Un nouveau podcast vise à déconstruire la guerre en ligne contre le Talmud

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Une tendance inquiétante se dessine sur les réseaux sociaux conservateurs : la résurgence d’une propagande anti-talmudique d’inspiration médiévale. Candace Owens a récemment brandi « Le Juif talmudique » dans son émission, un traité allemand de 1871 dont l’auteur, August Rohling, a été démasqué comme imposteur par le rav Yossef Bloch devant les tribunaux viennois. Les vidéos YouTube du pasteur Matt Powell affirment que le Talmud cautionne la pédophilie et la bestialité. Nick Fuentes et Dan Bilzerian relaient des accusations similaires auprès de millions d’abonnés. À cela s’ajoutent des dizaines de vidéos prétendant que le Talmud affirme que Jésus brûle en enfer. Ces arguments ne sont pas nouveaux. Ce sont des mensonges vieux de plusieurs siècles, maintes fois réfutés. Pourtant, ils refont surface aujourd’hui et sont instrumentalisés contre le peuple juif en ligne, à l’ère du numérique.

Le rav Daniel Rowe (notre photo) s’est donné pour mission de combattre directement cette désinformation dans un nouveau podcast intitulé «  Rabbi Rowe Reacts » . Grâce à des réponses vidéo détaillées qui abordent chaque affirmation, il est devenu l’une des rares voix à réfuter systématiquement ce qui s’apparente à une polémique talmudique moderne. Son travail révèle à la fois les mécanismes de ces distorsions et les raisons de leur persistance malgré les réfutations répétées.

Ces accusations s’inscrivent dans une logique constante, puisant ses racines dans les polémiques chrétiennes médiévales. De la Dispute de Paris au XIIIe siècle aux attaques de Martin Luther, en passant par les procès pour crime rituel au XIXe siècle, les autorités ont systématiquement déformé les textes rabbiniques par l’interprétation abusive des citations, la traduction erronée et la présentation de débats théologiques comme des dogmes. Lorsque Rohling publia son traité, le rav Yossef Bloch le mit publiquement au défi. Des experts chrétiens examinèrent chaque affirmation pendant deux ans. Incapable de défendre ses travaux, Rohling retira sa plainte et perdit son poste universitaire. Pourtant, ses mensonges, repris plus tard par le propagandiste nazi Julius Streicher, ont été remis au goût du jour par Owens, qui prétend qu’il s’agit de faits avérés.

Rav Rowe démontre comment les critiques prétendent que le Talmud autorise les relations avec des mineurs en citant des passages qui abordent la question de savoir si des jeunes filles victimes d’abus lors de rituels païens pourraient épouser des Kohanim (qui doivent épouser des vierges). Le Talmud interdit explicitement tout contact sexuel avec des mineurs. Yevamoth 33b stipule que même la tentative de séduction d’un mineur équivaut à un viol. Ketouvoth 41a interdit de fiancer des filles avant leur majorité et leur consentement. Ces affirmations, présentées comme faisant partie de la loi juive, sont systématiquement ignorées par les critiques.

Une autre accusation persistante prétend que le Talmud décrit Jésus brûlant dans ses excréments en enfer. Rowe analyse le passage en question, qui évoque un personnage nommé Yeshu, ressuscité par un nécromancien. La chronologie à elle seule réfute tout lien. Ce Yeshu était un disciple de rabbi Yehochoua ben Pera’hia, qui avait fui les persécutions du roi hasmonéen Alexandre Jannée, un exode que les historiens situent 80 à 90 ans avant la naissance de Jésus. Le récit décrit un étudiant rebelle qui a égaré les gens, n’a jamais prétendu à un statut messianique et a été exécuté par les autorités juives par lapidation, et non par crucifixion romaine. Plus tard, des polémistes juifs du Moyen Âge ont assimilé ce personnage à Jésus dans des écrits antichrétiens. L’Église s’est emparée de ces écrits comme preuve de blasphème talmudique. De sérieux érudits rabbiniques, du Ramban à nos jours, ont relevé l’impossibilité chronologique. Le Talmud parle d’une personne ayant vécu un siècle plus tôt. Point final.

Les réfutations de rav Rowe sont importantes car ces mensonges servent un but précis : dépeindre les Juifs comme suivant des lois secrètes et perverses. Cela exploite d’anciennes angoisses liées à la différence juive, à la possibilité pour des minorités de conserver des pratiques distinctes tout en participant à la société. En s’attaquant aux « Juifs talmudiques », les critiques prétendent s’opposer non pas à un peuple, mais à une idéologie. Cette distinction est dénuée de sens.

Le rav Rowe expliquait ainsi le phénomène : « Le moment choisi révèle les enjeux. Ces attaques s’intensifient lorsque les Juifs deviennent des boucs émissaires commodes pour les angoisses sociales, offrant des réponses simplistes à des questions complexes. Jean-Paul Sartre avait déjà identifié ce schéma en 1944 lorsqu’il déclarait que les antisémites « donnent des raisons ridicules, discréditent leurs interlocuteurs sérieux, se délectent de la mauvaise foi. Ils ne cherchent pas à persuader, mais à intimider et à déconcerter. »

Il a ajouté : « Le Talmud lui-même enseigne ce que ses détracteurs prétendent contester. Pirké Avoth déclare que chaque être humain est aimé car tous portent l’image de D’. Sanhédrin 105a affirme que les justes non-Juifs partagent à égalité avec les justes juifs dans le monde à venir. La loi juive interdit de voler, de mentir ou de tromper quiconque, y compris ceux qui rejettent toute loi. Le Rambam a écrit que les érudits de la Tora doivent parler aimablement à tous, accueillir chacun chaleureusement et honorer même ceux qui leur manquent de respect. »

Expliquant pourquoi ces arguments sont si dangereux, le rav Rowe a ajouté : « Lorsque des podcasteurs influents en ligne relaient des calomnies médiévales, ils sapent leurs propres principes. Ils prétendent défendre la civilisation occidentale tout en recyclant la propagande de ses pires épisodes. Le conservatisme américain est face à un choix : soit il s’allie à des voix qui colportent des mensonges séculaires, soit il exige un dialogue honnête. Le Talmud a survécu aux autodafés et aux procès-spectacles. Il survivra à YouTube. »

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