Education et parenté

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Education et parenté

« Mais maman, papa a dit que je peux aller chez mon copain ce Chabbath ! » Tout les parents du monde ont été confrontés un jour à cette phrase d’un enfant sachant parfaitement auquel des deux parents il doit s’adresser pour obtenir ce qu’il désire. Aux parents de savoir par la suite comment gérer entre eux leurs différentes manières de voir les choses.

Jouer papa contre maman, ou le contraire, est au fond un jeu passionnant pour cet enfant qui va découvrir son pouvoir de « nuisance » à l’intérieur de la relation de couple. Il en sera généralement le bénéficiaire, car le parent lui ayant donné raison ou ayant accédé à sa demande aura gain de cause. Difficile en effet d’interdire ce que l’autre à permis sous peine de passer aux yeux de l’enfant comme étant le ou la méchante.

Au delà de la problématique de gestion pure de ce type de situation, essayons de réfléchir sur cette notion de deux parents et une même voie ou voix les deux lectures étant aussi vraies l’une que l’autre.

Il est en premier lieu intéressant de constater que dans la Tora, le concept des parents en tant que groupe n’existe pas. On voit en effet la présence du père (av) et de la mère (em) mais point la présence de parents (horim).

Cette manière de présenter ceux qui sont à la base de la cellule familiale nous renvoie à la nécessité d’assumer notre spécificité, et en premier lieu à nous interroger sur la particularité de notre fonction.

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Etre père c’est devenir un re-père, point de référence pour notre enfant chez qui nous allons incarner ce que doit être l’adulte au masculin. Il en sera de même pour la mère qui ne doit d’aucune manière s’imaginer que le point de référence se situe exclusivement chez son conjoint.

Assumer sa particularité, c’est au fond être prêt à assumer l’exigence que crée cette particularité. Je ne peux demander à mon conjoint d’assurer mon rôle,  je ne peux me débarrasser de la responsabilité qui est mienne.

L’enjeu essentiel va se situer dans l’invention d’un système éducatif qui ne sera ni celui qu’a pu connaitre l’épouse dans sa vie d’enfant, ni l’époux dans sa vie d’enfant à lui.

On ne peut reproduire ensemble, pour éduquer le même enfant, des schémas différents.

C’est là que vont se trouver  les premiers conflits, les premières difficultés.

 

Au nom de quoi devrais-je abandonner ma vision de l’éducation au profit de celle de mon conjoint ?

S’il est vrai que sur les points fondamentaux, nous risquons d’être sur la même ligne, c’est dans la manière dont nous allons les mettre en pratique au quotidien que se situeront souvent des divergences.

Le véritable enjeu sera en premier lieu de ne pas vouloir, via nos visions différentes, imposer notre place à l’intérieur de la famille.

Nos enfants ne sont pas dupes et ils réalisent parfaitement où se situent le véritable enjeu de nos différents sur l’éducation : en voulant imposer son point de vue, papa (ou maman) a envie d’imposer sa place.

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Le préambule serait donc de s’assurer que chacun des membres du couple possèdent bien sa place, qu’il s’y sent bien et que son conjoint la lui reconnait. Cela n’empêche que les divergences peuvent rester.

 

Est-ce qu’on le laisse partir à l’anniversaire ou pas ? Peut-il partir en colonie ? Doit-on l’obliger absolument à terminer sa soupe ? Doit-on le sanctionner en cas de mauvaises notes ? Il ne s’agit pas ici de trouver des  réponses ponctuelles mais un modèle de fonctionnement que l’on appliquera au quotidien.

 

Pour réussir à trouver la solution, une seule solution, il faut prendre le temps de se parler.

En lisant ces quelques mots, vous vous direz que l’auteur de cet article n’a pas inventé le fil à couper le beurre.

C’est fort possible… Mais ce sont  les choses les plus évidentes qu’on a tendance parfois à oublier parce que pris dans la gestion d’un quotidien souvent chronophage.

Discuter vous me dites ? Oui, mais de quoi ?

Alors je me permets très humblement de vous proposer quelques pistes.

Tout d’abord,  quel est notre objectif commun par rapport à l’éducation de manière générale et vis-à-vis de cet enfant en particulier ? Qu’est-ce que va représenter pour l’enfant la réaction ou l’action que nous aurons à son égard ?

Se demander l’un et l’autre le pourquoi de nos visions différentes ? Réfléchir non point juste à l’instant présent mais repenser les enjeux à terme et les conséquences par rapport à ces grands enjeux que peuvent avoir nos paroles ou nos actes vis-à-vis de cet enfant ?

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Nous poser l’un et l’autre la question si ce ne sont pas les blessures narcissiques que nous infligent nos enfants qui conditionnent nos actions ? Réfléchir à la place qu’a le système dans lequel nous vivons sur nos manières d’agir et de réagir ?

 

N’ayons pas peur de donner à l’autre de véritables explications sur ce qui motive notre démarche.

Le principe même de cet échange – bien entendu hors de la présence des enfants – constitue en lui-même un acte d’éducation fort, car l’enfant va percevoir sans même l’entendre ou le voir l’importance qu’il a à nos yeux à travers l’investissement de temps et d’énergie que nous lui consacrons en discutant et en réfléchissant à son sujet.

Comme nous l’avons vu précédemment, aucun des deux parents ne peut se décharger de sa responsabilité éducative sur l’autre.

Et, quand c’est le cas, le parent sur qui presque tout repose doit être capable non point de revendiquer la présence de l’autre à ses cotés mais plutôt à exprimer le besoin qu’a  de la présence l’autre, de son avis et de son  investissement. Cela demande des efforts, et le résultat nous l’espérons, en vaudra la peine.

Par rav Lemmel

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