La Russie peine à poursuivre la guerre

La Russie peine à poursuivre la guerre

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Guerre en Ukraine: la Russie, exsangue technologiquement, se tourne vers l’Iran et la Corée du Nord.

La pénurie de munitions en première ligne et la déliquescence de son industrie incitent Moscou à s’approvisionner chez ses derniers alliés stratégiques. Une course contre la montre est engagée face aux défenseurs ukrainiens, à l’arrivée de l’hiver et aux perspectives de récession.

L’initiative révèle le désespoir grandissant du Kremlin face à l’invasion bâclée de l’Ukraine : d’après les services de renseignement américains, Moscou se serait tourné vers la Corée du Nord pour acquérir en urgence des millions d’obus de calibre 152 mm et de missiles non-guidés de type «  katyusha  » (orgues de Staline).

Cette nouvelle déclassification de données ultrasensibles rappelle celles autorisées juste avant la guerre et indique la volonté de Washington d’exposer les faiblesses structurelles d’un régime poutinien aux abois. L’armée russe souffrirait non seulement d’une pénurie de munitions mais aussi de la médiocrité de celles-ci, mal conservées ou de conception antédiluvienne.

Téhéran vole également au secours de Moscou. En août, des avions gros porteurs russes ont effectué plusieurs navettes vers l’Iran, embarquant plusieurs centaines de drones de type Mohajer-6 et Shahed. Les analystes occidentaux pointent cependant des problèmes techniques grevant l’efficacité de ces machines, sur lesquels des opérateurs russes sont formés en urgence par des instructeurs iraniens.

Contraction du PIB stabilisée

La propagande russe ne manque pas une occasion de fustiger les sanctions internationales, jugées inopérantes, voire indolores pour la société russe. Elles seraient même contre-productives, permettant à Vladimir Poutine d’enrichir son pays notamment grâce aux prix records atteints par l’énergie sur les marchés mondiaux. Ce que confirmait le Fonds monétaire international (FMI) en juillet, estimant que le pays avait mieux encaissé que prévu le choc, ainsi que la fuite des cerveaux, des investisseurs et firmes étrangères. La contraction du PIB serait stabilisée à -3 %. Le rouble ne s’est pas non plus effondré, grâce à l’intervention décisive de la Banque centrale russe. Le pétrole russe bénéficie de nouveaux débouchés en Chine et en Inde, bien que négocié au rabais (-25 dollars par baril, par rapport au prix du marché).

Malgré tout, le risque d’un «  grand bond de trente ans en arrière  » demeure. L’agence Bloomberg a recoupé un rapport de l’université Yale et un autre, russe, rédigé confidentiellement à la demande du Kremlin. Celui de Yale estime que l’image d’une économie russe résiliente, 11e mondiale, face à un bloc occidental ébranlé par la guerre et la pénurie d’énergie à l’orée de l’hiver est une illusion. Celui de Moscou prédit un déclin croissant, inéluctable, mû par la coupure du gaz vers les clients européens, ainsi que du pétrole, du bois, des métaux, des produits chimiques, l’exil préjudiciable de 200 000 experts en informatique et le tarissement des importations stratégiques, notamment dans les secteurs agricole et agroalimentaire. La perte de recettes fiscales pétrolières et gazières s’élèverait à 85 milliards de dollars pour la seule année 2022, selon la société de conseil américaine Rystad Energy. Évoquant trois scénarios, le rapport confidentiel russe redoute une aggravation de la récession, pouvant atteindre -11 % en 2023 et 2024.

Le talon d’Achille russe

Dans ce blocus de fait, qui vise à paralyser l’effort de guerre russe, inciter sa population à manifester et dissuader la Chine d’agresser Taïwan, les États-Unis semblent avoir identifié un talon d’Achille russe : les semi-conducteurs. Ils ont en moins d’un an réduit de 90 % les exportations mondiales vers la Russie de ces composants si précieux pour les missiles de précision, invoquant le dispositif d’extraterritorialité de la « Foreign Direct Product Rule », qui proscrit l’exportation de logiciels, composants et outils américains inclus dans la fabrication de produits russes. L’Ukraine vient ainsi de divulguer une longue liste de « shopping » technologique dressée par les Russes et a averti les principaux fournisseurs : outre les Etats-Unis, Allemagne, Pays-Bas, Royaume-Uni, Taïwan et Japon sont notifiés des efforts russes visant à acquérir par tous les moyens circuits intégrés, transistors, puces, isolateurs, transformateurs. L’Iran et la Corée du Nord, ces alliés de la Russie poutinienne eux-mêmes frappés par des décennies de sanctions occidentales, ont justement développé un savoir-faire unique dans l’art de contourner ces sanctions et préserver leurs programmes nucléaires et balistiques.

Nonobstant l’effondrement possible des unités de première ligne russes en Ukraine, minées par un faible moral et une logistique défaillante, l’espoir d’une victoire ukrainienne et d’une issue prochaine à la guerre repose sur la détermination occidentale à maintenir l’étouffant régime de sanctions financières et technologiques.

Levée des sanctions contre l’Iran.

Dans ce contexte, toute levée des sanctions contre l’Iran, dans le cadre de l’accord sur le nucléaire avec un déblocage de 100 milliards de dollars, serait une erreur fatale sur bien des conflits liés aux activités déstabilisatrices de l’Iran au Moyen-Orient ou ailleurs comme en Ukraine. À l’inverse, le fait de mettre la Russie en grande difficulté interfère sur l’aide qu’elle apporte à ces régimes nocifs pour la stabilité du monde.

JForum – Le Soir

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