La critique des orthodoxes est compréhensible, mais attendez encore une minute…

0
71

Je comprends ce que ressent un parent laïque quand il voit un enfant orthodoxe sur le chemin du Talmud Tora, en violation des instructions. Les dirigeants spirituels orthodoxes l’ont également compris, mais n’ont pas eu le choix : le préjudice éducatif causé aux enfants est bien plus grand que tout autre dommage public.

Arié Ehrlich, journal Michpa’ha, face au tollé actuel. Un article important, paru sur Ynet.

Je vais commencer par une déclaration inattendue : la critique adressée à ces parties du public orthodoxe qui ont décidé d’ouvrir le système éducatif sans coordination avec le gouvernement est tout à fait justifiée. Nous, orthodoxes, n’avons pas le droit de nous en plaindre. Nous l’avons mérité honnêtement.

Je m’explique : l’ouverture d’établissements d’enseignement était une étape inhabituelle de non-respect de la loi et de non-respect des dispositions de l’État. Et quand quelqu’un ne respecte pas la loi – le minimum qu’on attend de lui est de savoir absorber les critiques, même sévères, et ne pas attendre un câlin de la part des médias. Donc, contrairement à de nombreux autres cas – cette fois, la critique est compréhensible. Elles s’imposaient même. C’est un fait que cela venait aussi de la direction de nombreuses personnes qui ne sont pas soupçonnées d’une attitude hostile et structurée à l’égard du mode de vie des citoyens orthodoxes. De nombreux parents bloqués à la maison se sont dit: «Pourquoi devenons-nous fous à la maison avec des enfants grimpant sur nos têtes et les orthodoxes envoyent leurs enfants librement à l’école ?» En effet, cela engendre des rancunes.

LIRE  Iran: le rial au plus bas face au dollar avant le retour des sanctions américaines

Les orthodoxes ont pris cette décision à la demande de leurs chefs spirituels. Pas tout le monde, d’ailleurs. Une partie importante du système éducatif orthodoxe est toujours fermée et la plupart des institutions attendent une décision du gouvernement (toutes les institutions du public sefarade, une partie considérable des Lituaniens, une partie du public ‘hassidique, l’ensemble ‘Habad’, et toutes les institutions pour filles, dans presque toutes les classes…).

Mais ceux qui sont à l’origine de la décision d’ouvrir les établissements d’enseignement ont pris en compte les critiques qu’elle suscitera. Ils ont compris le sens où vont les choses, ils étaient conscients des conséquences, ils ont pris en compte les dommages à notre image – et ont après tout pris leur décision : ils ont perçu que les dommages éducatifs causés aux enfants pendant de longs mois sans établissement d’enseignement sont bien plus importants que tout dommage au niveau de notre image publique.

Il s’agit de dommages à long terme, avec des conséquences possibles qu’il est difficile de sous-estimer dans leur dimension catastrophique: de longs et précieux mois qui s’égouttent, pas de progrès personnels, pas d’étude de la Tora perçue comme l’oxygène respiratoire du Juif, pas d’éducation systématique à la Tora dans ces années où l’enfant ressemble à un semis jeune, ayant besoin de soins dévoués et quotidiens. Demandez à quiconque a un jeune plant dans le jardin – quelles sont les répercussions de la négligence, sans soins, arrosage, jardinage et taille. À la fin, le semis se dessèche et meurt.

Les alternatives d’apprentissage à distance proposées à un étudiant dans le système d’enseignement général ne sont pas pertinentes pour un élève orthodoxe. Et pas non plus pour les familles non orthodoxes ; c’est une solution folle. Je dirais que c’est même une blague ou une souffrance pour toutes les parties – enseignants, enfants et aussi pour les parents. Et la plupart des orthodoxes – même on ne peut même pas dire cela. De ce fait, les orthodoxes – pour certaines parties de ce public, comme dit – ont pris une décision inhabituelle, en pleine conscience des critiques que cela entraînera et du besoin qu’il y aura de s’expliquer.

LIRE  Le nouvel ambassadeur d’Israël en Ukraine : le rabbin Joel Lion

Après avoir dit tout cela, et après une semaine de poursuites filmées dans les rues de la ville après chaque enfant d’institutions orthodoxes vu portan un ‘houmach dans ses mains, mettons là un stop et entreprenons de discuter entre nous. Parlons des alternatives. Et parlons d’autre chose aussi : du système d’éducation générale.

Je ne voudrais pas que quiconque lise les choses écrites plus haut et y voit, à D’ ne plaise, de l’arrogance de notre part – comme si l’éducation orthodoxe était plus importante que les autres. L’éducation est importante pour tout le monde – un homme selon sa vision du monde et la façon dont il veut voir ses enfants éduqués. Tout le monde veut éduquer ses enfants, et le cœur de chaque parent a mal face à la longue oisiveté qui est imposée, et plus encore face aux alternatives pathétiques, parfois ridicules, de l’enseignement à distance.

La réalité est difficile à contredire: sous peu nous en serons à huit mois au cours desquels chaque parent en Israël est déchiré à la vue de ses enfants sans programme réel. Tout parent sérieux est incapable de continuer un moment de plus avec cette situation irrationnelle. Le gouvernement – qui s’est sans aucun doute engagé à réduire la morbidité et à sauver des vies – a transformé l’idée en plan de travail. Il a déclaré l’arrêt du système éducatif, sans parler de retour à la routine, et que les parents se débrouillent !

Je ne suis pas épidémiologiste, donc je n’entrerai pas dans la question des risques de contagion et de ce qu’elle signifie pour des enfants de moins de 12 ans. Je laisse cela aux experts. Je ne suis pas non plus un membre du cabinet qui est exposé à la vérité et connaît tous les risques. Mais je suis un parent qui, comme tout autre parent – laïc, orthodoxe, national-religieux ou arabe – comprend que cela ne va pas. Le fait de fermer le système éducatif pendant huit mois – et ce n’est pas du tout fini pour l’instant – n’est pas une solution à long terme ; qu’il est temps de présenter une option plus sensée et tournée vers l’avenir, tenant compte de l’avenir éducatif de millions d’enfants dans l’enseignement public, religieux et orthodoxe. Un enfant, chaque enfant, mérite un traitement sérieux.
Pensez aux semis tendres. Tenez-en compte aussi.

LIRE  Et à présent ? La déception...

Aryé Ehrlich est le rédacteur en chef du magazine de l’hebdomadaire orthodoxe « Mishpacha », et présente « Alitov et Ehrlich » sur le Net B.

Aucun commentaires

Laisser un commentaire