Don d’organes, prise de position du Grand-rabbin de Paris, notre mise au point

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Dimanche le 29 janvier 2017

Le Grand rabbin de Paris a accordé une interview à Actualités juives (en date du 8 janvier, et non TJ comme nous l’avions écrit) à propos des prélèvements d’organe. Il a déclaré : « Aujourd’hui, étant donné les réserves halakhiques que je viens d’exposer, il importe de s’opposer fermement au prélèvement d’organes et j’appelle nos coreligionnaires à s’inscrire sur le fichier national du refus ».

Il a eu droit à une attaque en règle de certains, critiquant le fait qu’il « incite les Juifs à refuser le don d’organes… dans le cadre de la loi républicaine ».

Il s’agit, pour être précis, du prélèvement d’organes post-mortem et non du don d’organes entre vivants qui, malgré l’interdit biblique de blesser son corps, est considéré comme un acte louable, ainsi que l’écrit le Radvaz. Ceci est particulièrement valable quand il s’agit de donner un rein à des malades, ce qui se pratique couramment de nos jours.

Mais quand il s’agit de profaner les restes funéraires d’un Juif, c’est différent : il est vrai que les décisionnaires ont envisagé le cas limite de permettre une telle intervention face à un Juif vivant qui en a besoin, car, alors, le problème de « nivoul hameth » est mis de côté quand il s’agit de sauver une vie humaine, mais cela s’arrête là ! Or un tel cas ne se présente quasiment jamais, et quand il est question de profaner le corps d’un Juif, c’est toujours pour mettre de côté des parties de son corps pour les réutiliser par la suite, peut-être. L’expérience a prouvé que bien souvent ces restes ne sont pas utilisés, et peuvent être jetés à la poubelle ! De là la très grande opposition de l’ensemble du public pratiquant contre les prélèvements d’organes, problème qui a longtemps perturbé la vie publique en Terre sainte (depuis le cas célèbre de la rabbanith Nadel, l’épouse du rav Guedalia Nadel, dont le corps a été rendu défiguré à la famille, qui l’a refusé et a entrainé une très grande manifestation en son temps).

Il n’y a pas de doute non plus que cette question de permettre la défiguration d’un corps pour sauver un être humain ne peut concerner qu’un cas où c’est un Juif qui a besoin d’une telle aide pour rester en vie ! En aucune manière, aussi républicains que nous soyons, une telle démarche ne peut être envisagée pour sauver un non-Juif, face auquel nous n’avons pas d’obligation de cet ordre, et là, nous ajoutons (le dimanche 29 janvier) que cet aspect n’est pas essentiel : il suffit de savoir que, pour obtenir un membre « en bon état », il faut le prélever « tôt », ce qui veut dire, soit quand le donateur est encore vivant, soit quand on pénètre dans une période allant entre l’arrêt du coeur, ou l’arrêt du cerveau, deux moments à l’égard duquel on trouve chez nous une grande discussion, à savoir laquelle est le moment exact de la mort dans le cadre de la Halakha ! Or nous ne pouvons pas accepter que l’on tue un Juif pour qu’il puisse donner un membre, que cela soit pour un frère juif, ou pour un non-juif…

Il en sera de même pour les autopsies : elles viennent pour la plupart d’entre elles tenter de connaitre les raisons du décès de la personne, mais elles ne peuvent trouver, sur le plan de la Halakha, aucune justification sérieuse ! En conséquence, dans tous les cas de figure, le public respectueux de la Halakha et en particulier du respect des morts s’oppose avec une très grande virulence à la pratique d’autopsies. On pourrait imaginer des cas différents, pouvant permettre d’incarcérer un criminel dangereux grâce à une vérification des causes du décès d’une personne, mais cela est très théorique, et ne se présente jamais.

En général, en Erets Israël, les tribunaux acceptent ce genre de demandes. Et, de plus, certaines méthodes plus avancées permettent d’effectuer enquête sans user du bistouri.

 

Le Grand rabbin Gugenheim a bien fait de s’exprimer à cet égard, et nous avons là une grande obligation de soutenir sa position, qui s’inscrit dans la conception de l’ensemble des rabbanim.

On ne peut que regretter le fait que des ignares en la matière, quand bien même ils fussent lettrés, se permettent de critiquer une telle prise de position.

‘Hazak véémats !

Sur le fond du problème, Kountrass prépare un dossier, à paraitre le mois prochain si D’ veut.

2 Commentaires

    • J’attire votre attention sur le fait qu’en aucun moment rav Wattenberg ne parle du sujet qui est le nôtre : a-t-on à permettre de prélever des membres d’un Juif (nivoul hameth) pour sauver un « gentil ». Or c’est là toute la question, et c’est ce que nous avons ajouté pour expliquer et appuyer la position du Grand rabbin Gugenheim et pour repousser totalement l’attaque qui a été menée contre lui, d’une manière en plus très désobligeante.
      A signaler l’adresse : https://www.registrenationaldesrefus.fr/#etape-2/cre

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