Attentats en Israël : un danger permanent

Attentats en Israël : un danger permanent

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Trois attentats commis par des citoyens arabes israéliens et un Palestinien des territoires  ont fait onze morts en six jours. L’État hébreu, sur la voie de la paix avec les pays arabes, redécouvre le front intérieur.

Illustration : l’attentat de ‘Hadéra

« Un extrémisme cruel menace l’avenir et la sécurité de l’État ! » martelait Omer Bar Lev, le ministre de la sécurité intérieure, aux obsèques du policier druze, Yezen Falah, l’une des deux victimes, avec la franco-israélienne Shirel Aboukrat, de l’attentat de ‘Hadéra survenu au cœur d’Israël après celui de Beer-Sheva qui avait fait quatre morts. Vingt-quatre heures plus tard, le 29 mars dans la soirée, à Bené Brak, banlieue orthodoxe de Tel-Aviv, un nouveau massacre au fusil d’assaut ensanglante l’avenue Jabotinsky, la principale artère de la ville : cinq morts. Contrairement aux deux précédents attentats commis par des citoyens arabes israéliens, le tueur est un Palestinien des territoires.

Dans son village, Yaabad, près de Jenine, on distribue des bonbons en signe d’allégresse, comme à Gaza d’où le Jihad islamique revendique immédiatement les meurtres. L’arrivée de l’armée israélienne à Yaabad, où les proches de l’assassin sont arrêtés, met fin à la fête. La nuit précédente, c’est en Israël même, à Oum el Fahm, mais aussi Sakhnine et Nazareth, que les perquisitions et les arrestations se sont multipliées. Dans ces grandes villes arabes, la police découvre au domicile des terroristes propagande et vidéos de l’État islamique, mais aussi quantité d’armes. Y a-t-il eu coordination entre des cellules islamistes composées de citoyens possesseurs d’un passeport frappé du chandelier à sept branches et les cellules de Cisjordanie ? « On ne peut pas exclure une préparation et une préméditation mais la circulation des armes de guerre est un point névralgique » estime Niv Adi, expert des questions de défense.

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L’ASSAILLANT ÉTAIT INSTITUTEUR

Ce sont en effet de véritables arsenaux que découvre le Shin Bet, le service de sécurité intérieure, aujourd’hui au centre de toutes les critiques. L’assaillant de Beer-Sheva, un instituteur du Neguev, avait en effet purgé quatre ans de prison pour avoir tenté de rejoindre Daech en Syrie et fait l’apologie de l’État islamique. Pourquoi l’avoir relâché en 2020 ? Le terroriste de Bené Brak, Diaa Hamarsheh, 25 ans, avait été incarcéré lui aussi : six mois de prison pour liens avec le terrorisme et trafic d’armes. Une fois libre, il était entré illégalement en Israël où il travaillait sans permis. « À quoi sert le mur de séparation ? C’est une passoire que l’on franchit pour nous tuer ! » grondaient les réseaux sociaux dès l’annonce du profil du terroriste. Mais les précédents, eux, étaient des citoyens de l’État hébreu. C’est donc sur tous les fronts que les Israéliens se sentent visés.

Et cela au moment même où se succédaient les rencontres qualifiées de fraternelles avec les États arabes, du Golfe au Maroc : le sommet du Neguev, à Sdé Boker, le kibboutz de David Ben Gourion, fondateur de l’État juif, semblait concrétiser le rêve du « nouveau Moyen-Orient » évoqué naguère par Shimon Peres. Les avions de la compagnie Royal Air Maroc se posent désormais à Tel-Aviv, l’alliance stratégique et militaire entre Rabat et Jérusalem devient officielle.
Mais que vaut cet horizon apaisé en regard du péril intérieur ? « Le combat contre le terrorisme intérieur passe bien avant les relations bilatérales avec les pays arabes » écrit Freddy Eytan dans sa chronique du « Jerusalem Center for public affairs ». La série sanglante réveille la mémoire des tueries passées. L’attentat de ‘Hadéra s’est produit vingt ans exactement après le massacre du Park Hotel à Netanyah : trente Israéliens tombés sous les balles d’un Palestinien, le soir de la Pâque juive. Plus proches : les émeutes de mai 2021 dans les villes « mixtes » ont agité le spectre de la guerre civile au cœur d’Israël. C’est pour conjurer cette menace que le gouvernement d’union nationale a voté un budget sans précédent pour la communauté arabe qui représente 20 % du pays.

LE PARTI ISLAMISTE RA’AM CONDAMNE AUSSI

De ce côté, justement, la condamnation de la terreur a été sans failles. Les représentants bédouins ont fustigé immédiatement l’auteur de l’attentat de Beer-Sheva. Quant à Mansour Abbas, leader du parti islamiste Ra’am, associé au gouvernement, il dénonce « une forme abominable de terrorisme de type Daech qui ne reflète pas la société arabe dont les membres cherchent à vivre dans la dignité et le respect de l’État de droit ». L’une des cinq victimes, à Bené Brak, était précisément un policier arabe, Amir Khoury, 32 ans, tué alors qu’il se jetait dans une course-poursuite à l’assaillant, abattu quelques minutes plus tard.

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Du côté de l’Autorité palestinienne, on redoute de voir la situation dégénérer. Mahmoud Abbas, le président, qui n’a pourtant jamais renoncé à « indemniser » les familles de terroristes, affirme : « Tuer des civils israéliens et palestiniens ne fera qu’aggraver la situation alors que tout le monde a intérêt à renforcer la prospérité à l’approche du Ramadan et des fêtes juives et chrétiennes. » Le Ramadan débute le 2 avril. Ce 30 mars, les Palestiniens célèbrent « le Jour de la terre ». À Gaza, la foule se masse sur la plage à l’appel du Hamas. Selon le quotidien Haaretz qui cite des rapports des services du Qatar et d’Égypte, le mouvement islamiste n’a pas l’intention de s’engager dans un conflit. Mais les vidéos des attentats sont reprises avec allégresse sur tous les réseaux sociaux et « les revendications successives par Daech puis par le Djihad islamique créent un climat d’euphorie infernale chez les esprits faibles » confie à Marianne une habitante de Nazareth, informaticienne de confession chrétienne. Selon les sources sécuritaires, le premier défi de cette nouvelle guerre sera de retrouver et d’endiguer la déferlante des arsenaux de la terreur.

Par Martine Gozlan  www.marianne.net

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