La fermeture de la Yechiva de Volozhyne – voici 120 ans

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Il y a 120 ans est décédé le Roch Yechivath Volozhyne, le Netsiv, rav Naftali Tswi Yehouda Berlin zatsal, suite à la fermeture de la première Yechiva au monde, dont il était le dirigeant.

La Yechiva a été fermée parce que les autorités civiles voulaient introduire des matières profanes dans son programme… problème qui reste malheureusement d’actualité. En effet, les autorités civiles « juives » cette fois tentent et en Terre sainte, de s’immiscer dans les programmes des Yechivoth, et de ne leur permettre de fonctionner qu’avec 1800 « ‘ilouïm », génies.

Il n’est pas sans intérêt de constater, in fine, que cette même question s’est posée au rav… Matslia’h Mazouz, en Tunisie, et qu’il a lui aussi la volonté de maintenir la transmission de la Tora intacte.

La fondation de la Yechiva de Volozhyne

La fondation de la Yechiva de Volozhyne en 1802 doit sa création à l’initiative de rabbi ‘Hayim Itzkovitz (1749-1821), plus connu sous le nom de rabbi ‘Hayim de Volozhyne. Volozhyne était une agglomération qui a été fondée au XVe siècle par le prince Tyszkiewicz. Elle est restée la propriété de ses descendants jusqu’au XXe siècle. Elle était habitée par des Juifs et des non-juifs, mais son économie tournait autour de la Yechiva, dès la création de cette dernière. La famille de rabbi ‘Hayim y possédait également une usine de textile. Cette communauté juive a été exterminée par les nazis en 1942.

Rabbi ‘Hayim y est né, et a été le disciple du Chaagath Arié, mais il fut surtout celui du Gaon de Vilna, qu’il considérait comme une personnalité hors paire, au point que, quand on le présentait comme disciple du Gaon par excellence, il considérait que c’était manquer de déférence par rapport à son maître que de s’exprimer ainsi…

Par la suite, vers 1774,  rabbi ‘Hayim est devenu le rav de sa ville natale.

Il ne fait aucun doute que ce sont les troubles de la fin du XVIIIe siècle qui l’ont amené à prendre l’initiative innovante de fonder une Yechiva : la Révolution française, les grands changements géographiques en Europe Centrale, la volonté déclarée du Tsar de réduire l’originalité de la communauté juive (dans le cadre du comité de « redressement des Juifs » d’Alexandre 1er de 1801), sans oublier les premières attaques de la Haskala contre le judaïsme orthodoxe. Tout ceci a fait que la précarité de la situation des jeunes qui voulaient étudier la Tora devenait dangereuse. Jusqu’alors, ces jeunes suivaient un rav, qui pouvait être en même temps le rav de la ville – et qui n’avait pas toujours de temps à leur consacrer –, vivaient au jour le jour chez des familles et mangeaient à leur table, pouvant aussi devoir dormir dans les synagogues. Rien n’était structuré, mais leur enthousiasme pour étudier la Tora transcendait toutes ces difficultés.

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Le projet de rabbi ‘Hayim était d’offrir un Beth haMidrach spécifique aux étudiants de Tora, un internat, une cuisine, des enseignants ne s’occupant que de ces jeunes : une structure moderne. Le Gaon agréa cette idée, mais elle ne fut lancée qu’en 1802, cinq ans après sa disparition, sous le nom de « Yechivath ‘Ets ‘Hayim de Volozhyne ».

C’était la première institution de cet ordre. Elle servit de modèle à bien d’autres Yechivoth (Mir, Slabodka, Telzh…) puis à l’ensemble des communautés juives, tant ‘hassidiques que sefarades.

Tout jeune Juif sensé en Lituanie ou en Russie rêvait d’être accepté dans cette Yechiva !

 

La reconstruction du Beth haMikdach

Ce bastion de Tora marqua l’histoire du peuple juif, jusqu’à ce jour. Du reste, les décisions importantes concernant cette Yechiva ont à chaque fois été prises par un comité réunissant les grandes personnalités rabbiniques du moment, tant la communauté juive tout entière considérait que la gestion de cette institution reposait sur les épaules des Grands de la génération.

Quand la Yechiva a été brûlée par le feu – son bâtiment, comme le reste de ceux de la ville, était en bois… –, le Judaïsme tout entier en a été troublé – le « Beth haMikdach » a été incendié ! Et l’ensemble de la Gola a contribué à la reconstruction du Beth haMidrach de la Yechivath Volozhyne – cette fois-ci, en pierre !

Très nombreuses sont les personnalités toraniques qui ont été accueillies à la Yechiva. Ses dirigeants étaient tous des Grands de la Tora, depuis rabbi ‘Hayim de Volozhyne, rabbi ‘Hayim Soloveitchik, jusqu’au Netsiv, rabbi Naftali Tswi Yehouda Berlin (1816-1893). Ce dernier était le gendre de rav Yits’haq de Volozhyne, le fils du fondateur de la Yechiva – il en fut le Roch Yechiva durant 38 ans ! Les jeunes qui en sont sortis ont formé les cadres du Judaïsme d’alors.

Durant le XIXe siècle, l’existence d’un tel centre déplut profondément aux opposants du judaïsme orthodoxe, qu’ils émanent de la communauté elle-même – avec les tenants de la Haskala, des bienfaits des « lumières » – ou qu’ils ne fassent pas partie de notre peuple – comme les autorités civiles russes, très souvent informées par des Juifs renégats, qui voulaient éradiquer les forces orthodoxes actives dans les rangs du peuple juif…

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Vers la fin du XIXe siècle, la pression est montée, et les autorités civiles ont demandé à plusieurs reprises à ce que le programme de la Yechiva soit changé, et que l’on y apprenne au moins le russe.

Les journaux des maskilim de l’époque ont multiplié les articles contre la Yechiva, qu’ils voyaient, à juste titre du reste, comme étant le fleuron des Yechivoth de l’époque et le centre spirituel du monde juif. De nombreuses informations reposaient simplement sur de la diffamation, mais la haine de ces gens était telle que tout leur semblait permis.

Quelques semaines avant que les autorités civiles ne finissent par mettre les scellés sur la Yechiva, en 1892, une liste d’exigences avait déjà été rendue publique : elle concernait l’ensemble des détails du fonctionnement de la Yechiva : les critères d’acceptation des jeunes, l’enseignement des matières profanes, l’exigence que les enseignants soient diplômés d’Etat, etc.

A quelles conditions transmettre la Tora ?

Que décidèrent les rabbanim de la Yechiva ? Le Netsiv convoqua les grands rabbanim pour que la décision soit prise au plus haut niveau possible, tant elle concernait réellement l’ensemble du peuple juif. Pour certains rabbanim, il fallait sauver Volozhyne à tout prix, mais c’est le rav Soloveitchik, le Beth haLévy, qui a eu le mot de la fin : bien que nous ayons l’obligation, a-t-il expliqué les larmes aux yeux, de veiller à ce qu’il y ait des institutions de Tora, de former des jeunes et de transmettre la Tora d’une génération à l’autre, cela ne nous est toutefois possible qu’en suivant la voie qu’ont ouverte devant nous nos maîtres, les grands des générations. Si nous sommes forcés de changer cela, nous sommes dispensés d’en garder la responsabilité, et nous devons fermer ! Au Maître du monde de veiller Lui-Même à la continuation de la transmission de la Tora, et ce n’est pas à nous de marchander à cet égard.

C’était la semaine où on lisait dans la Tora : « Il vous chassera d’ici d’une manière implacable » (Chemoth/Exode 11,1)…

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Le Netsiv n’a pas supporté ce drame, et en est décédé quelques mois plus tard.

La Yechiva a pu ouvrir à nouveau quelques années après, mais elle n’a plus eu l’importance qu’elle avait eue tout au long du XIXe siècle ; en revanche, cela a été la grande heure d’autres institutions, telles que Mir, Radhyn, Slabodqa, Telzh. La Tora ne reste en effet jamais orpheline : si une Yechiva n’a plus la possibilité de continuer, d’autres prennent le relais ; si dans un pays, l’étude de la Tora n’est plus possible, elle le sera, de manière surprenante, dans un autre, ou sur un autre continent.

Ce n’est donc pas à nous de nous soucier finalement de la pérennité de l’étude de la Tora dans le monde, en acceptant des concessions dans ce but…

En tout cas, cette décision de fermeture de la Yechiva de Volozhyne est un précédent pour l’ensemble du peuple : elle signifie clairement que la tradition poursuivie par la Yechiva est si clairement établie que le moindre changement apporté dans sa structure va à coup sûr déstabiliser sa transmission et réduire à néant l’effort de transmission de la Tora qui y est mené.

Il est remarquable à cet égard qu’un rav tel que le rav Matslia’h Mazouz (1912 – 1971) a agi de la même manière bien plus tard, en Tunisie. Après avoir démissionné en 1961 du tribunal civil dans lequel il avait été nommé – parce qu’il était obligé de juger des Juifs également selon la loi civile – il a été durant deux années enseignant à la Yechiva fondée par ‘Habad à Tunis. Toutefois, quand la direction de cette institution a décidé d’ajouter des cours de français à son programme, le rav Mazouz s’est démis de ses fonctions : il ne pouvait concevoir une Yechiva qui introduise des matières profanes dans son enseignement ! Il a lancé alors la Yechivath Kissé Ra’hamim (en 1963 – le rav a été assassiné en 1971 par un musulman, enterré à Tunis, puis, un an plus tard, réinhumé au Har haZétim).

 

Ainsi donc, la transmission de la Tora nécessite un respect total des cadres mis en place par nos ancêtres ! ■

Extrait de Kountrass numéro 170

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