Lettre exclusive du rabbi de Kalov : une année douce comme le miel

0
427
Rosh Hachana 5780 fr

Lettre exclusive du Rabbi de Kalov – Roch Hachana 5780

Une année douce comme le miel

Le soir de Roch Hachana, l’usage est de tremper la pomme dans le miel avant de la manger, symbole d’une bonne et douce année. Or, pourquoi mange-t-on le miel spécifiquement avec une pomme ?

Certains Juifs, désirant se renforcer en Tora et en Mitsvoth, affirment vouloir d’abord comprendre en quoi accomplir les Mitsvoth est bénéfique et s’en abstenir une perte. Par la suite, disent-ils, ils seraient prêts à accomplir la Tora et les Mitsvoth. De même, certains déclarent ne pas se conformer aux préceptes divins, en raison de « questions » irrésolues qu’ils se posent.

Réfléchissons à la situation suivante : un homme souffrant d’une maladie écoutera les instructions du médecin, même s’il ne les comprend pas et ne connaît rien au fonctionnement du médicament, car il fait confiance au médecin qui s’est consacré pendant des années à l’étude du corps humain. Si l’homme désire comprendre réellement son traitement, il devra étudier la médecine.
En conséquence, lorsqu’un médecin prescrit à un malade un remède pour sauver sa vie, même si celui-ci n’a pas bon goût et est parfois difficile à avaler, le malade l’avalera néanmoins, sachant qu’à long terme, il bénéficiera d’une bonne santé et d’une longue vie. De la même manière, si un médecin met un garde un patient de s’abstenir de prendre un certain remède qui risque de s’avérer mortel, même si ce médicament a bon goût et qu’il lui procure une grande satisfaction temporaire, l’homme s’en abstiendra dès lors qu’un médecin réputé le met en garde sur son caractère mortel qui, malgré son goût délicieux, conduit à la mort.
On déduit de là que si l’on est tenu de suivre le médecin, dont l’avis médical est sujet à discussion, à plus forte raison faut-il suivre le Créateur de l’univers, qui connaît la nature de l’homme qu’Il a créé ; d’après la logique, l’homme suivra scrupuleusement les instructions du Créateur, loué soit-Il, inscrites dans la Tora transmise par les maîtres d’Israël, afin de réaliser sa mission sur terre et de bénéficier d’une bonne vie dans ce monde-ci et dans le Monde à venir.

Il convient de renforcer les Juifs sur ce point : la Tora est un élixir de vie ; même si, au départ, l’homme ne goûte pas au plaisir de la Tora et des Mitsvoth, s’il les respecte à la lettre selon la Halakha puis cherche toujours à s’y élever, il découvrira qu’il se sent attiré, comme tout Juif, par la Tora et aux Mitsvot. Il sera de plus en plus attaché à la Tora, comme nos Sages l’affirment sur le verset : « Désormais, si vous êtes dociles à Ma voix » (Chemoth 19,5) : si désormais vous vous engagez dans cette voie, vous y trouverez du plaisir.

Il faut expliquer cette logique à toute personne qui n’est pas attirée par la Tora en l’orientant sur cette idée : pourquoi les Juifs, au fil des générations, se sont-ils sacrifiés pour la Tora et les Mitsvoth ? De plus, pourquoi nos Sages ont-ils renoncé aux plaisirs de ce monde-ci pour la Tora, s’ils n’ont pas goûté à sa douceur ? Il va de soi qu’après avoir plongé dans la Tora et les préceptes divins, ils ont ressenti un plaisir inégalable.

Mon vénérable ancêtre, rabbi Its’hak Eizik de Kamarna, rapporte dans son ouvrage une anecdote sur son père, rabbi Sender de Kamarna : un jour, sa mère avait déposé devant lui un repas de Mélavé Malka (quatrième repas à l’issue du Chabbath) et le jeudi suivant, elle s’aperçut que le repas n’avait pas été touché. La Rabbanith pensa qu’il désirait jeûner et redouta qu’il s’effondre, que D’ préserve. Lorsqu’elle lui posa la question, il répondit : « Crois-moi, je ne jeûne pas, j’ai simplement oublié de manger, car j’étais plongé dans l’étude et je n’ai ressenti aucune faim, mais je peux t’assurer que si j’avais eu faim, j’aurais de suite mangé. »

Le rabbi de Kamarna relate également cette anecdote, au nom de rabbi Moché Leib de Sassov : un jour, il était parti collecter de l’argent pour sauver un officier qui n’avait pas payé sa dîme d’officier et avait été jeté à la rue dans un trou sans nourriture. Le rabbi avait couru pendant plusieurs jours pour rassembler la somme nécessaire, à une période de froid, de vent et de neige abondante, sans avoir rien à manger sur lui. Il accourut ensuite au palais du seigneur pour s’acquitter de la dette de l’homme. Il passa par la cuisine où un plat onéreux et particulièrement exquis mijotait ; il fut sur le point de succomber. Il relate qu’il était en grand danger. Pour se reprendre, il eut l’idée de penser à la douceur ressentie le Chabbath au moment où il récite Nichmath Kol ‘Haï, et ce plaisir fut si intense qu’il élimina son désir de manger et il guérit immédiatement.

Mais les plaisirs interdits, en revanche, ressemblent au poison mortel enrobé dans une friandise sucrée. Au moment de le manger, on en profite, mais sa consommation conduit à la mort. C’est le cas lorsqu’un homme désire commettre une faute, un feu brûle en lui qui le pousse à agir rapidement. Après avoir commis cet écart, il regrette d’avoir cédé à son impulsion. Nos maîtres affirment que les fauteurs juifs regrettent profondément leurs actes, car le plaisir ressenti ne dure que le temps de la faute, mais ils en portent ensuite la marque au niveau du corps et de l’esprit.

La Guemara (Chabbath) interprète ce verset du Cantique des cantiques : « Comme un pommier parmi les arbres de la forêt. » Pourquoi le peuple juif est-il comparé à une pomme ? La pomme se distingue par le fait que les fruits sortent avant les feuilles ; de la même manière, le peuple juif a d’abord dit (au moment du don de la Tora) : « Nous ferons » et ensuite : « Nous entendrons. » Le pommier commence à produire un fruit avant même de s’être assuré qu’il aura des feuilles pour protéger ses fruits. C’est le symbole de la confiance dans le Créateur de l’univers : Il connaît parfaitement les besoins de Ses « fruits », créés par Ses bons soins dans ce monde et sur lesquels Il veille. De la même manière, le peuple d’Israël a d’abord dit : « Nous ferons » avant « Nous entendrons » : ils sont prêts à accomplir les commandements du Créateur avant même d’en connaitre les motifs ; en effet, ils font entièrement confiance au Créateur qui sait ce qui est bien pour eux.

Une histoire est rapportée dans le traité de Chabbath sur un renégat qui vit un jour Rava approfondir un point de Halakha. Profondément concentré, il était assis de telle sorte que les doigts de ses mains se trouvaient sous ses pieds, et ses doigts, compressés, se mirent à saigner. Mais Rava n’y prit pas garde tant il était concentré intensément dans son étude. Ce Saducéen lui dit alors : « Vous êtes un peuple empressé qui se décide rapidement, sans peser le pour et le contre ; avant même de savoir ce que contenait la Tora, vous vous êtes empressés de déclarer : « Nous ferons. » » Rav répliqua : « Nous suivons en toute bonne foi le chemin de la droiture en nous appuyant sur le Créateur ; il est dit à notre sujet : « L’intégrité des justes est leur guide. » (Michlé 11, 3). Mais le verset évoque aussi ceux qui ne marchent pas droit et dévient du droit chemin : « La perversion des gens sans foi est leur ruine. » »

Nous pouvons interpréter ainsi cette histoire : le renégat pensait que si Rava appuyait sur ses doigts jusqu’à saigner, une telle Mitsva figurait certainement dans la Tora. Il voulait donc suggérer que les enfants d’Israël n’auraient pas dû se hâter de recevoir la Tora avant d’en connaître son contenu. Mais en réalité, Rava appréciait tellement son étude au point de ne pas sentir la pression sur ses doigts. Et Rava, à qui s’applique cet adage : « L’intégrité des justes est leur guide », explique que cela nous conduit vers le plus grand bonheur éternel dans ce monde-ci et le suivant. Quant à ceux qui suivent la voie inverse, il est dit : « La perversion des gens sans foi est leur ruine. » : les passions perverses leur ravissent au final tout plaisir et toute sérénité.

De là, nous pouvons expliquer l’usage, le soir de Roch Hachana, de tremper la pomme dans le miel avant de la manger. En effet, la pomme, dont le fruit sort avant les feuilles, est une allusion à l’empressement dans l’accomplissement des Mitsvot qui précède l’entendement et la compréhension. En se conduisant de cette façon, on finit par sentir le plaisir dans la Tora et sa douceur semblable au miel. C’est une leçon qui nous renforce en cette période de repentir de début d’année : engageons-nous à nous renforcer dans la Tora et les Mitsvot, pour vivre une bonne année pleine de douceur. Amen !

LIRE  Lag ba'Omer

Aucun commentaires

Laisser un commentaire