Faut-il s’inquiéter des mises en garde de Poutine ?

Les dirigeants israéliens sont-ils inquiets des avertissements de Poutine concernant la Syrie?

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Les dirigeants israéliens sont-ils inquiets des avertissements de Poutine concernant la Syrie ? À en juger par leurs déclarations au cours des deux derniers jours, il ne semble pas qu’ils se fassent beaucoup de soucis.

Des rapports contradictoires, pour la plupart non confirmés et non officiels, on émergé ces derniers jours concernant les accommodements israélo-russes en Syrie. Ces rapports suivent l’aveu par Jérusalem que ses avions de combat ont attaqué vendredi en Syrie un convoi de missiles destinés au Hezbollah.

Cette rare admission, contraire à la traditionnelle politique israélienne d’ambiguïté, a déclenché une chaîne d’événements au cours de laquelle, quelques heures après l’attaque, l’ambassadeur d’Israël à Moscou a été convoqué au ministère russe des Affaires étrangères et sommé de fournir des explications.

Les médias ont indiqué que le président Vladimir Poutine, parrain et sauveur du régime syrien, a exprimé sa colère, alors que le dirigeant de la Syrie, Bashar Assad, se vantait devant les députés russes de ce que Poutine avait promis de refréner Israël. Certains commentateurs israéliens en ont déduit que la liberté opérationnelle dont jouissait jusqu’à présent en Syrie l’armée de l’air était terminée.

Mais à en juger par les déclarations des dirigeants politiques et des commandants militaires au cours des deux derniers jours, il semble qu’ils ne sont pas sérieusement inquiets.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahou lors d’une visite d’Etat en Chine, ainsi que le ministre de la Défense Avigdor Liberman et le chef d’état-major Gadi Eisenkot, sont demeurés impavides, répétant plus ou moins le même message selon lequel Israël continuera à poursuivre ses intérêts de sécurité nationale et à défendre ses frontières en Syrie.

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La doctrine israélienne en Syrie est non interventionniste, à trois cas d’espèce près. L’une est que Tsahal réplique systématiquement lorsque des obus ou des roquettes frappent, intentionnellement ou non, le côté israélien du Golan. Une autre est toute tentative d’organisation de réseau terroriste à proximité de la frontière. De telles tentatives ont déjà entraîné la liquidation de commandants syriens, iraniens et du Hezbollah. La troisième et plus importante exception est le bombardement occasionnel, et non reconnu, des convois et des entrepôts de missiles à longue portée et déstabilisant l’équilibre des forces en présence envoyés d’Iran au Liban via la Syrie et destinés au Hezbollah. Depuis 2013, une vingtaine de ces incidents ont été relevés par les médias sur la base des déclarations officielles de la Syrie et des rares revendications de responsabilité israéliennes.

Depuis que Moscou a déployé ses forces en Syrie il y a 18 mois, Israël a été contraint d’inclure un nouveau facteur dans l’équation. Une entente a été établie avec la Russie afin de clarifier les intérêts mutuels et d’éviter les erreurs et l’engagement accidentel des deux forces aériennes. Ces accommodement ont donné lieu à la création de lignes directes de communication entre les services de renseignement et les forces aériennes des deux pays, et sont connus sous le nom de « mécanisme de déconfliction ».

Les réactions imperturbables des principaux leaders politiques et militaires indiquent qu’ils savent à quoi s’en tenir, en particulier Liberman, qui est proche et a une bonne compréhension de l’administration Poutine. Il est évident que Poutine joue double jeu – il comprend et accepte les préoccupations et les intérêts israéliens, mais quand Israël confirme qu’il a attaqué la Syrie, il n’a d’autre choix que de procéder à une dénonciation publique.

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Cependant, en plus des accords avec la Russie et des lignes rouges déjà établis, il y a maintenant un nouvel intérêt stratégique israélien – empêcher le déploiement sur le Golan du Hezbollah ou des milices chiites irakiennes parrainées et guidées par des officiers iraniens.

Les succès récents du régime d’Assad et la défaite attendue d’ISIS en Irak et en Syrie rendent ce scénario de plus en plus probable. L’Iran et le Hezbollah espèrent pouvoir se positionner à la frontière syrienne sur le plateau du Golan et menacer ainsi d’ouvrir un second front contre Israël en cas de guerre future.

Israël n’a pas d’autre choix que d’y mettre un terme. Soit en parvenant à un nouvel accord avec Poutine, qui pourra faire pression sur Assad, l’Iran et le Hezbollah dans cette direction. Soit en ayant recours à la force.

 

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