Etre l’enfant qui pose la bonne question, par le rabbi de Kalov

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Je me suis rendu un jour dans une école juive laïque en Argentine, et après ma dracha, lorsque le moment est venu généralement de poser des questions, le directeur m’a demandé deux fois s’il était possible d’adresser des questions. Cette question reflétait en réalité l’idée que chez les religieux généralement, il est interdit de poser des questions pour la bonne raison qu’il faut croire sans raison, tandis que les laïcs, n’accomplissent que ce que leur raisonnement explique, et en conséquence, ils n’accomplissent pas les mitsvoth. Et ils ont beaucoup de questions qui restent sans réponse.

Je lui répondis : « Bien entendu, il est permis de poser des questions. Pose toutes les questions difficiles. » En effet, le Saint béni soit-Il veut que nous posions des questions et connaissions les réponses, et non que nous vivions avec la foi sans connaître la raison d’être des choses, comme il est écrit : « Connais ton D’, ton Père et sers-Le. » En conséquence, le Saint béni soit-Il nous a donné la fête de Pessa’h au cours de laquelle nous effectuons dès le départ toutes sortes de changements pour que les enfants posent des questions, pour leur enseigner à se renseigner sur la raison de chaque chose, et nous leur répondons pour leur montrer qu’il y a réponse à tout. Et nous avons l’obligation d’enseigner et d’éduquer chacun : le sage, le mécréant, le simple et celui qui ne sait pas interroger. Ceci se produit dès le début de la fête, lorsque nous célébrons la naissance de notre peuple, pour nous enseigner à poser des questions et à recevoir des explications.

La Tora est plus vaste que l’océan, et chaque question a beaucoup de réponses. A l’instar d’un simple médecin qui n’a pas de réponse à nos questions, on se tourne vers un professeur, quand on a une question difficile, il faut s’adresser à un érudit qui a beaucoup étudié, ou chercher dans les livres saints. Aucune question ne reste sans réponse. Et de même, lorsqu’on interroge un médecin, on se conforme d’abord à ses instructions, puis on cherche la justification, de même le Saint béni soit-Il veut que nous Le servions avec Emouna même avant de connaître les motifs, et en s’adonnant ensuite à l’étude de la Tora, on trouve les réponses.

Le directeur en question posa la question classique des laïcs liée à la Shoah : où se trouvait le Gardien d’Israël pendant cette période ? Je lui répondis par le biais d’une parabole : un homme avait eu un fils unique à un âge avancé et il éprouvait un amour immense pour son fils. Le père avait mis en garde son jeune fils de ne pas manger ou de faire une quelconque action qui le mettrait en danger. Or, le fils n’écouta pas son père et consomma un aliment dangereux. Le médecin expliqua qu’il y avait deux possibilités : soit une opération, soit l’enfant mourrait, que D’ nous en préserve. Le père choisit bien entendu l’opération, mais l’enfant pleurait et se débattait en prétendant qu’il allait bien et que son père le détestait, qu’il était méchant, etc. Mais le père n’allait pas entraver l’opération sous prétexte que son fils n’en comprenait pas la nécessité.

De même, le Maître du monde, un Père miséricordieux dont la compassion et l’amour pour nous sont infinis, nous a mis en garde dans la Tora d’accomplir les mitsvoth, car tel est le but de la création de l’homme. Si l’homme ne les accomplit pas, les malédictions mentionnées dans la Tora se réaliseront. Parfois, le Saint béni soit-Il met le corps à rude épreuve pour purifier et soumettre le côté matériel de l’homme, au profit de la vie éternelle de l’âme.

La partie essentielle de l’homme est en effet la nechama, la parcelle divine qui vit dans ce monde-ci et dans le monde à venir, et non le corps qui est uniquement une enveloppe de l’âme. Et même un Juif qui n’a jamais fauté subit parfois des épreuves envoyées par le Saint béni soit-Il, le médecin fidèle, pour redresser un tort de son âme lorsqu’elle se trouvait dans le corps d’un autre dans une réincarnation précédente, ou pour d’autres raisons.

Et par la force de cette Emouna que tout provient du Ciel, quelques survivants se sont renforcés après la Shoah et ne se sont pas écartés de la voie divine, car grâce à la foi, on est en mesure d’accepter tout avec amour, de chanter et de se réjouir même dans les situations les plus difficiles. Même dans le cas de la mort de proches, on sait que le Saint béni soit-Il qui a le pouvoir de faire mourir et de ressusciter, aurait pu les laisser en vie, et que ceci aussi est pour le bien.

J’ai entendu le Rebbe Aharon de Belz s’exprimer à ce sujet : lorsqu’on lui relata, pendant la guerre, que son fils aîné, Moché, avait été jeté dans les flammes, il répondit : « Grâce à D’, j’ai moi aussi apporté un Korban (sacrifice) à D’. » Un jour, un survivant lui avait relaté sa détresse pendant la Shoah et avait commenté : « Le Rabbi a également souffert pendant la Shoah », le Rabbi lui saisit alors la main et répondit : « Reviens sur ce que tu as dit, car je n’ai pas souffert. »
A notre époque, la mélancolie et autres formes de détresse psychologique sont répandues chez les jeunes, et certains perdent même tout contrôle sur leurs actions, et en arrivent jusqu’au meurtre et au suicide, que D’ nous en préserve. Les directeurs d’établissements laïcs tentent d’enrayer le phénomène en louant les services de toutes sortes de spécialistes, mais la source de ceci tient aux enseignements prodigués aux enfants, reposant sur une hérésie, comme si la prodigieuse Création s’était développée d’elle-même, que les hommes descendent des singes, et que tout se déroule au hasard, sans finalité.

Le manque de foi dans le Maître du monde et Sa Providence conduit à la dépression venue dans le sillage des épreuves, s’imaginant qu’elles sont survenues au hasard, sans finalité. Et ceci conduit également au meurtre, car dans leur vision du monde, l’homme n’est qu’une créature vivante sophistiquée, et ne constitue pas le but de la Création, et à leurs yeux, le meurtre d’un homme est équivalent à tuer un animal. Nous le percevons concrètement dans la réalité : depuis que l’hérésie s’est répandue dans le monde depuis deux cents ans, et que l’on a déraciné la Emouna pour assouvir les passions, les troubles d’humeur se sont multipliés dans le monde, ainsi que le meurtre, et des centaines de millions d’hommes sont tués dans les guerres mondiales ou dans d’autres circonstances.

Dans la même veine, les Egyptiens reniaient également l’existence du Créateur de l’univers, comme l’atteste le verset (Chemoth Exode 5,2) lorsque Pharaon dit : « Je ne connaissais pas Hachem », ils ont massacré des milliers d’enfants juifs, car à leurs yeux, les Bené Israël étaient une race abjecte qui s’était développée au hasard, et c’était également l’opinion des maudits nazis. D’un autre côté, ils servaient l’agneau, un animal d’élite, calme et doté de bonnes vertus, et selon leurs lois, il était absolument interdit de le tuer. Le Saint béni soit-Il ordonna aux Bené Israël de prendre un agneau – divinité égyptienne – et de la garder pendant quatre jours, puis de l’abattre aux yeux des Egyptiens, dans le but de déraciner la foi païenne des Egyptiens.

Et les Bené Israël ont agi, mus par un grand sens du sacrifice et une Emouna à toute épreuve, bein que tous aient subi de grandes épreuves par la manifestation de l’Attribut de justice et non de l’Attribut de miséricorde, mais ils se sont renforcés et ont surmonté l’épreuve sachant que tout est pour le bien, et par là, ont eu droit à des influences positives spirituelles et matérielles ; en quelques heures, ils ont vu les prodiges du Maître du monde, les Egyptiens renégats ont tout perdu, et le peuple d’Israël a quitté la servitude pour retrouver la liberté, en sortant avec de grandes richesse, conformément à la promesse faite au Saint béni soit-Il à Avraham. Et du Ciel, on fit en sorte qu’ils partent immédiatement, pour qu’ils ne restent pas plus que le temps fixé au Ciel pour les purifier, car chaque instant de malheur et de souffrances est décrété dans le Ciel avec la juste mesure.

C’est pour cette raison que nous consommons le soir du Séder le « Korekh », un sandwich contenant du ‘harosset dans la matsa, pour affirmer que même les épreuves amères sont indispensables au bien de l’homme, tout comme la nourriture est indispensable à la survie.

Nous apprenons de là qu’il convient de nous renforcer dans chaque situation et élever nos enfants dans la foi dans le Créateur du monde et Sa Providence, et nous préserver des tentations du mauvais penchant qui tente d’instiller en nous des propos renégats à la maison et à l’école, et nous aurons droit à une vie de joie et de satisfaction, et tout comme lors de la sortie d’Egypte, notre Père compatissant nous a monté de grandes prodiges, puisse-t-Il faire venir notre sauveur, rapidement et de nos jours, Amen.

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