Kerry a tout faux sur les implantations

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Comment John Kerry a totalement saboté toute possibilité raisonnable de processus de paix à torts historiques partagés

 

Le Secrétaire d’Etat John Kerry condamne Israël pour sa politique d’implantations qui (dit-il) « rend impossible la solution à deux Etats », le 28 décembre.

La résolution 2334 du Conseil de Sécurité de l’ONU, qui décrit les implantations d’Israël en Judée-Samarie et à l’Est de Jérusalem comme illégales, n’aurait jamais dû être votée la semaine dernière. Mais les Etats-Unis, ont refusé de faire usage de leur pouvoir de veto, en partie parce que, comme le Secrétaire d’Etat John Kerry l’a expliqué dans son discours de mercredi 28 décembre, l’Administration Obama pense que ces implantations seraient le principal obstacle à la paix au Moyen-Orient. Dans la vision radicale de l’Administration sortante, le criticisme extrême et les menaces à l’encontre de son meilleur allié au Moyen-Orient sont, inversement, absolument nécessaires pour faire « progresser » le processus de paix.

 

Cet argumentaire de John Kerry est complètement farfelu. Mais, après tout, examinons-le.

Bien que les responsables de l’Administration soient réticents à expliquer le raisonnement précis qui se dissimule derrière leurs séries d’attaques de toute dernière minute contre Israël et exclusivement Israël, autant que je puisse en parler, il repose sur trois hypothèses :

 

  • La première, comme Kerry l’a amplement souligné dans son discours, c’est qu’un gel de la croissance des implantations rend la tache plus facile, pour les négociateurs palestiniens, de faire des compromis douloureux à la table des négociations. Ce gel est supposé faciliter les choses en levant les soupçons des Palestiniens qu’Israël, soit, n’est pas prêt à faire des concessions majeures à la table des négociations, soit, alors ne mettra pas ces concessions en oeuvre, une fois faites (verbalement).
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Le Premier Ministre Binyamin Netanyahu a déjà fait le test et mis cette éventualité à l’épreuve en novembre 2009, quand il a imposé un moratoire de dix mois sur la construction de nouveaux logements (à l’exception de l’Est de Jérusalem, capitale éternelle du peuple juif) à la demande expresse de la première Administration Obama. [Kerry a une mémoire de pigeon]

Qu’est-ce qui s’est passé? Le Président de l’Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas, a purement et simplement, refusé de revenir à la table des négociations jusqu’à l’ultime fin de ce moratoire et il est demeuré tout aussi intransigeant qu’auparavant.

Le principal obstacle à tout compromis palestinien n’est absolument pas le soupçon répandu chez les Palestiniens ; c’est l’absence fondamentale de toute volonté des différents dirigeants palestiniens à travers tout le spectre politique, d’accepter l’existence d’un Etat Juif, aux côtés du leur.

De plus, on pourrait constituer un solide dossier à dire l’inverse : la croissance de certaines implantations rend en réalité la tâche plus facile aux Palestiniens les plus modérés pour bâtir un soutien de l’opinion publique à un compromis, en soulignant que la continuation du statuquo est intenable et préjudiciable aux aspirations nationales palestiniennes à long terme.

 

  • La deuxième hypothèse de l’Administration Obama est que seule la pression de la communauté internationale ou de la part des Etats-Unis peut conduire à ce gel des implantations supposé souhaitable.

Cependant, en faisant disparaître la distinction entre l’Est de Jérusalem et les villes israéliennes les plus trépidantes à l’intérieur de la Judée-Samarie – qu’aucun parti politique israélien important n’envisage d’abandonner (par exemple, Ma’ale Adoumim) – et les implantations subsistantes, auxquelles les Israéliens disent vouloir renoncer, cette politique a l’effet inverse que celui qu’elle imagine.

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« C’est un vrai cadeau fait à Bibi Netanyahu, qui peut, dorénavant, dire avec une grande aisance, aux Israéliens que la mauvaise relation avec les Etats-Unis, ces huit dernières années, n’est ni de son fait, ni de sa faute », souligne l’écrivain Jonah Goldberg.

Finalement, si c’était vrai que le gel des implantations pouvait rendre la tâche plus facile aux négociateurs palestiniens, en disant qu’on peut faire confiance à Israël et que les pressions internationales augmenteraient substantiellement la bonne volonté des dirigeants israéliens à accepter un tel gel, ces effets seraient de loin éclipsés par les problèmes engendrés par le marquage au fer rouge de toutes les revendications israéliennes, à l’extérieur des lignes d’armistices de 1949, comme étant illégales et invalides.

Puisque les dirigeants palestiniens ont déjà des difficultés à justifier devant leur peuple l’abandon de revendications territoriales sur Ma’ale Adoumim, ce quartier juif proche de Jérusalem, et ainsi de suite, Ils auront le double de ces difficultés, à présent, puisque les Etats-Unis ont délibérément approuvé ces exigences intenables. A quel territoire un dirigeant palestinien peut-il bien renoncer, alors même que Washington et le Conseil de Sécurité ont déclaré que les Israéliens n’avaient aucune espèce de revendication qui puisse être seulement envisagée comme « légitime »?

Kerry a déclaré haut et fort qu’Israël doit être seul blâmé et accusé de l’échec du processus à deux Etats et que – à moins que ses dirigeants ne se plient entièrement et sans broncher sur un seul point à ses conseils ô combien avisés ! – Israël ne pourra pas survivre comme à la fois un Etat juif et démocratique [il aspire donc à la disparition de l’Etat souhaité et construit par les Israéliens, quelle que soit sa forme politique présente et ultérieure]. A présent que la vision de l’Administration est claire comme le cristal, les experts devraient nous épargner leur va-et-vient pour savoir si ces obsessions de la vingt-cinquième heure sont bonnes pour la paix – personne d’aussi intelligent qu’Obama ou/et Kerry ne peut croire un seul instant que cela le sera (bon pour la paix).

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La question la plus intéressante, qui sera très certainement le point de focalisation des auditions de l’an prochain au Congrès, sera de comprendre pourquoi Diantre, par quel goût du gâchis, l’Administration a employé ses toutes dernières semaines à tout faire, absolument tout, pour endommager aussi considérablement les relations de l’Amérique avec Israël.

 

par Gregg Roman, The Los Angeles Times ©

 

Gregg Roman est Directeur du Middle East Forum, un centre de recherche dont les quartiers-généraux sont à  Philadelphie.

 

Adaptation : Marc Brzustowski, JForum

 

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