Après les pavés, la plage…

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Jean-Pierre Chevènement : « Les gens sont libres de prendre leur bain, costumés ou non… »

La France n’a pas l’air de sortir la tête de sa confrontation avec l’islam. Après les terribles attentats qui ont ensanglanté l’hexagone cet été, voilà que le débat sur la laïcité rejaillit en pleines vacances ! « Vraiment, ils nous … ces Arabes ! »

« Les gens sont libres de prendre leur bain, costumés ou non… »

Eh oui, le Français se souviendra de l’été 2016… Mais jusqu’aux élections de mai, c’est moins sûr…

Mais certains cherchent à ce que le débat autour de l’islam tel qu’il va être amorcé à la rentrée soit d’abord celui de la sécurité. Il y a donc tout intérêt à enseigner aux estivants français les derniers coups d’éclat de l’islam qui feront la « une » des quotidiens, et qui animeront les discussions de terrasse et les parties de tarot à l’ombre des platanes…

Les maires de Cannes, Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes), et désormais Sisco (Corse) et Le Touquet (Pas-de-Calais) veulent ainsi imposer sur leurs plages une « tenue correcte respectueuse des bonnes mœurs et de la laïcité », les deux étant liées dans une même égalité. David Lisnard, maire LR de Cannes, déclare même que ces « tenues islamistes » sont révélatrices de la progression « d’un islam radical qui, pas à pas, cherche à gagner du territoire ». En deux mots : qui dit « signes extérieurs musulmans » dit « islam radical ». Voilà jusqu’où s’étend le principe d’une certaine vision de la laïcité : le costard-cravate d’Essav ou sinon rien.

De son côté, attendu pour prendre la tête de la Fondation pour l’islam de France, interrogé hier, mardi 16 août, sur Europe 1, Jean-Pierre Chevènement a, évidemment, tiré en touche : « Ma position, c’est la liberté sauf nécessité d’ordre public ». Or, puisque ce sont les mairies « qui sont chargées d’assurer la tranquillité publique », qu’elles fassent donc ce qu’elles veulent, au bout du compte la laïcité est ailleurs… Chevènement espère-t-il vraiment la trouver aux détours des couloirs de la Fondation, rien n’est moins sûr, mais c’est déjà un autre débat…

Quoi qu’il en soit, lorsque le voile intégral (burka) a été banni de l’espace public par la loi de 2010, c’était parce que la dissimulation du visage posait un problème de sécurité. Et aujourd’hui encore, on invoque le même principe : troubles à l’ordre public, ou comme l’a dit le maire PS de Sisco, Ange-Pierre Vivoni, son arrêté anti-burkini a pour but de « protéger la population, et notamment la population musulmane », état d’exception oblige.

C’est l’état d’urgence en France

En attendant, en Israël, les femmes ont leurs propres plages, leurs horaires à la piscine et dans les salles de sport, et les Arabes en burka sont rarement dérangées dans les rues de Jérusalem.

Mais en France, le 4 août dernier déjà, une association de femmes musulmanes, Smile 13, s’était vu refuser le droit de réserver un centre aquatique à proximité de Marseille, le Speed Water Park, pour le 10 septembre prochain afin de s’y retrouver entre femmes, musulmanes ou non.

La cause : Thierry Devige (FN). Sur son compte Twitter, il publie le 22 juillet un texte à propos de la législation en France : les piscines municipales, fait-il remarquer, sont soumises à un même règlement édicté par la mairie alors que les groupes privés, à l’image de Center Parcs, d’Aquaboulevard à Paris ou d’Aqualand de Fréjus sont libres de décider de leur propre règlement. Avant d’ajouter que les parcs aquatiques de Port Leucate ou l’Aqualud du Touquet autorisent, eux aussi, le burkini, Devige met le feu aux poudres.

De là à dire, comme l’a fait Samia Gahli, la maire socialiste des XVe et XVIe arrondissements de Marseille, que « tous ceux qui contribuent à ce genre de polémiques sont les meilleurs agents de Daech », il n’y a qu’un pas. Mais peut-être avait-elle prophétiquement entrevu la réponse à fournir à Jean-Pierre Chevènement qui a encore dit cette semaine : « Le conseil que je donne dans cette période difficile – comme le recteur de la mosquée de Bordeaux – est celui de discrétion. »

Pour le coup, c’est raté !

Dans ce va-et-vient juridique entre une « nécessité d’ordre public » laissée au jugement des maires « qui sont chargés d’assurer la tranquillité publique » et le grand ménage laïque qu’une certaine droite espère tant, la France chavire…

 

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