Toutefois, selon ses dires, cette douleur a été instrumentalisée pour enfoncer un coin au sein du camp national.

Avrahami a raconté l’anecdote d’un ami proche, officier de réserve et père de cinq enfants, qui s’était exprimé devant lui avec de virulents propos contre les orthodoxes. « Lors d’un footing avec lui, il s’est déchaîné sur les orthodoxes à cause d’une petite question anodine qu’on lui avait posée en plaisantant, et j’ai été sidéré par la quantité de venin et de haine qu’il a déversée sur eux à 200 km/h. Des propos qui n’auraient pas fait honte à un Allemand des années 30, et je n’exagère pas », a écrit Avrahami.

Selon son récit, il a répondu à son ami : « La campagne marche sur toi à la perfection. Il ne manque plus que tu te mettes à parler de « la violence des implantations » et tu seras totalement une marionnette articulée par la gauche qui te manipule. »

Avrahami a ajouté : « Ce n’est évidemment pas le seul. Des milliers de braves gens se sont laissé troubler par la campagne et ont commencé à cracher un venin très, très légitime, y compris des journalistes, et y compris 4 élus qui se sont suicidés politiquement sur cette campagne (la carrière des quatre est terminée). Nous avions compris en temps réel qu’ils étaient les idiots utiles de la gauche, mais ils avaient trop raison à leurs yeux pour ouvrir les yeux. C’était leur droit. »

Selon lui, au lendemain des élections, l’usage politique de la question de la conscription a été démasqué : « Un jour ou deux après le scrutin, le bluff explose, le mensonge est mis à nu, et des journalistes, des figures de la contestation et des élus de gauche parlent déjà ouvertement d’intégrer les orthodoxes et de leur accorder une loi sur la conscription en échange.

Le concept de « loi sur la désertion » a été effacé du lexique. Les orthodoxes ne sont plus le démon réfractaire mais des partenaires potentiels, et s’il faut inscrire dans la loi et régulariser leur non-enrôlement dans l’armée – soyez les bienvenus. La campagne a réussi, elle a accompli son œuvre, alors comme un verre jetable, on peut la jeter et passer à autre chose. »

Quand le monde de la Tora est piétiné, où est leur cri ?

Ces déclarations témoignent d’un effort de la droite pour cadrer tout rapprochement entre les orthodoxes et le bloc du changement comme une manœuvre cynique dont le seul but est de remplacer Netanyahou. Certains auteurs entendent régler leurs comptes avec les membres du sionisme religieux qui ont pris part au combat contre la régularisation du statut des élèves de Yechivoth.

Mais au milieu de cette succession de messages, ce qui brille par son absence est frappant : une proposition concrète et détaillée pour résoudre la crise face au public orthodoxe. Les mises en garde contre la gauche ne remplacent ni une réponse ni une solution pour organiser le statut des étudiants de la Tora, et ne répondent pas aux griefs légitimes des orthodoxes envers leurs partenaires qui ont enfreint leurs promesses à maintes reprises.

Pour le public orthodoxe, le test ne consiste pas à savoir qui se présente comme le plus aimant, mais qui est réellement capable de garantir dans les faits la pérennité du monde de la Tora. C’est le seul critère qui doit guider les élus.

Heureux sommes-nous d’avoir pu constater de nos propres yeux lors de ces élections comment ce sont les grands de la génération qui dictent aux représentants publics la marche à suivre, avec qui s’allier en coalition et de manière générale.

Dans les jours et semaines à venir, nous entrons dans un tourbillon d’effets d’annonce où chaque camp tentera d’attirer à lui des représentants avec lesquels former une coalition, ou d’imposer de nouvelles élections. Mais les représentants du public orthodoxe n’ont pas le luxe de se laisser troubler : un objectif clair et primordial doit rester gravé sous leurs yeux — qui sauvera le monde de la Tora.

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