La Alia et les écoles orthodoxes

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Les Français arrivent, et nous cherchons à leur trouver des institutions pédagogiques leur correspondant. Là, nous avons rencontré le rav Moché Benhamou pour qu’il nous parle de ce qui se passe dans l’enceinte du ‘Hinoukh ‘atsma’ï et du Réchet – à savoir le « réchet », la chaine regroupant l’ensemble des écoles de Shass, réunies sous l’égide du Mayan ha’hinoukh hatorani.

Un bref rappel historique : quand, en 1953, l’éducation nationale a été structurée, un certain courant social, désigné le « 4e courant », s’est détaché des institutions alors formées, et a obtenu une certaine reconnaissance dans le cadre de l’Education Nationale, sous le nom de « ‘Hinoukh ‘atsmaï« , l’éducation indépendante. Elle l’est, sans l’être entièrement, puisqu’elle reste attachée au Ministère de l’Education Nationale, en particulier sur le plan financier, mais pas à 100%, et également sur celui des programmes, bien que l’instance supérieure de cette chaine soit un bureau formé de rabbanim de première importance.

Certains ont critiqué une telle formule, préférant une indépendance totale, de peur que l’ingérence possible des dirigeants non-religieux porte préjudice à la qualité de l’éducation, et on trouvera d’assez nombreuses institutions pédagogiques (les ‘Hadarim classiques, et quelques écoles pour filles) fonctionnant sans lien aucun avec le Ministère (il faut le reconnaitre : l’Etat a su accepter une telle situation), mais pour le grand public, une telle conduite était impensable. De fait, de nos jours, le ‘Hinoukh ‘atsmaï concerne 90.000 enfants, répartis en 240 écoles.

Le rav Benhamou que nous avons rencontré pour en savoir plus est en fait une personnalité qui prend de plus en plus d’importance dans le système éducatif du ‘Hinoukh ‘atsmaï à Jérusalem, et aussi dans l’enceinte de Shass, sans oublier que lui-même est à l’origine de la fondation de nouvelles écoles, dont celle desservant depuis peu le quartier fraichement peuplé de familles orthodoxes qu’est Qiryath Yovel.

Il est lui-même fils d’éducateurs plongés dans le travail auprès de la communauté juive française, à Aix-les-Bains ; il a étudié à Gateshead, avant de se rendre à la Yechivath Poniewezh, puis d’étudier dans le Kollel près de cette importante Yechiva. Il enseigne dans la Yechiva de son beau-frère, le rav Avi Bloch, Beth haLévi à Jérusalem.

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Il a été appelé voici plus de dix ans à l’école du ‘Hinoukh ‘atsmaï de Bayith Végan, appelé communément « Leuchter », du nom de son directeur mythique, pour remplir diverses missions pédagogiques, qui l’ont amené à se consacrer à aider le public francophone plus spécifiquement, avec l’arrivée des Français qui se fait particulièrement sensible dans le quartier, à Bayith Végan. Par la suite, en fait, un nouveau directeur a pris la direction de l’école, le rav Ehrlich, un Juif originaire des Etats Unis, ce qui, selon le rav Benhamou, a encore amélioré l’ouverture de la direction de cette école en faveur des jeunes en provenance de l’étranger (pour la petite histoire, son père, le rav Yom Tov Ehrlich zal, un… chanteur yiddisant connu, a passé un an en France après la Shoa, et a même appris la langue locale). « Leuchter » a fini par afficher complet, et le rav Benhamou a été amené à ajouter une autre école à son domaine d’action, Netivoth Chelomo à Har Nof, du ‘Hinoukh ‘atsmaï, puis ‘Hazon Avraham, là, une école de Chouvou (une chaine fondée pour les Russes, mais qui développe son action auprès d’autres populations également, à défaut de ‘Olim de cette origine) passée sous la gestion du ‘Hinoukh ‘atsmaï. De ce fait, le rav Benhamou se trouve de nos jours en contact suivi avec les dirigeants du ‘Hinoukh ‘atsmaï.

Que fait de particulier le ‘Hinoukh ‘atsmaï pour les Français ?

Rien. Ce sont les écoles qui vont, localement, être amenées à chercher à faire des efforts pour les Français, en particulier dans le cadre des aides aux ‘Olim prévus par le Ministère de l’Education Nationale (quelques cours privés supplémentaires). La direction générale elle ne cherche pas d’élèves, ce qui fait que l’accueil n’y est pas tellement facile. En revanche, les quelques écoles de Shass avec lesquelles je travaille font preuve de plus d’ouverture envers notre public – il y a moins de pression chez eux, il faut dire.

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 Sur le plan religieux, ce sont les deux chaines à conseiller aux parents français ?

Cela dépend des écoles. Leuchter, à mon avis, est une bonne école pour eux, à conseiller, où on sait s’occuper des Français. Toutefois, il faut savoir que l’école change un peu de direction, et devient pratiquement un ‘héder, avec des études qodech plus intensives qu’auparavant.

Car le ‘Hinoukh ‘atsmaï a ses exigences : on y apprend l’anglais, plus de matières profanes (géographie, sciences naturelles, etc.), mais il ne s’agit que de trois heures de ‘hol par semaine.

Le Qodech a un bon niveau, et les jeunes, à la fin du programme, se rendent dans les Yechivoth et y sont acceptés sans problème, ou presque. Toutefois, l’étude de la Tora sera effectuée avec un peu moins d’intensité.

Il faut ajouter aux qualités de cette chaine d’écoles une originalité importante : c’est leur équipe d’inspecteurs pédagogiques. Il s’agit d’une formule volontaire, qui apporte beaucoup : ces inspecteurs font le tour des écoles une fois ou deux par mois, viennent parler avec les directeurs, et vérifient les connaissances des jeunes.

Le programme du ‘Hinoukh ‘atsmaï, pour les garçons, s’arrête à l’âge de 13 ans (kita ‘het), et donc la suite est assurée par les Yechivoth qetanoth. Ceux qui tiennent à continuer ne peuvent le faire que dans des institutions différentes, le tikhon (lycée) – récemment, le Mamlakhti dati ‘harédi a ouvert une institution offrant la possibilité d’y préparer le bac, mais c’est nouveau, et il n’y a qu’une seule école de cet ordre à Jérusalem.

Toutes les écoles du ‘Hinoukh ‘atsmaï se ressemblent, partout dans le pays ?

Certainement pas ! Tout dépend du paysage local. Il est vrai que ces écoles se doivent de suivre un programme équivalent partout, mais chaque institution va s’adapter aux besoins des familles. Leuchter est d’un niveau supérieur, alors qu’ailleurs, à nombre égal d’heures de qodech, les exigences de quantité d’étude seront totalement différentes, adaptées aux besoins locaux. Les inspecteurs sont les mêmes, mais ils savent s’adapter à chaque endroit.

Par rapport à Chouvou, le ‘Hinoukh ‘atsmaï cherche à apporter à des enfants déjà dans le système une éducation religieuse de niveau maximal, alors que Chouvou a été créée pour des enfants de familles russes, totalement étrangères à nos sources, et se doit de commencer à les approcher de la Tora, pour, plus tard, les faire rentrer dans des écoles plus avancées.

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Est-ce que toutes les écoles du ‘Hinoukh ‘atsmaï sont à conseiller aux français ?

Cela dépend des écoles, et cela dépend des familles !

Il faut savoir en particulier que chaque école a son règlement. On peut y exiger une limitation dans le domaine des média à la maison, télévision, internet et autres, films et journaux… Les Français en général le comprennent, car ils ont conscience du fait que cela les protège eux-mêmes, leurs enfants…

Avec les Français, la difficulté repose souvent dans leur manque de confiance face aux responsables, aux enseignants. On leur dit des choses, mais ils peuvent croire qu’on ne les aime pas, et non point que la critique soit justifiée. Il est vrai qu’ils ont l’habitude de petites écoles, qui ont besoin de tout nouvel élève. Ici, tout est de loin plus grand, donc moins personnel.

Le problème de la langue rend également difficile le contact, en particulier entre les parents et l’establishment. Quand on trouve un parlant français dans une école, cela aide énormément. A Leuchter, par exemple, mon beau-frère, le rav David Choukroun, remplit ce rôle à ma place depuis quelques temps.

Et le côté sefarade-achkenaze ?

A Leuchter, cela peut avoir une légère importance dans les petites classes, du fait du changement intervenu récemment chez eux, mais chez les autres, non, c’est un facteur qui n’a pas d’impact.

Au Mayan, par exemple à Or ‘hadach, on comptera même 10% d’achkenazes, ce qui est un phénomène rare dans le pays – en particulier du fait de l’arrivée des français. Il est vrai que les écoles du Mayan sont sefarades de manière notoire et déclarée, mais s’inscrivant dans une lecture « yechivatique », avec ce que cela signifie de nos jours.

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