« El moul pené haMenora… »

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« El moul pené haMenora yaïrou chiv’ath hanéroth » (Bamidbar/Nombres 8,2).

Traduction du Grand-rabbin Zadoc Kahn : « C’est vis-à-vis de la face de la Menora que les sept néroth doivent projeter la lumière ».

 

Une extériorité commune

Ce paradoxe que reprend Rachi est connu, voilà ce qu’il écrit : « El moul pené haMenora » ; c’est-à-dire : « Vis-à-vis du ner ha’emtsaï, du milieu, qui ne se trouve pas sur les branches de la Menora, mais sur son tronc ».

La face de la Menora (pené haMenora), serait ainsi son ner central (ner ha’Emtsaï) !

Le problème, c’est qu’il est bien dit : « Les sept néroth éclaireront vis-à-vis de la face de la Menora ».

On est donc obligé de relire le verset et de traduire : les six autres néroth, ceux qui se trouvent sur les branches éclairent « el moul pené haMenora », sous-entendu : en direction de ce qui fait face au ner central, de ce qui est vis-à-vis de ce ner, c’est-à-dire en direction d’un point imaginaire dans l’espace. Comme le souligne le Sifté ‘Hahhamim : bien que cela aille à l’encontre des lois de la nature, la lumière émanant des six branches de la Menora n’éclairait pas ce qui se trouvait face à chacune d’entre elles, elle était inclinée dans la même direction que celle vers laquelle éclairait le tronc central ! Vers une extériorité commune !

Or, comme on le sait aussi, la Menora et la lumière qu’elle projette sont l’expression du dévoilement de la vérité. Ou, pour le dire en d’autres termes, le symbole de la ‘Hokhma.

Ce paradoxe que supporte le passouk nous dit donc que l’organisation des sept sciences sous la forme des sept branches dans la direction que leur confère l’expression « el moul pené haMenora » doit toujours être comprise dans son rapport à une extériorité radicale, à ce qui ne se laissera jamais complètement saisir, à cette pure transcendance de la ‘Hokhma dans son étrangeté radicale à ce qui se laisse malgré tout penser.

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Car, pour la ‘Hokhma juive, l’ordre du sensé s’impose d’en haut, dans une nécessité qui en révèle la double dimension : éclairer le monde par la puissance du savoir, mais aussi en dévoiler la kedoucha, cette distinction et cette hauteur propres à la réalité authentique des choses.

 

La transcendance

Une vérité que le savoir gréco-romain sur lequel repose l’Occident a au contraire pervertie. Puisqu’en laissant le savoir se métamorphoser dans les multiples formes possibles de sa seule expérimentation égoïste d’elle-même, la « culture universelle » n’a pas réussi à reconnaître la présence d’un être réel faisant face à son questionnement. Certes, le dévoilement extraordinaire de ses aptitudes, l’élargissement en bordure de l’infini de son domaine d’action, et l’intensivité avec lesquelles les sciences diverses se sont renforcées, ont conduit l’homme en moins de trois siècles à la domination quasi-absolue du monde naturel. Mais, à aucun moment de cette histoire qui a débuté il y a environ 2500 ans, cet homme n’a vu le sens réel des outils avec lesquels il avait édifié son monde.

Ce paradoxe entourant la signification des néroth de la Menora reste donc, pour nous, toujours aussi essentiel. Il nous rappelle que la domination d’un monde sous les auspices des sept sciences – ce chiffre propre à l’ordre de la nature – trouve à la fois sa limite et sa légitimité dans une autre dimension, celle du 8 : le huitième jour de la Brith mila qui modifie le cadre de la nature ; le huitième monde qui s’offrirait à nous après Chabbath si nous ne faisions pas, ce soir là, la havdala. « La huitième dimension, écrit le Maharal, est par-delà la nature créée en sept jours » (Tifereth Israël, chap.2) ; elle est « …ce qui fait suite au règne naturel, ce qui relève du miracle » (Ner Mitsva). Parce que l’Eternel a laissé à tout homme, en particulier quand il est juif, la liberté de faire l’expérience de la transcendance et de l’origine de sa présence au monde.

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Y. I. RUCK

 

 

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