Pourquoi endurer encore le Hamas (pour le moment)?

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Des Palestiniens participent à un rassemblement marquant le 31e anniversaire de la fondation du Hamas à Gaza

Les Palestiniens participent à un rassemblement marquant le 31e anniversaire de la fondation du Hamas à Gaza. (crédit photo: IBRAHEEM ABU MUSTAFA / REUTERS)

Les incidents avec le Hamas sur le front sud-israélien à Gaza sont difficiles à supporter pour les 20 000 Israéliens qui vivent dans «l’enveloppe de Gaza» et ils provoquent la honte chez la plupart des Israéliens.

Il est honteux d’entendre qu’Israël autorise l’envoyé qatari à distribuer de l’argent. Ce dernier trouve certainement son chemin dans les coffres du Hamas, mais se paie en nature par la violence le long de la barrière, sachant pertinemment que cet argent sera utilisé pour perfectionner les nombreux moyens d’exercer la violence proposés par le Hamas.

Il est honteux de voir le Hamas innover en permanence en matière de moyens de propager la violence, alors que l’armée israélienne semble être figée dans ses réponses. D’abord, il y avait des manifestations hebdomadaires ; puis les harcèlements quotidiens utilisant des sons, de la fumée, des ordures et des excréments ; puis les ballons incendiaires ; puis les mêmes ballons piégés auxquels sont attachés de l’explosif ; et maintenant, des drones chargés d’explosifs.

Il est honteux de voir l’ennemi utiliser des moyens peu coûteux et abondants pour saper les défenses israéliennes, dont le coût se chiffre en milliards. Ceux-ci incluent la construction et la surveillance de la clôture et, plus récemment, du mur souterrain qui complète souvent celui en surface.

Comment peut-on supporter, après cette liste et cette litanie, de voir une armée israélienne, jadis célèbre pour son innovation audacieuse et son courage, adopter une posture si défensive?

Le Premier ministre Benjamin Netanyahou a la bonne réponse géostratégique, aussi impopulaire et désagréable que possible sur le plan émotionnel. Le front sud doit rester aussi calme que possible pour le moment. Ceci même au prix des conséquences pénibles des provocations du Hamas sur les habitants de Sderot et des communautés voisines et des kibboutzim, et au prix de la honte et de l’indignation que la plupart des Israéliens éprouvent, avec le sentiment de céder à l’extorsion du Hamas.

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Pour comprendre pourquoi, il faut réfléchir aux objectifs stratégiques des trois principaux acteurs (et autres) concernant le front sud, le Hamas et Gaza. De loin, les objectifs les plus importants du point de vue stratégique, pour Israël, sont les objectifs qui concernent directement l’Iran.

L’Iran veut clairement qu’une guerre chaude sur le front sud israélien détourne l’attention de son renforcement stratégique en Syrie, au Liban, grâce au Hezbollah et en Irak, via ses milices chiites, dans son objectif à long terme de cimenter le siège de missiles tout autour d’Israël. L’Iran utilise le Jihad islamique comme outil pour provoquer un affrontement à grande échelle entre le Hamas et Israël.

Cela explique également pourquoi l’Égypte est si énergiquement impliquée dans le maintien du calme relatif sur le front sud. Tout comme Israël, il veut que l’accent soit mis sur le front nord entre l’Iran et Israël.

Israël a besoin d’un front sud relativement calme, pour la même raison que l’Égypte et les autres États arabes sunnites recherchent cette situation, et même plus.

SANS soutien iranien, tant le Hezbollah que le Hamas seront réduits, au fil du temps, à la stature de petits mouvements terroristes locaux avec lesquels Israël a appris à vivre presque depuis sa création. Les organisations terroristes ne sont puissantes que dans la mesure où elles jouissent du pouvoir d’un État derrière elles.

Il suffit de comparer le destin de l’Etat islamique, qui n’avait aucun sponsor d’État, au développement du Hezbollah, un Etat et une armée au sein d’un Etat (le Liban) doté d’une armée impuissante. L’Etat de Daesh, un phénomène social majeur et un acteur politique qui a réussi à effacer une frontière majeure entre les principaux Etats arabes. Il a succombé relativement rapidement à la puissance aérienne russe et alliée et aux petites forces terrestres que les alliés avaient amenées sur le terrain ou aux forces kurdes qu’ils ont aidées.

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En revanche, le Hezbollah a une présence dominante au Liban grâce au soutien de l’Iran. Israël souhaite que les États-Unis et d’autres pays se concentrent sur des sanctions économiques sévères, afin de réduire, entre autres problèmes, la capacité de l’Iran à financer le Hezbollah et le Hamas. Il faut un front sud relativement calme pour assurer cette orientation.

Pour empêcher la construction iranienne, des représailles massives au Liban pourraient être nécessaires, ce qui entraînera une campagne de délégitimisation massive à l’encontre de l’État juif. Pourquoi gaspiller les précieuses réserves de légitimité d’Israël en ce moment sur un front sud beaucoup moins meurtrier?

L’objectif stratégique du Hamas est différent de celui l’Iran et d’Israël. Si Téhéran veut une guerre à vif sur le front sud, le Hamas veut exercer une violence intermittente et limitée pour extorquer l’aide du Qatar et les concessions israéliennes, ce qui comprend également des subventions indirectes à son ennemi – comme la création d’une nouvelle ligne électrique partant d’Israël, que le Hamas sait déjà que l’Etat Juif subventionnera pendant une période de temps considérable comme par le passé (autre acte honteux!).

En dépit de la rhétorique électorale, aucun politicien sérieux ni aucun parti politique n’est en désaccord avec la lecture faite par Netanyahou de la situation géostratégique d’Israël, ni de la persistance avec laquelle il la poursuit ou de la nécessité de supporter la douleur et la honte d’un front sud calme.

Ses détracteurs, Gantz, Lapid (encore moins Ya’alon) lui reprochent de ne pas avoir mis à profit les trois années et demi d’exploration de projets internationaux et régionaux qui, apparemment, placeraient Gaza sur une trajectoire vers la paix.

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Voilà, en effet, la différence entre la perspicacité et le courage de Netanyahou et la rhétorique vide de ces détracteurs. Le professeur Benny Miller, érudit géostratégique israélien, spécialiste de la guerre dans les régions et de la paix au Moyen-Orient, affirme que les puissances extérieures sont utiles pour mettre fin aux guerres et préserver les guerres froides, mais que ce sont les puissances locales qui décident de la guerre et de la paix.

Les ennemis d’Israël savent ce qu’ils veulent – certainement pas la paix. Voilà pour l’importance réelle que peuvent jouer des régimes internationaux et régionaux.

Seul un autre cycle de guerre et de victoire conviendra pour mettre un terme aux prétentions du Hamas, mais pas pour le moment. L’Iran et le front nord sont beaucoup plus importants et dangereux pour l’avenir immédiat.

PAR HILLEL FRISCH
 14 SEPTEMBRE 2019 19:51


L’auteur est professeur aux départements d’études politiques et d’études du Moyen-Orient de l’université Bar-Ilan.

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