A l’approche de Ticha Beav 5779 – lettre du rabbi de Kalov

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A l’approche de Ticha Beav 5779

L’art de la parole purificatrice

Mon ancêtre, Rabbi Its’hak Eizik de Kamarna zatsal, a écrit dans son ouvrage Hékhal Habérakha qu’il eut un jour un rêve au cours duquel on lui prescrivit du Ciel de consigner dans son ouvrage l’idée que l’origine de l’exil provient du fait qu’on n’évite pas d’énoncer des propos interdits.

Le récit de nombreux meurtres cruels nous sont malheureusement parvenus récemment et l’obligation d’initier de nouvelles lois évitant l’emploi d’armes meurtrières est évoquée. Par ailleurs, dans le monde entier, le phénomène d’Onaat devarim (blesser son prochain par la parole) s’amplifie. Il est évoqué par nos Sages en ces termes : « Toute personne qui offense son prochain en public est comparable au fait de l’avoir tuée. » En conséquence, il faut nous secouer pour renforcer le pouvoir de l’arme la plus puissante de l’homme : l’arme du langage.

L’haleine des propos interdits d’Onaat devarim confère une impureté et crée une pollution dans l’atmosphère : elles sont responsables des pensées perverses de meurtre qui passent de la pensée à l’acte.

De ce fait, face au constat de l’abondance des meurtres dans le monde, il faut renforcer la protection autour de la Onaat devarim et de la médisance, et multiplier au contraire les paroles de Torah et de prière dans les Baté Midrach, ainsi que l’étude de la Torah des jeunes enfants étudiant dans les établissements scolaires et les Yechivot : chaque parole de Tora a un grand pouvoir de purification de l’air. Nos Sages ont dit à ce sujet (Beréchit Rabba) : « Lorsque la voix de Yaakov s’exprime, les mains d’Essav ne peuvent exercer de domination. »

Le roi David a comparé la langue à une épée tranchante, comme il l’écrit dans le Livre des Psaumes sur ceux qui tuent les hommes par leur langage : « La langue est un glaive tranchant ». Ce qui est à écrit à propos d’Essav le mécréant : « Tu ne vivras qu’à la pointe de ton épée » (Béréchit 27,40), vise aussi ce glaive : ce mécréant tire sa joie de vivre et son plaisir du meurtre par le glaive de son langage acéré. Yaakov, en revanche, a utilisé son discours exclusivement pour la Torah et la prière, qui constitue une force pour vaincre les forces d’impureté d’Essav, comme il l’affirme lui-même : « Portion conquise sur l’Amorréen, à l’aide de mon épée » (Beréchit 48,22). Il est dit à propos de l’épée de Yaakov (Tehilim 149,6) : « Une épée à deux tranchants dans leurs mains. »

Le Ben Ich ‘Haï pose une question : pourquoi nos Sages ont-ils affirmé que celui qui offense son prochain en public ressemble à quelqu’un qui a versé son sang en employant le terme au pluriel Damim, et non Dam au singulier ? Il explique que celui qui fait honte à son prochain verse son sang à plusieurs reprises, car à chaque fois qu’il se remémore le moment où il a subi une humiliation, il ressent à nouveau cette honte et son cœur saigne ; de même, à chaque fois qu’il voit les personnes devant lesquelles il a été humilié, sa honte s’éveille. Or, l’auteur des propos diffamatoires a déjà oublié ce qu’il a dit, tandis que les souffrances et le préjudice découlant de ses propos subsistent pendant un bon moment.

La plus grande épreuve dans ce domaine est lorsqu’un homme évoque les talents d’un autre homme, et trouve par là l’occasion de mettre en avant sa propre intelligence.

Rabbi Ménahem Mendel de Kotsk a interprété ainsi le verset (Michlé 21,14) : « Un présent glissé furtivement fait tomber la colère » : si un homme souhaite faire une plaisanterie sur le compte de son prochain et se retient de la dire, ce geste entre dans la catégorie d’un don glissé furtivement qui annule les accusations portées à son encontre.

Rabbi Aharon de Belz zatsal a dit un jour au nom de son illustre père, Rabbi Yissakhar Dov de Belz : « Lorsqu’une occasion se présente pour un Juif de porter atteinte à un autre en le vexant, mais qu’il s’en abstient, on considère dans le ciel qu’il a effectué 84 jeûnes. » Rabbi Aharon de Belz ajoute : « Tout ceci, mon père l’avait dit à son époque, mais à présent, après la terrible destruction (la Shoah) subie par les Juifs au cours de laquelle ils ont davantage souffert, lorsque l’un homme se retient pour ne pas vexer son prochain, c’est encore plus vital. »

Rabbi Naftali Tsvi de Ropshitz a déclaré dans sa grande sagesse et dans un langage limpide : « Rien n’est plus droit qu’une échelle tordue, et rien n’est plus tordu qu’une blague droite. » Il entend par là que rien n’est plus droit que de placer une échelle en biais pour pouvoir y grimper, et rien n’est plus tordu et odieux qu’une blague directe qui porte directement atteinte, jusqu’aux tréfonds de son âme, à la personne visée par la plaisanterie. Le Rabbi de Ropshitz s’est également exprimé à ce sujet : « Avec une blague directe, on va directement au Guehinam (enfer). »

Nous devons méditer sur ces idées en cette période où nous prenons le deuil sur la destruction du Beth Hamikdach : cette faute a conduit à l’exil dans lequel nous nous trouvons actuellement, comme l’affirment nos Sages (Yoma) : la destruction du Temple est intervenue pour sanctionner le fait que les hommes mangeaient, buvaient ensemble et se blessaient par leur langage acéré. Lorsqu’ils prenaient leur repas ensemble, ils avaient recours à des railleries qui débouchèrent sur la haine gratuite. La destruction du Second Temple est intervenue dans le sillage de la honte infligée à Bar Kamtsa lors d’un repas de fête. Suite à cet épisode, il se rendit chez l’empereur romain pour dénoncer les Juifs qui, selon ses dires, se révoltaient contre lui. À ce sujet, nos Sages ont dit : « Observez à quel point la force de la honte est grande ; en effet, D’ a aidé Bar Kamtsa, a détruit Sa maison et brûlé Son sanctuaire. »

Or, tout comme pour l’exil égyptien, les Juifs ont été délivrés par le mérite d’avoir conservé leur langage, en ayant fait l’effort de garder la langue sainte héritée de Yaakov Avinou, et n’ont pas adopté le langage impur des Egyptiens, habitués à employer un discours abusif et autres propos interdits. De même, nous sommes tenus, dans notre génération en exil, d’exercer une grande vigilance afin de ne pas imiter les non-Juifs qui lèsent leur prochain par la parole. Intensifions les propos de Tora et de prière et les actes de bonté : « L’un prête assistance à l’autre et chacun dit à son frère : « Courage » » et par ce mérite, nous pourrons accélérer la venue de la Gueoula, bientôt et de nos jours, Amen.

 

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