Mais que vient faire le Bitcoin dans la propagande du Hamas

Mais que vient faire le Bitcoin dans la propagande du Hamas

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Ceux qui fréquentent les chaînes Telegram des réseaux islamistes l’auront repéré dès le 29 janvier. Un porte-parole des Brigades Izz al-Din al-Qassam, le nom de la branche armée du Hamas, a appelé les partisans du mouvement pro-palestinien à envoyer des fonds en bitcoins. L’annonce est rudimentaire : elle se compose d’un petit texte et de l’adresse Bitcoin présentée comme appartenant à la cellule considérée comme une organisation terroriste par les États-Unis et l’Union européenne.

“L’ennemi sioniste combat la résistance en essayant de couper ses soutiens par tous les moyens, mais les amoureux de la résistance du monde entier combattent ces tentatives sionistes et cherchent à trouver tout le soutien possible à la résistance. Nous appelons tous les amoureux de la résistance et les partisans de notre juste cause à soutenir financièrement la résistance au moyen de la devise Bitcoin”, peut-on lire. Une illustration est également fournie dans le but de la diffuser sur les réseaux sociaux.

Bitcoin est un système de paiement électronique qui permet d’envoyer des fonds de pair-à-pair sans intermédiaire, comme une banque lorsqu’on souhaite faire un virement. Un argument de poids pour le Hamas qui n’a pas accès au système financier international. L’une des autres caractéristiques de Bitcoin, c’est que chaque transaction est librement consultable dans sa blockchain, un grand livre comptable qui répertorie tous les mouvements depuis sa création en 2009. Lorsque l’on remonte l’adresse Bitcoin fournie par le Hamas, celle-ci a enregistré la réception de seulement 0,61 bitcoin depuis l’annonce. Ce montant est actuellement évalué à 1.862 euros. Une goutte d’eau dans un budget militaire du Hamas qui avoisinerait les 200 millions de dollars, selon le Service de sécurité intérieure israélien.

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Cette tentative semble donc vaine, mais présente l’avantage de populariser le processus. Une transaction réalisée en bitcoins ne peut être ni interceptée ni saisie à moins de posséder la clé cryptographique associée à son adresse. Qui sait si Bitcoin ne sera pas popularisé par les organisations terroristes dans les années à venir ? Pour le moment, on ne peut pas dire que c’est le cas : Europol a souligné début 2016 que “le recours au Bitcoin pour les activités terroristes n’est pas confirmé par les forces de l’ordre”. Même chose dans un rapport d’avril 2017 publié par la Rand Corporation, un think tank américain spécialisé dans les questions de défense : “L’utilisation des devises cryptographiques par les groupes terroristes est peu répandue car elles offrent peu d’anonymat”.

Mais d’où vient cette rumeur que l’on prête à Bitcoin d’être utilisé par les terroristes ? En janvier 2015, un analyste a déclaré dans le quotidien israélien Haaretz qu’une cellule américaine du groupe État islamique se serait servie de la cryptomonnaie pour collecter des fonds. La source du quotidien, pourtant réputé pour son sérieux, a reconnu à demi-mot qu’il pourrait néanmoins s’agir d’une fausse piste. Depuis cet article, plusieurs spécialistes ont bien pointé l’existence de certaines adresses appartenant à des personnes liées à Daech. Néanmoins, après observation des flux des transactions sur la blockchain, les sommes étaient trop faibles pour permettre l’organisation d’un acte d’ampleur.

L’initiative du Hamas rappelle la campagne Jahezona (“Équipe nous” en arabe) lancée en juillet 2015. C’est le premier cas vérifié de financement direct d’une organisation terroriste via les cryptomonnaies. Celle-ci incitait à envoyer des fonds en bitcoins pour armer des combattants dans la bande de Gaza. L’opération s’est soldée par un échec car la campagne n’a récolté que l’équivalent de 540 dollars en un an grâce à deux donateurs. Elle avait pourtant fait l’objet d’une intense communication sur Twitter (notamment via le partage d’un QR code renvoyant vers une adresse Bitcoin). Les adresses des donateurs ont permis de remonter vers BTC-e, une plateforme d’échange aujourd’hui disparue. Aujourd’hui, il serait très facile d’obtenir l’identité des donateurs.

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Car c’est bien le problème pour ceux qui seraient tentés de financer ces organisations en utilisant Bitcoin. Les adresses Bitcoin sont comme des numéros de compte et il est très facile de mettre une identité derrière chacune d’elles. Néanmoins, si la transaction a lieu depuis un pays qui ne considère pas le Hamas comme une organisation terroriste son auteur ne sera pas inquiété. L’Afrique du Sud, le Brésil, la Norvège ou encore la Russie sont de ceux-là.

Source www.capital.fr

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