La CPI choisit l’Iran contre les USA

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Guerre d’usure et usure du pouvoir

Après des années de provocations orales et d’escarmouches éparses dans sa guerre d’usure contre « le Grand Satan », la République Islamique d’Iran a enfin reçu la réponse qu’elle attendait. Mais ce n’est pas celle à laquelle elle s’attendait. L’assassinat ciblé du numéro deux du régime, ci-devant général deux étoiles, arroseur de bombes arrosé, a sidéré les ayatollahs, qui ne savent plus à quel Allah se vouer.

La perte de leur général en chef a été ressentie autant au plan psychologique que matériel : la protection divine, preuve du juste combat des mollahs, n’a pas épargné leur protégé et sa mort a été accueillie, dans tout le pays, par une flambée d’enthousiasme, qui contredit fâcheusement le prétendu soutien populaire unanime au régime.

Outre son rôle dans la répression contre l’émancipation du peuple iranien, Soleimani était aussi l’exportateur du seul produit de grande consommation national : le terrorisme. C’était lui qui, en juillet 2015, lors d’une visite à Moscou, avait orchestré la coalition russo-iranienne en soutien à Assad.

Droits de l’homme selon le Droit international incarné

Jusque-là, la Russie fournissait des armes à l’armée syrienne et protégeait Damas diplomatiquement des sanctions de l’ONU, laissant le boucher de Damas libre de commettre tous les crimes qu’il voulait contre l’humanité, en l’occurrence réduite à son propre peuple.

Le soutien russe n’avait pas empêché les rebelles de soustraire au contrôle d’Assad junior 80% du territoire syrien, pendant les quatre premières années de la guerre civile, qui avaient fait 250.000 victimes, soit une moyenne de 62.500 morts par an.

Depuis 2015, Soleimani supervisait donc les opérations terrestres des soldats de Bachar, armés par Moscou et soutenus par son aviation, contre les civils syriens luttant contre la dictature alaouite.

Grâce à l’alliance souscrite par l’entremise du général iranien, le nombre de victimes syriennes avait plus que doublé en moins de trois ans, passant à 511.000 en mars 2018, soit un rendement de 87.000 victimes par an : une augmentation de 39,2%. Sans oublier les 6,6 millions de déplacés dans le pays et 5,6 millions de réfugiés dans le reste du monde, selon les chiffres du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (Human Rights Watch).

La CPI a des raisons que la raison ne connaît pas…

Le HCR mentionne aussi l’usage d’armes à sous-munitions et d’armes chimiques, interdites l’une et l’autre, ainsi que d’armes incendiaires. La responsabilité de Bachar et de ses alliés russe et iranien est si flagrante, qu’en juin 2018, les États participant à la Convention sur l’interdiction des armes chimiques ont accordé à l’OIAC l’autorisation permanente d’enquêter et de désigner les responsables de ces attaques. Pour autant, la Syrie n’a jamais été condamnée par une résolution du Conseil de Sécurité, puisqu’elle est protégée par le droit de veto russe.

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Curieusement, personne n’a proposé à la CPI de juger Souleimani ou Bachar el-Assad pour crimes contre l’humanité. Le travail des juges aurait été facilité par la pléthorique documentation les attestant. Mais ils n’ont pas le temps de s’occuper de ces 511.000 victimes : ils sont débordés par la préparation du procès de Netanyahou au sujet des presque 200 morts des échauffourées de la Marche du retour, organisées tous les vendredi, depuis mars 2018, par le Hamas, à Gaza. Le Hamas, qui avait pris le pouvoir par un coup d’état contre l’Autorité palestinienne et qui avait transformé l’enclave méditerranéenne en tête de pont militaire contre l’État juif, bénéficiait du soutien sans faille du Général Soleimani.

Fait bien ennuyeux pour les bien-pensants, c’est l’abominable homme de la Maison Blanche qui a, seul, fait œuvre justicière en débarrassant la planète de l’assassin iranien. Comme il est également incontinent du tweet, Trump n’a pas boudé sa victoire et cela a enragé ses adversaires.

Inflation sur les récompenses pour « Recherché, mort ou vif »

L’un des orateurs aux funérailles de Soleimani a remporté un succès inédit dans son éloge nécrologique, en offrant, sur la chaîne officielle iranienne, une récompense de 80 millions de dollars à qui tuera Trump. La somme n’a pas été calculée au hasard : 80 millions de dollars, c’est un dollar par Iranien.

Jusqu’à présent, les mollahs offraient des bouquets de 72 vierges à consommer dans l’au-delà. Ils doivent manquer de volontaires ici-bas, car ils proposent maintenant des dollars par millions au lieu de 72 vierges unitaires !

Cela en dit long sur l’état du rial et, corollairement, sur le succès des sanctions économiques américaines, même battues en brèche par le système de troc Instex (France 24) de la France et de ses comparses.

« Actuellement, le rial s’échange autour de 120.000 pour un dollar alors que le taux officiel est de 42.000. Cela signifie que les gens dépourvus de carte bancaire doivent transporter d’épaisses liasses de billets pour faire le moindre achat quotidien. Par exemple, un jus de fruit coûte autour de 200.000 rials (le Figaro). »

À un chiffre symbolique, répond un autre chiffre symbolique

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Le berger Trump a répondu à la bergère persane par tweet : « L’Iran parle insolemment de cibler certains actifs américains comme vengeance pour avoir débarrassé le monde de leur chef terroriste, qui venait de tuer un Américain, et en avait blessé beaucoup d’autres, sans parler de tous les gens qu’il avait tués au cours de sa vie, y compris récemment… » Et si l’Iran s’avise de venger la mort de Soleimani en attaquant les États-Unis ou des objectifs américains, « nous avons ciblé 52 sites iraniens (représentant les 52 otages américains pris par l’Iran il y a de nombreuses années), certains d’un niveau très élevé et importants pour l’Iran et la culture iranienne, et ces cibles, et l’Iran lui-même, SERONT FRAPPÉS TRÈS RAPIDEMENT ET TRÈS DUREMENT. Les USA ne veulent plus de menaces ! (Twitter) »

52 sites comme les 52 Américains qui avaient été pris en otage dans l’ambassade américaine de Téhéran en 1979 et qui avaient été pris en otage dans l’ambassade américaine de Téhéran en 1979 et qui avaient été retenus prisonniers pendant plus de 52 semaines. 52 sites importants pour l’Iran comme les diplomates américains l’avaient été pour les États-Unis.

Levée de boucliers

De la même façon que les démocrates américains et les Français bien-pensants se sont élevés contre l’assassinat ciblé de l’assassin au lieu de se féliciter de ne plus risquer les violences dont celui-ci les menaçait, ils s’indignent aujourd’hui de cette menace contre des objectifs « importants pour l’Iran et sa culture », sans s’alarmer de la mise à prix de la tête d’un président des États-Unis.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, dont le pays n’a pas signé la Convention de Genève, en a cependant rappelé un article : « Viser des sites culturels est un crime de guerre. »

Pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988), l’armée iranienne faisait courir des enfants devant les tanks pour déclencher les mines, afin de protéger le matériel militaire, considéré comme plus précieux : « Du côté iranien, l’enrôlement de masse, y compris de très jeunes garçons, s’accompagne d’une exaltation des martyrs. Il est arrivé que les jeunes volontaires endoctrinés se précipitent sur les champs de mines. La population civile est fortement mise à contribution, pour compenser les graves carences (dues aux purges khomeinistes) de l’armée régulière (Wikipedia). » Allo, Monsieur Javad Zarif, c’est-y pas un crime de guerre, ça ?

Perversion narcissique

Les États-Unis, eux, ont signé la Convention de Genève. Ryan Goodman, professeur de droit à l’Université de New York, s’y réfère pour menacer de la CPI ceux qui obéiraient aux ordres du président américain et mèneraient « des actions hostiles contre les monuments historiques, les œuvres d’art ou lieux de culte qui représentent l’héritage culturel ou spirituel des peuples » et « insiste en plus sur cela: tout personnel ou représentant officiel américain qui exécuterait cet ordre de Trump serait passible de poursuites au nom du U.S. War Crimes Act, 18 U.S. Code § 2441 (Twitter). »

Quand Trump ne répondait pas aux provocations iraniennes, attendant les moyens suffisants et le moment opportun, ils le traitaient de lâche et de fantoche, voire de tigre de papier.

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Quand il a eu en main les éléments qu’il attendait, il a envoyé aux harceleurs iraniens une réponse fatale, qui n’a pas non plus satisfait ses critiques : il était devenu un va-t’en-guerre irresponsable qui allait plonger la planète dans un bain de sang.

Il est temps que les bien-pensants français et les democrats américains s’aperçoivent que le Président des États-Unis n’est ni marié avec eux ni à leur service exclusif, mais à celui du peuple américain et que celui-ci a l’air ravi d’être débarrassé d’une menace plus réelle et sérieuse que la CPI.

Un Allemand à rebrousse-poil du haro sur le yéti

Qui a osé écrire : « Le président Trump a libéré le monde d’un monstre dont le but dans la vie était un nuage atomique au-dessus de Tel Aviv. Trump a agi en état de légitime défense – l’autodéfense des États-Unis et de tous ceux qui aiment la paix » ? C’est Julian Reichelt, le rédacteur en chef de Bild, un des quotidiens allemands les plus lus. Il a ajouté que Soleimani faisait courir des risques à des milliers d’innocents aux quatre points cardinaux et que « c’était le pire terroriste et le plus sanguinaire du monde, qui a causé des souffrances et des torts à l’humanité au nom des mollahs, était un ennemi de notre civilisation. Il représentait l’idée insupportable que plus ils tueront de gens (avec le soutien de l’État), plus les meurtriers vivront en sécurité et seront intouchables.[1] »

L’Occident est devenu tellement masochiste que, quand un rédacteur en chef fait des remarques de bon sens, on tremble à l’idée qu’il risque de finir devant la CPI, dont des serial killers comme Omar Bechir, et Bachar el-Assad n’ont rien à craindre. Kassem Soleimani non plus, d’ailleurs ! LM♦

Liliane Messika, MABATIM.INFO

[1] Cité dans le Jerusalem Post

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