L’affaire Kashoggi a t-elle vraiment affaibli Israël ?

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L’assassinat du journaliste saoudien met à mal la stratégie israélienne visant à créer un axe Riyad-Jérusalem-Washington pour contrer l’Iran. Le Point.fr

Daniel B. Shapiro, ancien ambassadeur des États-Unis à Tel-Aviv, aujourd’hui membre de l’Institut israélien d’études stratégiques, le meurtre de Khashoggi est « un désastre pour Israël ».

Dans un édito publié par le quotidien indépendant Haaretz, il explique : « Ce meurtre, au-delà de son immoralité, montre le manque de fiabilité de l’Arabie saoudite dirigée par MBS (Mohammed ben Salmane) en tant que partenaire stratégique. Ce qui s’est passé dans le consulat saoudien d’Istanbul fait écho à la formule utilisée pour qualifier l’élimination d’un opposant à Napoléon : « C’est pire qu’un crime, c’est une erreur ».

En l’occurrence, pour l’Arabie saoudite, une erreur stratégique. » Aux yeux de Daniel Shapiro, Israël doit faire face à une nouvelle réalité : impulsif, imprudent, pas fiable, MBS est aujourd’hui le maillon faible d’une coalition régionale anti-Iran.

Marge de manœuvre étroite

Une situation difficile. D’un côté, Israël ne peut s’accommoder de la position affaiblie de Riyad face à Téhéran ou Ankara. Et de l’autre, il lui est impossible d’apparaître comme le porte-parole de l’Arabie saoudite aux États-Unis et en Europe.

« Qu’Israël soit vu, aux États-Unis et en Europe, comme le défenseur et l’avocat de MBS aurait un impact très négatif sur sa réputation », estiment plusieurs analystes, pour qui la seule chose à faire, en ce qui concerne les autorités israéliennes, est, en matière de coopération sécuritaire avec Riyad, de sauvegarder ce qui peut l’être encore.

Une chose ne fait aucun doute : l’affaire Kashoggi a affaibli le pilier central de la stratégie israélienne au Proche-Orient et pour y remédier la marge de manœuvre du gouvernement Netanyahou est très mince.

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Cela étant, pour l’ancien directeur général du ministère israélien des Affaires étrangères Dore Gold, le plus important reste la menace iranienne. « Tandis qu’Israël attend de voir si et comment la communauté internationale va punir Riyad pour l’assassinat de Khashoggi, on ne doit pas oublier que l’agression régionale iranienne persiste. »

Selon Gold, la nécessité pour Israël est donc de continuer à surveiller cette menace iranienne tout en rappelant à ses partenaires internationaux qu’elle n’a pas décru. L’autre obligation d’Israël étant de mettre en garde contre l’impact qu’aurait une mise à distance de l’Arabie saoudite. Mais, aux yeux de cet ancien diplomate, ces avertissements doivent être lancés en coulisses, pas en public.

Du côté des services de renseignements, on considère cette affaire avec incrédulité. Gad Shimron, un ancien du Mossad, pose la question : « Savent-ils, à Riyad, que nous sommes au XXIe siècle ? Cette opération à Istanbul ressemble plus à une aventure montée par des louveteaux ! » Un autre espion à la retraite ajoute : « Si c’est avec ces gens-là que nous devons combattre les services iraniens, ce n’est pas gagné ! »

Source : lepoint.fr

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