Le rabbi de Kalov : le pouvoir des Tefilines

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« L’Éternel appela Moché, (…) une offrande de bétail, c’est dans le gros ou le menu bétail que vous pourrez choisir votre offrande » (Vayikra 1, 1-2).

Lorsque l’illustre Malbim fut nommé rav de la ville de Bucarest, dont le niveau de judaïsme des résidents était faible, il s’adressa au public lors de son premier discours du Chabbath en ces termes : « A l’époque du Beth Hamikdach, du Temple, le Cohen recevait trois cadeaux des enfants d’Israël : l’os, les joues et l’intestin. De nos jours, le rav a un statut qui ressemble à celui du Cohen, comme il est dit : « Tu iras trouver les Cohanim, descendants de Lévi, ou le juge qui siégera à cette époque. » Donc je vous demande ces trois présents : 1) l’os : le bras sur lequel vous poserez chaque jour les Tefilines ; 2) les joues : ne rasez pas les coins de votre barbe avec un rasoir ; 3) l’intestin : ne consommez pas d’aliments interdits.

Nous avons également observé ce phénomène chez les autres sages et hommes vertueux de toutes les générations. L’une des premières démarches proposées aux Juifs qu’ils voulaient rapprocher du judaïsme était la Mitsva des Tefilines. En effet, lorsqu’on met les Tefilines, qui contiennent 4 sections de la Tora écrites sur un parchemin, où il est question d’acceptation du joug divin et de confiance dans la Providence divine, il est possible d’ancrer en soi la Emouna, un fondement du judaïsme, comme l’explique le Séfer Ha’hinoukh.

Rabbi Na’hman de Breslev explique la raison pour laquelle on met les Tefilines sur la tête et sur le bras. Il existe deux types d’hommes : d’un côté, ceux dont les moyens de subsistance font appel à l’esprit, comme les commerçants, etc. et de l’autre, les travailleurs manuels. Chacun d’entre eux peut s’imaginer qu’il réussit grâce à la force de son poignet. En conséquence, on pose les Tefilines sur la tête en regard du cerveau, et sur le bras en regard du cœur, pour rappeler que seul le Créateur, loué soit-Il, confère des forces à l’homme pour qu’il réussisse en tout, que ce soit avec la tête ou le bras.

Les ouvrages sacrés relatent également que c’est la raison pour laquelle on pose les parachioth sur la peau de bête, une allusion au fait que nous introduisons la Emouna, la foi dans la partie animale en nous, qui se trouve en chaque être humain. Par ce geste, nous nous maîtrisons pour éviter de nous conduire comme un animal toujours entraîné par ses passions. Il nous incombe de jouer notre rôle : accomplir la volonté du Créateur dont tout dépend, pour bénéficier de bienfaits réels et éternels. Nous disons également avant de mettre les Tefilines : « Asservir les désirs et pensées de notre cœur au service de D’, loué soit-Il. » Nos Sages ont dit (Mena’hoth) : tant que l’homme a les Tefilines sur sa tête et son bras, on présume qu’il ne fautera pas.

A ce sujet, un rav avait un jour entendu parler d’un ‘Hassid aisé dont le fils s’était détourné du droit chemin et, attiré par les passions, avait fini par transgresser délibérément toutes les fautes, que D’ préserve. Le ‘Hassid se rendit chez son rabbi, rav Yits’hak de Skère, pour déverser son amertume devant lui. Le rabbi lui dit : « Achète des Tefilines mehoudarim et écris à ton fils qu’il héritera uniquement de tes biens s’il promet de mettre ces Tefilines chaque jour ». Le fils en fit la promesse, et plusieurs mois après avoir mis ces Tefilines chaque jour, il fit techouva. Lorsque le père se présenta chez son rabbi pour le remercier, celui-ci lui expliqua qu’il lui avait recommandé d’agir ainsi pour son fils, égaré par les passions, sachant que la Mitsva des Tefilines a une faculté particulière d’asservir les désirs et pensées de notre cœur pour Le servir, loué soit-Il.

Dans le même esprit, le rav Eliézer Bendavid, dirigeant de la communauté Chouva Israël en Argentine, m’a également relaté qu’il était né en Iran dans une famille non pratiquante, au point qu’il avait même dirigé un mouvement juif laïc à Téhéran. Un jour, il rencontra le rav Yitshak Méir Lévi, mandaté par le philanthrope Yits’hak Chalom, pour y fonder un réseau d’établissements scolaires affiliés à Otsar Hatora. Le rav Lévi lui mit les Tefilines pour la première fois, et à compter de ce jour-là, il devint quelqu’un d’autre. Il décida de se rendre en Erets Israël pour étudier à la Yechiva. Il progressa de plus en plus jusqu’à ce qu’il ait le privilège de fonder et de diriger d’importantes communautés et institutions en Israël.

Ainsi, il nous a été prescrit de fabriquer les Tefilines à partir du cuir noir d’une bête, qui représente le contraire de la beauté aux yeux de l’homme, et de les placer sur la tête, à l’endroit où l’usage est de porter une belle couronne, pour montrer que grâce à notre forte Emouna, nous n’avons aucunement honte des Mitsvoth de Hachem, au contraire, elles représentent une couronne et un honneur pour nous et nous voulons trouver grâce uniquement aux yeux de notre Créateur.

C’était la voie choisie par Mordekhaï Hatsadik, qui ne se leva pas et ne fit pas le moindre mouvement pour trouver grâce aux yeux de Haman, et portait toujours ses Tefilines. Lorsque les enfants d’Israël constatèrent au final que le miracle de Pourim eut lieu grâce à lui, ils se renforcèrent également dans la Mitsva des Tefilines, qu’ils considérèrent comme une marque d’honneur, comme l’atteste le texte de la Meguilat Esther (8, 16) : « Pour les Juifs, ce n’étaient que joie rayonnante, contentement, allégresse et marques d’honneur (Vayikar). » Nos Sages se sont exprimés à ce sujet (Meguila) : « Les marques d’honneur », ce sont les Tefilines, et il est dit : « Et tous les peuples de la terre verront que le nom de l’Éternel est associé au tien », ce sont les Tefilines de la tête.

Sous ce prisme, nous pouvons expliquer pourquoi nous trouvons ici le terme Vayikra écrit avec une petite lettre Alef. Il faut diviser le mot en deux « Vayikar » qui fait allusion à la Mitsva des Tefilines, et la lettre Alef qui fait allusion au Saint béni soit-Il qui est le champion (Alouf) du monde. Par la Mitsva des Tefilines, Moché Rabbénou a indiqué que D’ est précieux à ses yeux. De ce fait, D’ lui a parlé pour qu’il demande aux Bneé Israël qu’au moment d’apporter leur animal pour le sacrifice, ils aient l’intention suivante : une offrande de bétail, c’est dans le gros ou le menu bétail que vous pourrez choisir votre offrande : ils devront apporter la partie animale qui se trouve en eux, fondement de la Mitsva des Tefilines, c’est-à-dire se soumettre uniquement à D’, et grâce à cela, ils auront droit à toutes les Berakhoth mentionnées dans la Tora.

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