Une famille juive irakienne déboutée par la justice française dans une affaire d’indemnisation de 22 millions de dollars

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Un tribunal parisien s’est déclaré incompétent dans un jugement rendu hier (mardi) dans l’affaire opposant une famille juive d’origine irakienne à l’État français. En cause : l’utilisation depuis des décennies de leur propriété familiale comme ambassade, sans versement de loyer.

La famille réclamait plus de 22 millions de dollars au gouvernement pour l’occupation de leur maison à Bagdad. Utilisée comme ambassade de France depuis plus de 60 ans, cette propriété fait l’objet d’un contentieux que le tribunal parisien refuse d’examiner, estimant que le litige relève des autorités irakiennes. Une décision qui provoque l’indignation des plaignants.

Édifiée en 1937, cette demeure appartenait à la famille Lawi, contrainte de quitter l’Irak dans les années 1940. Le contexte de l’époque explique cet exode : vagues antisémites, déchéance de nationalité et confiscation systématique des biens juifs après la création d’Israël. Initialement louée à la France, la résidence servait d’ambassade française dans la capitale irakienne.

Mais selon les héritiers, établis aujourd’hui au Canada, les versements se sont brutalement interrompus dans les années 1970. La raison invoquée ? Une exigence du régime de Saddam Hussein, qui avait procédé à la nationalisation des propriétés juives sans la moindre compensation. Depuis lors, la France continuerait d’occuper les lieux tout en versant les loyers au Trésor irakien, qui ne les reverse jamais aux véritables propriétaires.

Philippe Chazam, 66 ans, a porté cette affaire devant les tribunaux. Petit-fils d’Ezra Lawi, l’un des deux frères propriétaires initiaux, il réclame environ 22 millions de dollars d’arriérés de loyers, plus 11 millions de dommages et intérêts. Mais le tribunal parisien botte en touche : puisque les préjudices découlent de décisions prises par Bagdad, le droit français ne serait pas compétent.

Interrogé par le New York Times, Chazam ne cache pas son amertume. « C’est absurde. L’Irak nous a chassés, dépouillés de notre nationalité, volé notre maison… et c’est là-bas qu’on devrait réclamer justice ? » Son équipe d’avocats, menée par Me Jean-Pierre Mignard et Me Imran Garmi, dénonce une violation flagrante des engagements français en matière de droits humains. Ils rappellent que Paris accepte la responsabilité historique pour les spoliations nazies en Europe, mais refuse d’appliquer le même raisonnement lorsqu’il s’agit de biens confisqués dans le monde arabe.

Le Quai d’Orsay n’a fait aucun commentaire et n’a envoyé aucun représentant lors de l’audience hier. Sa position officielle reste claire : les torts subis par la famille résultent d’actes souverains irakiens, excluant toute responsabilité française.

Philippe Chazam n’abdique pas pour autant. Il annonce un appel imminent : « Notre combat pour obtenir justice en France ne fait que commencer. »

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