UBS rouvre un dossier explosif

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Les investigations ont été supervisées par l’avocat américain Neil Barofsky, mandaté pour examiner le rôle exact de Credit Suisse durant la Seconde Guerre mondiale et dans les années qui ont suivi. Lors d’une audition devant la commission judiciaire du Sénat américain, Barofsky a détaillé l’ampleur des découvertes : 890 comptes identifiés, dont plus de 600 associés à des personnes physiques et plus de 260 à des structures juridiques.

Au-delà du simple hébergement de fonds, l’enquête révèle des éléments particulièrement sensibles. Credit Suisse aurait participé à des circuits financiers ayant facilité l’exfiltration de criminels nazis vers l’Amérique du Sud, notamment l’Argentine. Ces mécanismes auraient impliqué l’ouverture et la gestion de comptes liés au Bureau argentin de l’immigration, utilisés pour financer des pots-de-vin, l’obtention de faux documents de voyage et les frais logistiques de fugitifs, y compris de responsables directement impliqués dans l’Holocauste.

Les investigations mettent également au jour des cas jusque-là inconnus de spoliations de biens appartenant à des familles juives, contraintes de vendre leurs actifs sous la pression du régime nazi. Par ailleurs, la banque aurait géré des comptes pour le ministère allemand des Affaires étrangères de l’époque, une institution alors impliquée dans l’organisation des déportations.

Ces révélations s’inscrivent dans un contexte de réévaluation plus large du rôle de certaines institutions financières européennes durant la période nazie. En Argentine, plus de 1 800 documents ont récemment été déclassifiés, relançant l’examen des filières d’exfiltration de criminels de guerre. Les travaux de Barofsky cherchent désormais à croiser ces archives avec les données bancaires encore accessibles.

Les organisations juives affirment depuis des décennies que Credit Suisse a conservé, bien après la fin du conflit, des fonds appartenant à des victimes de l’Holocauste. En 1999, la banque avait déjà versé 1,25 milliard de dollars dans le cadre d’un accord de restitution destiné à des survivants et à des associations juives. Malgré cela, des accusations de rétention d’informations et de manque de transparence ont persisté, notamment de la part du Centre Simon Wiesenthal.

Le parcours même de l’enquête reflète les tensions qu’elle suscite. Engagé par Credit Suisse en 2021, Neil Barofsky avait été licencié l’année suivante, avant d’être réintégré sous la pression de parlementaires américains, parmi lesquels le sénateur Chuck Grassley. Aujourd’hui encore, Barofsky affirme que son travail reste entravé, faute d’accès à environ 150 documents clés relatifs à un accord de restitution conclu à la fin des années 1990.

De son côté, UBS invoque des contraintes juridiques liées au secret professionnel pour justifier ce refus. Barofsky estime néanmoins que, sans ces pièces, il lui sera impossible de garantir que son rapport final dresse un tableau complet et exhaustif de l’implication historique de Credit Suisse.

Jérémie de Jforum.fr

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