Pin’has ou le courage d’être

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« Là où il n’y a pas d’homme, efforce-toi d’être un homme » Avoth 2,5

Être ou ne pas être, ce n’est pas une question pour le judaïsme ! Hachem nous a créé afin que nous relevions au monde notre la lumière intérieure, afin que nous soyons. Alors qu’avant de boire la ciguë, Socrates déclara : « Il n’y a rien dans la vie qui vaut la peine que je pleure pour elle ». Moché, lui, s’épancha en prières pour vivre et entrer en terre d’Israël. Car il savait que chaque instant de vie est l’occasion d’être, et être, signifie briller pour Hachem, proclamer Sa gloire dans l’univers. Le monde fut d’ailleurs créé ainsi. Ce fut le passage du potentiel au réel comme l’explique le Maharal. La confirmation de cette transition est appelée « Tov », bien, comme l’écrit Na’hmanide au début de son commentaire sur live de Beréchit. Alors non, le Judaïsme ne doute pas du bien-fondé de l’existence. Il ne questionne pas la vie. Il enjoint de vivre. La question n’est pas si l’on doit être ou pas, mais comment ?

 Pin’has, fils d’El’azar, fils d’Aharon haCohen, nous apprend quelque chose de fondamental. Il faut du courage pour être. Il ne faut pas se laisser intimider ou déstabiliser par le manque d’ascendance prestigieuse, le manque de titres illustres, les moqueries ou même les menaces. Il faut être ! Les grands génies du peuple d’Israël se sont tous distingués par leur capacité à être envers et contre tout. Yehouda ben Teima dit à ce sujet : « Sois effronté comme le léopard […] pour accomplir la volonté de ton Père Qui est aux Cieux. »   Rabbi Yossef Caro note cet enseignement au tout début de son Choul’han ‘Aroukh. Certains parlent d’audace de sainteté. Il s’agit du devoir le plus important de chacun de nous : être !

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Une couturière vivant au début du 20e siècle en Pologne, Sarah Schneirer fit ainsi une impression profonde, d’une valeur inestimable, sur les femmes juives. Après des siècles de pogroms, de persécutions et de pauvreté, l’étude des matières juives avait considérablement décliné. Seul un faible pourcentage d’hommes juifs avait une véritable connaissance de leur héritage. L’instruction des femmes était encore plus négligée. Faute d’alternatives, les jeunes femmes venant de maisons pratiquantes fréquentaient des écoles non-religieuses et furent éloignées du judaïsme.

Grandement perturbée par la situation, Sarah Schneirer s’écria : « Regardez comment les filles prient sans motivation, comme si elles y étaient forcées. Certaines sont ici pour faire plaisir à leurs parents ; d’autres, comme si Hachem avait besoin de leurs prières. Mes sœurs ! Quand comprendrez-vous que le but de notre présence sur cette terre est de servir Hachem ? » Femme intelligente et chaleureuse, Sarah Schneirer avait compris que celles qui avaient quitté le judaïsme ne l’avaient fait que par ignorance. Elle voulait leur montrer la grande beauté et la profondeur de la tradition juive. Les grands rabbanim de la génération bénirent son entreprise, lui souhaitant de réussir. En 1918, Sarah Schenirer ouvrit sa première école avec 25 filles. Ces jeunes filles aimaient approfondir leur héritage et leur religion, et de plus en plus de jeunes filles se joignirent à elles. Très rapidement, les écoles du Beth Ya’akov ouvrirent leur porte partout en Europe. Elle fonda aussi un séminaire pour enseignants afin de combler le besoin d’éducateurs. En 1937, on comptait 250 Beth Ya’akov avec 38 000 élèves à travers l’Europe de l’Est et du Centre, ainsi que des organismes de jeunesse et des camps d’été. À l’heure actuelle, c’est le plus large système d’éducation des femmes juives dans le monde.

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Mais attention, on n’est pas au détriment des autres ou en bafouant la Tora. Rabbi Yossef Caro mentionne à ce sujet les paroles du prophète Michée : « De marcher humblement avec ton D’. » C’est pourquoi l’acte de Pin’has fut décrié par les tribus comme le commente Rachi. En débit des nombreux miracles qui l’accompagnèrent, les princes des tribus doutèrent de la pureté d’un tel geste. Car on ne se réalise pas dans la rage et la fureur en bousculant tout sur son passage. On ne s’accomplit pas dans la violence. Hachem dut « cachériser » son acte en reliant à Aharon Hacohen, le champion du Chalom. Quoi qu’il en soit, Pin’has fut récompensé par une alliance éternelle. Cette alliance, chacun d’entre nous y a droit lorsqu’il s’efforce d’être. Il devient alors le « cohen », de sa propre existence, de son propre monde.

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