Assez ! Ne Me parle pas plus de cela ! – ou la force de la prière

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Même si Hachem sait parfaitement ce qui est bon pour tel homme et s’il est préférable que sa prière soit exaucée ou non, il faut savoir qu’aucune prière n’est jamais prononcée en vain. Toutes les requêtes que nous formulons sont toutes, au contraire, d’une grande utilité, dans ce monde-ci comme dans le monde à venir.

On le voit dans la parachath Vaet’hanan : malgré ses prières pour entrer en terre d’Israël, Moché rabbénou n’est pas exaucé. Et pourtant, Moché a récité un nombre de requêtes équivalent à la valeur numérique du mot « Vaet’hanan », soit 515 prières !

Si aucune prière n’est jamais prononcée en vain, qu’est-il alors advenu des prières de Moché ?

Le Talmud (Berakhot 32b) répond à cette question : la Tora, explique-t-il, est venue nous enseigner que, malgré les actions extraordinaires qu’il avait accomplies, Moché Rabbénou a été contraint de prier. Et c’est justement parce qu’il s’est tourné vers Hachem de tout son cœur (‘avoda chébalev) qu’il reçoit un nouvel ordre : « Monte au sommet du Pisga, porte ton regard au couchant et au nord, au midi et à l’orient, et vois de tes yeux » (Devarim 3,27) ; Hachem demande à Moché de monter au sommet de la montagne pour qu’il voie la terre d’Israël.

Moché Rabbénou n’aura certes jamais découvert la dimension physique de la terre d’Israël puisqu’il n’y entrera jamais. Mais, grâce à sa prière, il accède à sa saisie spirituelle. Il relie tout son être à la terre et voit désormais Israël avec les yeux de l’âme. Accomplissant la sentence : « Le Saint béni soit-Il, la Tora et Israël sont une seule et même réalité », Moché transmet à la terre promise sa propre dimension prophétique. Il appose le sceau de l’Eternel à la réalité historique de la terre de Cana’an. Et dans la vérité de ce regard de Tora porté sur la terre d’Israël, le lien spirituel qui relie l’âme de Moché Rabbénou à la terre se raffermit.

Grâce à sa prière pour entrer en Israël, Moché a vu la terre d’Israël et chaque membre du peuple juif à travers toutes les générations. Ce regard leur a conféré une réalité métaphysique commune dont, aujourd’hui encore, nous tirons un immense profit. 

En réalité, cette relation qui se tisse alors entre Moché Rabbénou et la terre d’Israël par la simple force d’un regard constitue en soi une réalité surnaturelle. Car, d’après les règles de la nature, il est impossible de voir toute la terre d’Israël même si on se trouve au sommet d’une montagne de l’autre côté du Jourdain. Or Hachem a montré à Moché « tout le pays, le Guila’ad jusqu’à Dan, tout Naftali, le territoire de Yehouda jusqu’à la mer ultérieure ; puis le Midi, le bassin du Jourdain, la vallée de Yéri’ho, ville des palmiers, jusqu’à Tsoar » (Devarim, 34).

Cette vision n’a donc été rendue possible qu’en vertu de forces spirituelles transcendant la nature. Rachi ajoute même que Hachem a aussi montré à Moché tout ce qui se passerait sur cette terre dans le futur, à travers toutes les générations d’Israël jusqu’à la résurrection des morts…

Grâce à sa prière pour entrer en Israël, Moché a contemplé la terre d’Israël et chaque membre du peuple juif à travers toutes les générations. Ce regard leur a conféré une réalité métaphysique commune dont, aujourd’hui encore, nous tirons un immense profit.  Ainsi, même si Moché n’a pas été exaucé, ses prières ont eu un retentissement incroyable, pour lui-même, mais aussi pour l’ensemble du peuple Israël à travers toutes les générations.

Sur le verset « Assez ! Ne Me parle pas plus de cela » (Devarim 3,26), Rachi explique que Hachem met fin aux prétentions de Moché Rabbénou d’entrer en terre d’Israël en lui annonçant qu’Il a pour lui d’autres projets, bien plus importants encore que celui-ci. Peut-être que ces projets « plus importants » dont parle Rachi sont précisément cette puissance métaphysique de sanctification à laquelle Moché Rabbénou a eu le mérite d’accéder grâce à sa prière…

Y.I.RUCK, à partir d’un enseignement du rav Yaacov Adès, tiré de son livre « Secrets du judaïsme » (Pirké Ma’hchava).

 

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