L’élimination de Soleimani et les Libéraux de gauche

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Par Manfred Gerstenfeld

Les événements politiques majeurs, parce qu’imprévus, débouchent souvent sur beaucoup de questions et de spéculations. Cela a aussi été immédiatement le cas, lors de l’élimination ciblée du Major-Général iranien Qassem Soleimani, au début de ce mois. La conjecture s’est principalement focalisée sur quelques questions, notamment comment les Iraniens allaient réagir. L’élimination de Soleimani était-elle une action impulsive du Président américain Donald Trump ou cela faisait-il partie d’une stratégie détaillée pour prendre le dessus sur l’Iran ? Est-ce que cela déboucherait sur une guerre régionale ? Et qu’est-ce que la mort de Suleimani signifie pour le Moyen-Orient ?

Pourtant, il y a aussi d’autres aspects liés à l’élimination de l’archi-terroriste de l’Iran, qui soulèvent une question déterminante : est-ce que les nombreuses réactions négatives occidentales à la mort violente de Soleimani sont un indicateur significatif de la décadence des démocraties occidentales ? La liquidation d’un homme qui était, peut-être, le terroriste dominant sur la planète entière aurait dû mener, pour les Démocrates, à un choix en noir ou blanc, en faveur du gouvernement américain et contre le terroriste et le régime dont il faisait partie.

Dans les pays occidentaux, à l’extrême-gauche, on éprouve, jusqu’à des degrés variables, de la sympathie pour les terroristes. Le dirigeant sortant du parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn, a été accusé de soutenir l’IRA[1]. Une fois, il a décrit comme un “honneur et un plaisir” d’accueillir “nos amis” du Hamas et du Hezbollah au Parlement[2]. Corbyn dit à présent : “L’assassinat par les Américains du Général Iranien Soleimani constitue une dangereuse escalade extrêmement grave du conflit au Moyen-Orient, qui prend une signification mondiale”. Et : “Le gouvernement britannique devrait exhorter à la retenue, de la part, à la fois, de l’Iran et des Etats-Unis, et se dresser contre les actes et la rhétorique bellicistes provenant des Etats-Unis[3]“.

On peut relever des sentiments d’identification avec les terroristes musulmans, parmi certains Musulmans en Occident. Le centre Islamique d’Angleterre (ICE) a accueilli une veillée funèbre pour Soleimani dans ses quartiers-généraux du Nord de Londres. C’est une organisation caritative qui est habilitée à offrir des arrangements fiscaux et des aides pour les dons[4]. Un autre exemple d’une telle attitude concerne le Sheikh irako-américain, Ibrahim Kazerooni, du Centre Islamique d’Amérique à Dearborn, dans le Michigan. Il a fait l’éloge de Soleimani, qui avait “apporté l’espoir aux marginalisés et aux réprouvés et insipiré la peur aux ennemis de l’Islam”. Kazerooni a désigné son élimination comme un acte de “traîtrise et de haine[5]“. Dans les mosquées de Berlin et de hambourg, des rassemblements de deuil pour pleurer Soleimani, ont eu lieu[6]“. 

Pourtant, bien plus importantes et de loin, sont les valses hésitations, voire même les condamnations prononcées contre l’élimination de l’archi-terroriste iranien. Aux Etats-Unis, plusieurs candidats démocrates se sont mis dans le camp opposé à leur gouvernement. Le fait qu’ils se positionnent comme anti-Trump, presque par principe, n’est pas en soi une excuse suffisante.

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Il y a eu un soutien quasi-universel envers l’Administration Obama, pour l’élimination d’Osama Ben Laden, alors qu’il était bien moins dangereux, en tant que terroriste, que Soleimani. Pourtant, la principale remarque de Joe Biden, l’ancien vice-président, supposé être un modéré, suite à l’élimination de Soleimani, fut : “Trump vient juste de lancer un bâton de dynamite dans une poudrière[7] “. Une autre candidate démocrate à la présidentielle, Elisabeth Warren, a tweeté : “Trump a déchiré un accord nucléaire avec l’Iran qui marchait bien”. Dans une interview à la télévision, elle a fait référence à Soleimani comme étant : “un responsable gouvernemental, un officier supérieur de haut-rang dans l’armée[8]“. Le candidat démocrate d’extrême-gauche, Bernie Sanders, a désigné cette élimination ciblée comme un assassinat[9]. Michaël Bloomberg a été le seul candidat présidentiel démocrate à condamner l’emploi par Sanders du terme “assassinat[10]“.

On doit ici rappeler que c’est Obama qui a négocié un accord avec les Iraniens, qui a facilité l’opportunité majeure saisie par l’Iran pour mener son expansion terroriste dans divers pays, dont la Syrie et le Yémen. A cette époque, Biden, s’est très bien arrangé de cela. Il y a aussi les dirigeants démocrates qui se sont exprimés contre l’élimination de Soleimani[11]. On trouve ainsi un certains nombre de personnalités des médias, des célébrités, des hommes politiques, des universitaires issus de la nouvelle gauche américaine[12].

En Europe, le libéralisme gauchiste est l’humeur dominante dans la sphère publique. Dans ces pays, l’intolérable est souvent toléré. Cette expression “tolérer” a peu en commun avec ce que la tolérance devrait être pour une démocratie. L’attitude du gouvernement allemand envers les Iraniens s’est avérée particulièrement accommodante. Le Président allemand, Frank-Walter Steinmeier, un socialiste, avait félicité l’ayatollah Khamenei à l’occasion des 40 ans de dictature religieuse implacable en Iran. Cela vaut particulièrement la peine de le relever, connaissant le refus de Steinmeier de féliciter Trump alors qu’il était élu Président des Etats-Unis[13] [14].

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Les Socialistes allemands (SPD) dirigent leur lot de conciliateurs à tout prix dans le pays. Heiko Maas, le Ministre des Affaires étrangères, prétend être entré en politique à cause d’Auschwitz. Après l’élimination de Soleimani, il a tweeté : “L’opération militaire des Etats-Unis fait suite à une série de dangereuses provocations iraniennes. Pourtant, à cause de cette action, on ne peut pas dire qu’il soit devenu plus simple de réduire les tensions. Je l’ai aussi clairement dit au Secrétaire d’Etat américain Pompeo[15]“. Son Sous-Secrétaire d’Etat, Niels Annen , avait célébré la révolution iranienne à l’Ambassade iranienne à Berlin[16].

La réaction du chef de file de la faction parlementaire du SPD, Rolf Mützenich, s’est avérée être encore plus favorable au terroriste iranien. Il a déclaré : “Nous ne serons pas capables de faire face aux conséquences de l’assassinat ciblé d’un représentant de l’Etat par une démocratie occidentale”. Mützenich a ajouté que la relation de l’Allemagne avec les Etats-Unis est, à présent, devenu sujette à des charges et des changements fondamentaux[17].

Le Ministre d’Etat français aux Affaires européennes, Amélie de Montchalin, a été interviewée par la chaîne de télévision RTL, après l’élimination de Soleimani. Elle n’a pas prononcé un mot de soutien pour l’opération Américaine ni contre le terroriste iranien, au cours de l’interview. Quand on lui a demandé  si l’opération américaine l’inquiétait, elle a répondu : “Avant toute chose, c’est l’étape suivante d’une escalade qui est en cours depuis des mois. Aussi ce que nous craignions est en train d’arriver, c’est-à-dire qu’on assiste à un bras-de-fer croissant entre les Etats-Unis et l’Iran. Aujourd’hui, ce matin, notre priorité est la stabilité de la région[18]“.

Tout cela soulève aussi la question de savoir : jusqu’à quel point la propagation d’expressions de conciliation en Occident d”écoule essentiellement de la lâcheté inhérente aux courants de gauche libérale. Pour beaucoup, il n’y a aucun choix par principe entre le blanc de la démocratie et le noir de la dictature, dont le terrorisme est une partie intégrante du style de politique du coup de force. Ces politiciens occidentaux ne sont pas liés sur le plan émotionnel aux terroristes, comme certains Musulmans ou enclins favorablement sur le plan idéologique envers eux, comme l’est Corbyn. Pourtant, leurs déclarations facilitent indirectement le terrorisme. La principale exception, ici, survient quand ces personnes sont confrontés avec un réel danger terroriste dans leur propre pays. Analyser ces réactions, au mieux ambivalentes, au sein des démocraties occidentales, est important, parce que cela indique ce que cette expression de l’humeur libérale de gauche a de nocif dans la sphère publique.

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Il y a bien d’autres exemples de valeurs démocratiques, qui, fréquemment, ne sont pas respectées dans les sociétés dominées par la gauche libérale. Les forces de police sont sous-équipées et les juges ont souvent bien plus de compréhension pour les auteurs de crimes que pour leurs victimes. Beaucoup de pays de l’OTAN ne dépensent pas les 2% de leur PNB qu’ils se sont engagés à verser pour leur armée[19]. L’Allemagne en est un exemple caractéristique. Après bien des critiques américaines, elle a annoncé qu’elle augmenterait ses dépenses militaires à 1, 5% de son PNB aux alentours de 2024. Pourtant, le commissaire allemand aux Armées, Hans-Peter Bartels, nourrit des doutes que cet objectif même puisse être atteint[20].

On peut obtenir une indication rapide de ce qui ne va pas dans ces sociétés, à partir des expériences et preuves endurées par les Juifs et Israël. C’est également vrai, concernant la gauche libérale. Quelques exemples : après leur meurtre brutal à Paris d’une citoyenne juive, Sarah Hamili z’l, les juges français ont acquitté son assassin, parce qu’il aurait été sous l’influence de drogues. A la fin décembre 2019, Shalom Levy est décédé. Il avait été poignardé dans une rue de Strasbourg en août 2016. A cette période, les juges ont déclaré que l’auteur de ce crime n’était pas responsable de ses actes et l’ont libéré[21].

Divers journaux libéraux gauchistes dans les pays européens, ont publié des caricatures extrêmement antisémites et antisionistes. Beaucoup de pays de l’U.E votent pour un certain nombre de motions anti-israéliennes, au siège des Nations-Unies, sachant pertinemment qu’en le faisant, ils commettent et favorisent des actes antisémites. L’Allemagne autorise le groupe terroriste Hezbollah à opérer sur son territoire. Pour le justifier, elle prétend faire une séparation non-existante entre les branches militaire et politique de l’organisation[22] [23]. Divers pays de l’U.E demeurent notoirement aussi silencieux que possible à propos du terrorisme palestinien, tout comme ils ont détourné les yeux du terrorisme de Soleimani. On pourrait citer bien d’autres exemples.

Tout ceci soulève une question extrêmement importante. Jusqu’à quel point la domination idéologique de la gauche libérale dans la majorité du discours public occidental saborde t-il progressivement la stabilité de la démocratie dans ces mêmes Etats?

Par Manfred Gerstenfeld

Cet article est d’abord paru au Centre Begin-Sadate pour les Etudes Stratégiques : besacenter.org/perspectives-papers/soleimani-killing-leftists

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