Élie Barnavi : « Soutien ou dénigrement d’Israël ? »

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Cher Monsieur Barnavi (notre photo),

Je viens de lire votre article « de l’antisionisme » dans la Revue des Deux Mondes d’octobre 2020, un numéro-dossier sur la haine d’Israël.[1]

Je le dis de suite, votre conclusion, intitulée « que faire ? » m’a surpris. En effet, au début de l’article, vous expliquez bien que le procès que l’antisionisme instruit contre Israël

« ne s’intéresse pas à son régime politique, ni à son discours, ni même à ses actes… En dénonçant à son idéologie fondatrice, il s’en prend à son essence même, jugée une fois pour toutes illégitime. ».

C’est la définition-même d’un racisme et vous rejoignez là une affirmation de Boualem Sansal dans le même numéro de la revue :

« ce n’est pas la présence du Juif qui gêne, c’est son existence ».

Mais étrangement, partant de cette vérité, votre article élabore progressivement une thèse opposée.

Dans le corps de votre article, vous relativisez la radicalité de ce racisme. D’abord vous citez le nazi arabe, le mufti Amin al Husseini (qui n’a rien de Haj), et vous le mettez en balance avec le pape Pie X qui éconduisit Herzl en 1904. Les deux sont déplorables, mais ce pape n’a pas de sang sur les mains.

Dans ce numéro de la revue, il y a aussi un article de Franz Olivier Giesbert, qui exprime de l’empathie pour les Israéliens. Rien de tel chez vous. Vous critiquez presque tous les Israéliens que vous évoquez. Il y a une fois de la compassion, c’est pour Edward Saïd, qui se plaint de l’inefficacité, voire de la contre-productivité de l’antisionisme :

« tout ce qu’ils [les antisionistes qui hurlent la haine d’Israël dans les capitales européennes] ont réussi à faire, c’est conforter la droite israélienne la plus dure ».

Les Palestiniens victimes de l’antisionisme, je dois dire qu’il fallait y penser.

Mais l’article va crescendo : vous, l’ancien ambassadeur, vous écrivez que l’OLP a voté l’abrogation dans sa Charte « des articles fixant comme objectif l’anéantissement d’Israël ». À ma connaissance, en 2021, cette charte n’a même pas été modifiée. En 1989, Arafat avait déclaré cette charte « caduque ». Mais en 1996, la charte était toujours là après les accords « de paix », puisque le même Arafat a annoncé que l’article sur l’anéantissement allait être « abrogé ». En 1998, Arafat, toujours le même, a nommé une commission chargée d’étudier la modification de cette charte, toujours la même. À ce jour, nous attendons toujours les conclusions de cette commission.[2]

Votre article aboutit à la responsabilité des Juifs dans l’antisionisme. Dans votre conclusion, intitulée « que faire ? », vous prenez le contre-pied de votre introduction. Selon vous, si le gouvernement israélien changeait, s’il changeait de politique, s’il suivait vos recommandations, cela irait mieux :

« si la détestation d’Israël a précédé l’occupation, celle-ci l’a considérablement aggravée »

… et il y aurait moins d’antisionisme. Il n’est pas question ici de discuter de l’occupation. Ce thème était aussi hors sujet dans votre article, puisque, comme vous l’écriviez dans l’introduction, l’antisionisme ne s’intéresse pas aux actes d’Israël. Alors pourquoi en parler ? Faites-vous de la récupération politique ?

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Peut-être souffrez-vous de ce que j’appelle le syndrome Jimmy Lustig. Jimmy est un personnage de Philip Roth qui pense pouvoir effacer toute la haine antijuive de l’histoire de l’humanité. Autour de nous, des Jimmy Lustig, terrorisés par le racisme, préfèrent croire que les Juifs sont responsables de l’antijudaïsme, que tout est de la faute des Israéliens. Si on en est responsable, on peut l’infléchir, l’arrêter. Alors ils s’en prennent à d’autres Juifs, au gouvernement israélien, qu’ils qualifient de responsables de l’antisionisme. C’est pathétique parce que les antijuifs disent la même chose. C’est pathétique aussi parce que les gens de bonne volonté, ceux qui veulent sincèrement lutter contre le racisme (et ils sont nombreux), n’y comprennent plus rien ; les Jimmy Lustig brouillent les pistes de la compréhension du conflit israélo-arabe. Un prochain article sur Mabatim.info racontera des Jimmy Lustig.

Pour conclure, je vous propose d’imaginer un scénario ; vous le savez, le précédent Président des États-Unis a tenu des propos négatifs sur la France. Imaginez qu’un Ambassadeur de France soit allé voir ce Président, en le priant de boycotter la France pour qu’elle cesse de tolérer des caricatures islamophobes et pour qu’elle abroge sa loi sur le voile. Pensez-vous que cet ambassadeur améliorerait l’image de la France auprès de ce Président et des Américains ?

Que faut-il alors penser des Israéliens qui, en 2017, ont écrit au gouvernement irlandais de prendre des mesures contre Israël, parce qu’ils étaient

« convaincus que la poursuite de l’occupation est néfaste sur le plan moral autant que sur le plan stratégique, elle empêche la paix et constitue une menace stratégique pour Israël. [3]»

Pensez-vous que ces signataires (dont vous étiez, selon la presse) ont « amélioré » l’image d’Israël ? Il est plus vraisemblable qu’ils ont « considérablement aggravé » la haine antisioniste, en la cautionnant.

Alexandre FeigenbaumMABATIM.INFO
président de Dhimmi Watch, l’Observatoire International de la Dhimmitude
https://dhimmi.watch/

[1] Élie Barnavi, « de l’antisionisme », Revue des Deux Mondes, octobre 2020, p. 62
[2] Marc Reisinger, 14 novembre 2014, « Le mythe de la reconnaissance d’Israël par l’OLP », Times of Israel
[3] Shraga Blum, 31 janvier 2018 : « Des Israéliens en Irlande pour appeler au boycott » ; Le Petit Hebdo,

7 commentaires

  1. Barnabi n’existe que par sa détestation de l’état d’Israel dirigé par Bibi, par sa haine de Bibi. Du coup il est apprécié dans les officines occidentales. Et il est aimé des ennemis de l’état d’Israel.

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  2. Cela fait du bien de lire dans votre article les contradictions de ce beau parleur.
    Comme un miroir pour lui, une démonstration factuelle pour nous.
    Alors un grand merci pour cette mise au point.

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    • Bonsoir Alex je partage totalement ton analyse à propos de Barnavi qui passe pour un sage en Occident , mais qui est l’homme du doute ? De la démission et qui incarne bien cette portion du peuple juif qui se sent toujours coupable et responsable !

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