Dossier 4000 : scier la branche…

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Par Matti Tuchfeld, Israel haYom

Les recommandations de la police dans le dossier 4000, selon lesquelles les relations entre les journalistes et les sources correspondent à un accord de corruption, effacent la base sur laquelle reposent les médias.

Ill : Robert Redford et Dustin Hoffman dans le rôle de Woodward et Bernstein dans « Tous les hommes du président »

De nombreux reportages journalistiques – en particulier concernant des politiciens, mais pas seulement – sont parvenus à la presse ou à la télévision à une heure de grande écoute grâce à une relation de concessions mutuelles. Parmi les personnes qui peuvent en témoigner, beaucoup sont des ministres, des membres de la Knesset ou de hauts fonctionnaires. Les Premiers ministres et les présidents ont également raconté aux médias des histoires exclusives au fil des ans. Parfois, les récits sont négatifs, destinés à blesser des opposants politiques, et plus d’une fois, leur publication engendre l’ouverture d’une enquête de police. Presque derrière chaque histoire se cache l’intérêt d’une personne ou d’une autre qui nourrit le journaliste d’informations. Ce n’est pas toujours la morale qui est devant ses yeux, mais bien plus la liquidation de comptes.

Dans de nombreux cas, lors du transfert de l’information, les parties se mettent également d’accord sur la contrepartie à offrir. Si la source est prête à figurer en son nom derrière le récit, sa présentation comprendra généralement une image flatteuse. Les ministres qui prennent une décision importante qui intéresse le public et transfèrent cette information en exclusivité à un certain journaliste chercheront à obtenir le crédit qu’ils attendent grâce à une présentation positive de la part du journaliste et à la livraison d’une image impressionnante qui leur sera utile au sein de l’électorat. Si ce ministre ou cet agent public n’est pas intéressé par la publicité de son identité et son image, le journaliste devra trouver un autre moyen d’accorder une récompense appropriée en échange du scoop livré.

Depuis le jour où la police a déposé ses recommandations dans le dossier 4000, cette procédure de base courante porte un nouveau nom : c’est de la corruption ! Le don est là – le scoop qui améliore l’image du journaliste dans les médias ; et ce qui est rendu – une image dans le journal, une description de parangon et un bon mot. Ces deux choses ont une valeur monétaire lourde. Quand il n’y avait pas d’autre moyen d’obtenir une histoire, les médias en Israël et à l’étranger étaient prêts à payer des centaines de milliers de shekels, et parfois même davantage. Même la photo d’un homme politique dans le journal vaut des dizaines de milliers de shekels, en fonction du nombre de centimètres qu’il occupe et de la distribution du journal en question.

Parce que c’est là le vrai sens des recommandations de la police : une conception aberrante, selon laquelle une couverture sympathique, une image ou une présentation positive peuvent être considérées comme un échange commercial, fait s’effondrer le fondement sur lequel repose l’ensemble des relations avec les média. Ces dernières années, des journalistes sont descendus dans la rue pour manifester contre le gouvernement à diverses occasions. Une fois contre la fermeture de la chaine 10, une fois contre la fermeture de la société radiophonique officielle (et jamais contre la loi bloquant provisoirement Israël haYom, contre la fermeture de ‘Arouts 7 ou la révocation de l’autorisation de diffuser des informations de Channel 20 – mais ceci est une autre histoire qui illustre davantage l’ampleur de l’hypocrisie). Lors de ces manifestations, les journalistes ont protesté contre l’obstruction des bouches et l’ingérence du régime dans les médias libres. Mais le dossier 4000 passe dans le silence.

Mais, en vérité, il est difficile d’imaginer une violation plus grave de la liberté de la presse. Dans le cadre d’un document de recommandation, il a été déterminé qu’une ligne équivaut à une valeur monétaire. Et l’on se tait, car c’est Netanyahou qui est concerné – quand de nombreux journalistes israéliens ont tout mis en oeuvre pour provoquer sa chute, comme certains l’ont admis après les élections de 2015.

Le jour où la police a soumis ce document avec ses recommandations, qui, pour la première fois de l’histoire, déclarent qu’une présentation positive, ou les attaques contre d’autres politiciens ne sont pas assimilées à la liberté de la presse et de l’opinion, et peuvent même être criminelles – ce jour-là aurait dû être celui où toute personne s’approchant du monde journalistique aurait dû fait part de son effarement. Mais rien ne s’est passé. Et n’arrivera rien : il ne reste que de l’hypocrisie et un silence dérisoire.

Ces recommandations, qui indiquent entre autre chose que le Premier ministre a accepté des pots-de-vin, forment une note d’échec que laisse derrière lui Roni Alshich après avoir quitté ses fonctions. Alshich rentre chez lui après une période d’échecs, notamment après avoir politisé la police de la tête aux pieds. […]

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