Yankélé, Yankélé… – l’amour d’autrui, vu par rav Aharon Kotler zatsal

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Ce récit se déroule au début de la Seconde Guerre mondiale, lorsque les informations sur le sort des Juifs, devenus les proies des maudits nazis, commencent à être diffusées. La Yechiva de Kletsk, en Pologne, dirigée par le Roch Yechiva, rabbi Aharon Kotler zatsal, se relocalisa en Lituanie, et lorsque les Russes conquirent la Lituanie, la Yechiva fut contrainte de se diviser en plusieurs groupes qui se dispersèrent, pour éviter d’éveiller la colère des Russes.

A cette époque, parmi les élèves, on comptait un certain Yankélé K. Ce Yankélé était brillant et décida de tout entreprendre pour obtenir un permis de sortie vers l’étranger, pour fuir la guerre. Il frappa aux portes de diverses ambassades, fit de longues queues et implora sans cesse toutes les personnes possibles, mais tout ceci en vain. Presque la totalité des pays fermèrent leurs portes, et refusèrent de lui délivrer un permis de sortie vers leur pays, qui pourrait lui sauver la vie.

Yankélé ne baissa pas les bras, il plaida sa cause à l’ambassade britannique, œuvra par tous les moyens afin que l’ambassade britannique de Lituanie lui accorde un permis de sortie vers l’Angleterre, qui était considéré comme un pays protégé. Finalement, il réussit à obtenir de l’ambassade britannique qu’elle étudie son dossier visant à lui accorder ce permis, et il obtint même à ce titre un document écrit. Ce n’était pas encore le permis convoité, mais une autorisation stipulant que l’ambassade examinait sa demande de permis. Donc, cette lettre ne contenait aucune promesse concrète.

Quelques jours s’écoulèrent, et bien que Yankélé poursuivît ses efforts pour implorer les différentes ambassades, il n’avait pas reçu le permis désiré. Il se dit qu’en toute vraisemblance, sa demande, comme celle de nombreux autres Juifs, avait été rejetée, et plusieurs jours plus tard, à l’heure de la fermeture de l’ambassade britannique, Yankélé comprit qu’il n’obtiendrait pas de permis de sortie, et tout ce qui lui restait, c’était cette lettre insuffisante dans laquelle l’ambassade considérait sa demande. Il décida alors que le moment était venu de passer à l’action…

Il s’adressa au Roch Yechiva, rav Aharon Kotler,  et lui annonça qu’il avait décidé de s’enfuir à l’aide de cette lettre. “Ce n’est certes pas un permis de sortie”, expliqua Yankélé, “mais c’est néanmoins un document, qui vaut peut-être quelque chose. Je vais tout faire pour m’enfuir avec ce document, peut-être aura-t-on pitié de moi”, ajouta-t-il.

Rav Kotler éprouva de la compassion pour son élève, et ressentit que c’était un trop grand danger pour lui. “A mon avis, dit-il à Yankélé, je pense que si, D’ préserve, on t’arrête sans permis et qu’on t’envoie en Sibérie, tu encours un grand danger, tu es encore jeune !” Mais Yankélé n’était pas prêt à renoncer à son projet, il estimait que c’était la seule possibilité de sauver sa vie, et argumenta que par le biais de ce document, il avait une mince chance qu’un permis de sortie l’attende au port…

Yankélé persista à voir dans le document qu’il possédait sa dernière chance de commencer une nouvelle vie en Grande-Bretagne, et  il pensait uniquement à fuir. Au final, le Roch Yechiva céda à son insistance et le bénit afin qu’il parte en paix…

Yankélé prit congé du Roch Yechiva et se dirigea vers  l’arrêt d’autobus. Rapidement, l’autobus arriva, bondé. L’autobus prit la direction de Kovno, où il pourrait prendre le train en direction d’une ville portuaire. Le voyage était éprouvant, mais valait le coup…

A l’arrivée de l’autobus à Kovno, Yankélé découvrit une gare ferroviaire bondée. Tout le monde voulait prendre la direction du port pour tenter de s’enfuir. Il se pressa d’acheter un billet et, poussé par la foule, il se dirigea vers le wagon où il s’installa. Il ne lui restait plus qu’à attendre le départ du train…

Alors que Yankélé était assis dans le wagon dans l’attente du départ du train, un autre personnage entra dans la gare, le Roch Hayechiva, le Gaon Rabbi Aharon Kotler en personne. Peu de temps après le départ de Yankélé, rabbi Aharon le suivit : il se dirigea vers l’arrêt d’autobus, où il attendit pendant une heure, monta dans l’autobus, et finalement, arriva à la gare de Kovno…

Le voyage n’était pas encore fini… Rabbi Aharon courut dans la gare, appelant à voix haute : “Yankélé, Yankélé”, cherchant son élève partout. En dépit de la foule qui se presse partout, il continue à chercher et à appeler son élève… De longues minutes s’écoulent, rabbi Aharon passe d’un wagon à l’autre sur les divers quais, continuant à appeler son précieux élève…

Yankélé, de son côté, était assis dans le train, et soudain, surgi de nulle part, il entendit une voix familière l’appeler. Il dirigea son regard de tous côtés et à sa grande surprise, il découvrit que c’était le Roch Yechiva, rabbi Aharon Kotler en personne !

“Le Roch Yechiva !” déclara Yankélé en se levant aussitôt, totalement secoué, stupéfait par la scène. Il l’interroge : “Pourquoi le Roch Yechiva a-t-il parcouru toute cette distance pour me suivre ? Pourquoi le Roch Yechiva s’est-il serré dans l’autobus, et a-t-il couru parmi la foule dans la gare et déployé tant d’efforts pour me retrouver ? Que s’est-il passé ?” 

“Je voulais uniquement te faire savoir, déclara rav Aharon, qu’immédiatement après ton départ, est arrivé un télégramme, t’informant qu’en dépit de toutes les prévisions, les Britanniques ont accepté de t’accorder un visa d’entrée. Les documents t’attendent au port !”

“Merveilleux !” s’exclama Yankélé, tout heureux de la bonne nouvelle. Hodou LaHachem ki tov ! déclara-t-il avec enthousiasme, comprenant qu’il aurait la vie sauve. Mais, se dit-il, les documents m’auraient attendu avant ma montée dans le bateau, de toute façon, alors pourquoi le Roch Yechiva a-t-il pris la peine de me suivre à Kovno et de me retrouver sur les rails du train ? Pourquoi était-il si pressant de me communiquer cette nouvelle réjouissante ?!”

“C’est bien simple”, répondit rabbi Aharon en souriant, “j’ai eu le sentiment que  tu avais pris la route dans un état d’anxiété et d’inquiétude, incertain du déroulement des événements. Tu t’attendais à un miracle… J’ai décidé de courir derrière toi pour t’informer de cette nouvelle, pour que tu fasses le trajet en toute sérénité, certain de son issue heureuse !” 

Yankélé reprit sa place, incrédule. Il savait que son rav était un géant en Tora et exemplaire dans ses Midoth, mais ignorait l’ampleur de la Ahavath Israël qui brûlait en lui. Le Roch Yechiva s’était certainement réjoui en entendant la nouvelle que son élève serait sauvé, mais ne s’arrêta pas là. Il prit la peine de prendre l’autobus vers la ville voisine, de courir dans la gare et de l’appeler, tout ceci, dans le but de dissiper son inquiétude et de le réjouir !

Ce récit, qui figure dans le feuillet Koulanou Yodé Chimekha, est un magnifique exemple de Ahavath Israël, de ressentir ce que sent notre prochain, ce qu’il vit. Rabbi Aharon ne se suffit pas de l’information que son élève avait été sauvé, il déploya des efforts pour le lui annoncer, pour le rassurer et lui donner de la sérénité dans son voyage. Nous avons souvent l’occasion de réjouir un Juif, de dissiper son inquiétude, de lui donner le sentiment que nous partageons sa douleur et espérons son salut comme lui – faisons-le de tout cœur, c’est de la Ahavath Israël !

Même si c’est difficile, si cela nécessite un effort ou un sacrifice, ce n’est pas une raison pour abandonner. Imaginons-nous rav Aharon courir d’un wagon à l’autre, appeler “Yankélé, Yankélé”, espérant trouver son élève, uniquement pour le rassurer. Adoptons cet usage de déployer des efforts pour un autre Juif, de tout faire pour le réjouir, démontrant ainsi notre amour sincère !

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