Noriega était un facilitateur des opérations secrètes du Mossad

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Par Marc – LeMondejuif

 

L’ancien dictateur militaire panaméen Manuel Noriega, décédé en début de semaine à l’âge de 83 ans, disposait de liens secrets avec l’appareil de Défense israélien et il a fourni une assistance appréciable dans d’innombrables opérations top secret du Mossad, comme cela a été révélé en exclusivité par le Yediot Aharonoth, la publication imprimée sur papier de Ynet.

Mike Harari, qui était à la tête de l’unité Caesera des opérations spéciales du Mossad pendant de nombreuses années, est celui qui a établi et qui dirigeait les relations entre Israël et cette dictature.

On, peut retracer la genèse de ces relations secrètes en revenant en 1968, quand Hariri a voyagé vers Panama. « Panama est un territoire libre de droits de douanes, sans impôts et on y trouve la présence de 180 banques internationales, dont d’immenses sociétés de développement et d’investissements internationales », m’a confié Harari dans une série de conversations en 2014, plusieurs mois avant qu’il ne décède. C’était la dernière interview et la seule exceptée une deuxième qu’il ait jamais décidé de donner.

Au cours de ce séjour, Harari a décidé de céder au harcèlement constant d’un collaborateur local qui l’incitait à rencontrer un major panaméen qui, à l’époque, était en charge de la sécurité des aéroports, lequel s’appelait Omar Torrijos. Cette réunion a en fait duré 12 heures, au cours desquelles Harari a appris l’admiration existant à Panama envers l’Etat d’Israël et en particulier de son plus grand symbole israélien l’époque : Moshe Dayan. Cette rencontre a a marqué le commencement d’une étroite amitié.

Le 11 octobre 1968, Torrijos a mis en oeuvre un coup d’Etat militaire et pris le contrôle du Panama. A partir de ce moment, le pays a été complètement grand ouvert aux services de renseignements israéliens.

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« Torrijos n’a jamais touché d’argent de notre part », insistait Harari. « Je n’ai aucun problème  à verser 100.000$ à un atout local, mais je ne veux pas payer un dollar à un dirigeant d’un pays. Il n’a d’ailleurs aucun besoin de notre argent, il en a assez pour nous financer nous, mais nous l’avons aidé par d’autres moyens ».

Le Mossad s’est assuré que Torrijos et sa famille puissent recevoir les meilleurs soins médicaux qu’Israël pouvait fournir et il a même aidé à localiser le père de sa femme juive, Rachel, qui avait désavoué sa fille pour s’être mariée à un non-juif. Harari et le Mossad ont convaincu le père, qui se trouvait aux USA, qu’il fallait su’il pardonne à sa fille et ils ont organisé une réunion de famille tout-à-fait émouvante, qui s’est tenue sous les auspices de Moshe Dayan. Torrijos était ravie et tout-à-fait reconnaissant envers ses anges gardien au sein du Mossad.

Manuel Noriega, le chef des Renseignements de Torrijos, a eu connaissance de la coopération enclenchée avec les renseignements israéliens. Il a succédé à Torrijos à la suite la fin de ce dernier dans des circonstances mystérieuses et il a maintenu des relations étroites avec Harari et ses hommes.

On peut assurer sans l’ombre d’un doute que, grâce à Noriega, un nombre incalculable d’opérations des services de renseignements israéliens a pu voir le jour et que sans lui, elle auraient été très difficiles et peut-être impossibles à réaliser.

Harari a reconnu que ni Torrijos ni Noriega n’étaient des saints, ajoutant que les allégations de trafics d’armes et de drogues, ainsi que les récits disant qu’ils torturaient et assassinaient leurs opposants « n’étaient pas complètement farfelues ».

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D’un autre côté, il a insisté pour dire que « Israël n’a jamais été impliqué dans ces affaires et qu’ils s’assuraient l’un comme l’autre, que nous n’entrions pas en contact avec quoi que ce dans ce genre. Qu’est-ce que vous faites? Dans ce genre d’affaires, on ne peut pas être trop pointilleux sur le choix de ses amis ».

Harari s’est retiré du Mossad en 1980. Le Premier Ministre de l’époque, Menachem Begin a tenté de le convaincre de rester, mais Harari insistait. Begin a conditionné sa retraite en exigeant qu’Harari demeure au sein de la réserve du Mossad et qu’il continue à diriger les relations secrètes avec les dirigeants de Panama. Begin attachait une valeur cardinale aux relations, les percevant comme un atout stratégique pour l’Etat d’Israël, qui avaient une « importance cruciale » pour la sécurité de l’Etat.

A la même époque, Harari s’est lancé dans certaines entreprises commerciales privées au Panama, dans le domaine de l’irrigation et il a maintenu ses relations avec ses dirigeants – qui votaient constamment en faveur d’Israël aux Nations-Unies, une question de grande importance à l’époque.

Au milieu des années 1980, les relations entre le cercle dirigeant du Panama et les Etats-Unis ont commencé à se détériorer, conduisant le Président George H.W Bush à envahir le Panama et àp rendre le contrôle du Canal.

Mais avant que cela n’arrivez, des responsables importants aux Etats-Unis ont demandé au Premier Ministre Itzhak Shamir, au nom de Bush, de recruter Harari en tant que médiateur entre la Ville de Panama et Washington.

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Harari m’a révélé qu’il avait formulé un accord de compromis dans lequel Noriega démissionnerait en douceur et qu’on lui permettrait d’immigrer avec son argent vers un autre pays, où il pourrait trouver asile.

« A la fin, à cause de luttes internes au sein du pouvoir panaméen, la totalité de l’initiative s’est effondrée et cette guerre absolument inutile a éclaté », expliquait Harari.

Les Etats-Unis ont envahi le Panama en 1989 et ot commencé à rechercher deux hommes – Manuel Noriega et Mike Harari. Le vétéran du Mossad était recherché par les Américains, parce que les Etats-Unis étaient convaincus qu’il était le plus proche conseiller de Noriega.

Les Etats-Unis ont injustement accusé Harari d’implication dans le trafic de drogues et d’armes de Noriega et annoncé plus tard qu’ils étaient parvenus à capturer les deux hommes au cours de l’invasion.

Ceci était également faux. Noriega avait, effectivement, été capturé et condamné à la prison à vie dans un pénitencier américain. Harari, cependant, avait réussi à s’enfuir « dans un sous-marin israélien qui était venu à sa rescousse » -ou c’est ce que les Américains, en tout cas, ont cru – et il est retourné chez lui à Tel Aviv.

En réalité, Harari a été en mesure d’échapper aux Américains par voie terrestre avec l’aide de collaborateurs locaux.

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