Quand Israël est accusé de tuer délibérément des enfants devant un tribunal français

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Les soutiens de la cause palestinienne cherchent aujourd’hui par tous les moyens à ostraciser l’Etat juif, que ce soit en le boycottant ou, désormais, en essayant de le poursuivre devant des instances comme la Cour pénale internationale.

C’est dans ce contexte qu’est intenté à Paris un procès contre une entreprise française, Exxelia, accusée d’avoir fourni à Israël des composants de missiles.

L’accusation repose sur le fait que ces armes auraient été les instruments d’un « crime de guerre » lors de l’opération « Protective Edge » menée par Israël contre le Hamas en 2014 : une famille aurait été délibérément visée et trois enfants tués sur le toit de leur maison.

A travers cette plainte pour complicité de crime de guerre et homicide involontaire traitée par le pôle « Crimes contre l’humanité – Crimes et délits de guerre » du Tribunal de grande instance de Paris, c’est en réalité Israël qui est visé.

Cette action juridique est au cœur de « Made in France – Au service de la guerre », un film diffusé dans la soirée documentaire Thema du 22 septembre sur Arte (et dont une version courte reste disponible ici).

Contactée par InfoEquitable, l’armée israélienne réfute les accusations

Le point de départ de l’action en justice est une accusation portée contre l’armée israélienne d’avoir délibérément tué trois enfants de la famille Shuheibar, touchés sur le toit de leur maison par un missile :

« On ne pensait pas qu’ils allaient viser les enfants »

Lancée à la cantonade, sans aucune preuve, cette affirmation prononcée par une dame présentée comme la mère des enfants tués fait terriblement penser à une réactivation des vieux clichés antisémites moyenâgeux sur les Juifs dont on disait qu’ils tuaient délibérément des enfants.

Or le film prend l’accusation comme un fait établi. Il ne donne la parole à aucun représentant de la partie adverse susceptible de répondre à cette mise en cause précise.

InfoEquitable a donc cherché ces informations auprès de l’armée israélienne, qui nous a fait part de l’examen qu’elle a mené sur cette affaire qu’elle qualifie de « tragique incident ». Voici sa réponse :

L’examen n’a trouvé aucune attaque des Forces de défense israéliennes qui ait ciblé la structure en question. Il est toutefois possible qu’une défaillance extrêmement improbable et imprévisible ait fait rater sa cible voulue à une attaque dirigée vers un objectif militaire adjacent à la structure en question, et ait résulté en une frappe sur la structure.

Selon l’armée, donc, il n’y a en aucun cas eu de tir délibéré sur la maison de la famille Shuheibar.

Ces conclusions ont motivé l’Avocat général militaire, qui est chargé d’assurer que Tsahal agit en accord avec la loi israélienne et internationale, à ne prendre aucune autre mesure, étant donné que « l’incident ne soulevait aucune suspicion raisonnable de manquement criminel ».

L’armée ajoute qu’elle « ne vise que des objectifs spécifiquement militaires et clairement définis, y compris durant l’opération “protective edge” durant laquelle elle a ciblé les objectifs militaires d’organisations terroristes à Gaza, qui exploitent malheureusement la population civile en dissimulant leurs installations militaires au sein des zones peuplées ».

Un autre élément important est ressorti de cet échange : l’armée précise avoir été sollicitée par les producteurs de l’émission. Elle a répondu à leurs requêtes une fois que la décision de l’Avocat général des armées avait été publiée. Mais les producteurs ont décidé de ne pas inclure sa réponse dans le film…

L’absence du point de vue officiel de l’institution mise en cause, l’armée israélienne, est en net décalage avec l’équilibre de l’information que devrait offrir un film produit avec le soutien de médias publics.

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Les émeutiers du Hamas, ces pacifistes

Cette occultation des points de vue contradictoires n’est que l’une des ficelles traditionnelles de la propagande palestinienne que l’on retrouve dans ce film.

La transformation du contexte en est une autre.

Le film reprend largement à son compte les accusations de l’ONG palestinienne al-Mezan, qui ont servi de base au dossier.

L’une des premières séquences introduit un collaborateur d’al-Mezan, Yamin al-Madhoun, qui est le « témoin » principal à travers l’émission. On le voit sur le terrain d’une des fameuses « Marches du Retour » de Gaza où, nous assure la narratrice, il « recense les violations des droits humains ».

S’adressant à un « manifestant », Yamin al-Madhoun pose d’emblée les Palestiniens de Gaza en victimes : « On a bien compris que tu étais venu participer aux manifestations pacifiques », assène-t-il.

Ces « manifestations », on le sait pourtant, ont été organisées sous la supervision du Hamas et ont donné lieu pendant des mois à des émeutes, des tentatives d’intrusion du côté israélien de la frontière pour porter atteinte aux civils et des attaques armées contre les soldats chargés de protéger le territoire d’Israël et ses habitants.

A noter que ces « Marches du Retour » ont eu lieu à partir de 2018. Elles n’ont donc aucun rapport avec le sujet du procès, cette affaire de bombardement ayant touché des enfants qui remonte au conflit Israël-Hamas de 2014. En ouvrant le film sur ces événements (tout en dissimulant leur caractère violent), les producteurs ont grandement déformé le contexte de leur sujet – avec comme résultat d’appuyer le récit d’un pays coupable de « crimes de guerre » et de diaboliser Israël.

Une vielle connaissance

Au cours de cette séquence, Yamin al-Madhoun se renseigne sur les circonstances de la blessure qui a valu à un jeune homme d’être amputé de la jambe.

C’est là que nous avons eu la surprise de tomber sur un « vieil ami à nous».

Les lecteurs fidèles d’InfoEquitable auront pu reconnaître ce visage : c’est celui d’Atallahqui s’était illustré sur France 2 dans un reportage de propagande d’Envoyé spécial autour des Marches du Retour.

Atallah y brandissait alors fièrement sa fronde qu’il affirmait vouloir utiliser « pour envoyer des pierres sur les colons israéliens ». Enfin, ça, c’était la traduction d’Envoyé spécial. Une écoute attentive révéla qu’Atallah n’avait pas parlé de colons, mais de « yahoud » – c’est-à-dire de Juifs.

Une telle illustration de l’antisémitisme maladif dans lequel baigne la jeunesse endoctrinée de Gaza avait dû sembler trop révélatrice aux producteurs de l’émission, qui traduisirent Juifs par colons… Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), sollicité par InfoEquitable, n’y trouva rien à redire.

Pourtant, dans Envoyé spécial, Atallah était même allé jusqu’à révéler son désir d’aller perpétrer un attentat-suicide en Israël : « Je voulais aller en Israël pour trouver un travail et passer mon permis. Et alors j’aurais conduit dans une opération kamikaze… Hélas, ça ne se fera pas ».

Nous voilà donc rassurés : Atallah n’a toujours pas trouvé le moyen de se faire sauter. Mais sa reconversion comme propagandiste semble bien assurée.

Dans le film d’Arte, le terroriste en herbe qui n’est même pas nommé est présenté comme une victime ayant dû subir une amputation suite à une « manifestation pacifique » réprimée par Israël.

Pas un mot sur sa conception particulière du « pacifisme »…

La citation tronquée d’un haut gradé israélien

Juste après cette séquence sur les Marches du Retour arrive une description des actions de guérilla juridique systématique d’al Mezan : « En 10 ans, l’ONG al Mezan a déposé 244 plaintes en Israël concernant plus de 500 civils tués ou blessés par les forces israéliennes dans la bande de Gaza. Jusqu’à présent, aucune plainte n’a abouti. »

Suit l’image d’un corps ensanglanté entouré d’un groupe de Palestiniens dont Yamin al-Madhoun, sur un fonds de musique que l’on peut qualifier de… macabre :

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Cette mise en scène ne peut que prédisposer le public à accueillir fraîchement la citation d’un haut gradé israélien, mise en exergue à l’écran :

« En temps de guerre, il n’y a pas de population civile, juste un ennemi » – Major Amitaï Karanik, Armée de Défense d’Israël

Arrivant après la présentation dramatisée des « victimes » palestiniennes, la manière dont sont présentés les propos du Major Karanik laisse entendre qu’Israël est impitoyable avec les civils – ce qui va dans le sens des accusations de crimes de guerre.

Mais – autre procédé classique de la désinformation – cette citation a été tronquée et coupée de son contexte. Et ça change tout !

InfoEquitable a en effet recherché la source des propos du major Karanik. Nous l’avons trouvée en page 63 d’un journal en hébreu des forces terrestres israéliennes, qui donnait en octobre 2014 juste après la confrontation de l’été la parole au major Karanik.

Voici la citation plus large du militaire, précédée de son contexte :

Nous essayons de créer une situation dans laquelle la zone où nous combattons est stérile, de sorte que toute personne qui y est vue est soupçonnée de se livrer à une activité terroriste. Dans le même temps, nous faisons le maximum pour évacuer la population, que ce soit en larguant des tracts ou en faisant du bruit […] Nous ne voulons pas confondre les combattants, voilà le sujet […] En temps de paix, les soldats sont confrontés à une population civile, mais en temps de guerre, il n’y a pas de population civile, juste un ennemi.

Dans la bande de Gaza, le Hamas et les autres groupes islamistes cachent des infrastructures militaires au milieu de zones civiles afin d’utiliser la population comme des « boucliers humains ».

En règle générale, l’armée israélienne fait d’importants efforts pour éviter de toucher les civils lorsqu’elle est contrainte de s’attaquer aux infrastructures. Elle a recours pour cela à des pratiques uniques au monde : le largage de tracts avertissant les populations qu’une frappe est imminente, et les coups de semonce (« knock on the roof »), des tirs bruyants mais inoffensifs ayant aussi pour fonction d’inciter les habitants à quitter les lieux et s’abriter avant les frappes.

C’est de cela dont parle le major Karanik dans l’interview originale. Les producteurs du reportage ont essayé de faire passer ses propos pour un blanc-seing de Tsahal à tuer les civils alors que le militaire disait exactement le contraire : l’armée fait le maximum pour qu’il n’y ait plus de civils susceptibles d’être touchés sur le terrain des opérations.

Cette manière d’incriminer Israël en déformant les faits est cocasse lorsque l’on sait que les organisations islamistes de la bande de Gaza (Hamas, Jihad islamique…) tirent depuis plus d’une décennie des roquettes sur les villes israéliennes, cherchant précisément à tuer et terroriser des civils – ce qui leur vaut d’être classées terroristes par de nombreux pays, y compris l’Union européenne.

Mais pour les producteurs du film, la cause est entendue. Juste après la citation manipulée du militaire, la narratrice présente l’enjeu du procès : « Ceux qui fabriquent et vendent ces armes, sont-ils aussi responsables des exactions commises avec ces armes ? Pour l’instant, l’industrie de l’armement commerce en toute impunité. »

Dans ce documentaire à charge, les « exactions » israéliennes sont présentées comme un fait indiscutable, une donnée du problème que les téléspectateurs sont invités à intégrer sans questionnement.

Une ONG engagée dans la guérilla juridique contre Israël

La plainte a été déposée, nous l’avons vu, sur la base de renseignements documentés par al-Mezan. Dans le reportage, cette organisation est présentée uniquement comme une ONG. Les téléspectateurs sont laissés dans l’ignorance sur la nature et les motivations de cette organisation.

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Le site de NGO Monitor permet de trouver ces renseignements.

On y apprend que « Al Mezan est très actif dans les campagnes juridiques anti-Israël, en exploitant les tribunaux et les organismes juridiques internationaux pour obtenir des mandats d’arrêt contre des fonctionnaires du gouvernement israélien, intenter des procès contre des entreprises et des gouvernements qui font des affaires avec Israël, et faire pression pour que des affaires soient portées devant la Cour pénale internationale (CPI) contre des Israéliens. »

Alors qu’il est suggéré aux téléspectateurs que l’ONG œuvre avant tout pour la défense des droits de l’Homme, l’organisation mène surtout un combat politique hostile à Israël, contre qui elle utilise le système judiciaire en y organisant une « guérilla juridique ».

Plus dérangeant encore : selon NGO Monitor, « Un certain nombre de fonctionnaires et d’employés d’Al-Mezan sont membres du Front populaire de libération de la Palestine (FPLPet du Hamas, organisations terroristes désignées comme telles par les États-Unis, l’UE, le Canada et Israël. »

Ces relations troubles n’empêchent pourtant pas l’organisation non gouvernementale d’être soutenue par… des gouvernements. NGO Monitor cite, parmi les donateurs d’al-Mezanl’Union européenne et des gouvernements occidentaux comme celui des Pays-Bas.

C’est cette organisation qui fournit donc les éléments accusant dans le cas présent Israël de crime de guerre. Est-il étonnant qu’elle n’ait semble-t-il pas cherché à s’assurer de la véracité du caractère délibéré du crime qu’elle impute à Israël ?

Dans sa communication avec InfoEquitable, l’armée a en effet précisé qu’« Al-Mezan n’avait envoyé aucune demande avec procuration, et pour cette raison n’a pas reçu de mise à jour détaillée concernant l’incident. »

Campagne médiatique

Le film se fait ainsi le relai d’une organisation dont les motivations politiques ne sont pas présentées aux téléspectateurs.

Que l’on ne s’y trompe pas : Israël se défend contre des islamistes de Gaza qui ont juré la destruction de l’Etat juif. Ce contexte inséparable des événements est largement gommé dans le film. Les actions juridiques telles que ce procès parisien ont au contraire pour finalité d’inverser la perception du public et de diaboliser Israël.

Peu importe l’issue du procès, d’ailleurs. Il se déroulera sur plusieurs années et on n’en connaît pas le verdict, mais le doute n’est pas permis dans le film sur la culpabilité du marchand d’armes français (quoi qu’en dise le disclaimer final obligatoire « Exxelia est un fabricants de composants électroniques, qui bénéficie à ce jour de la présomption d’innocence »).

Le verdict futur n’a guère d’importance, car si le marchand d’armes français est sur le banc des accusés, la cible ultime du procès et du film paraît bien davantage être son supposé client. Poursuivre l’entreprise française est avant tout un moyen de délégitimer Israël aux yeux du public français – dans une campagne multi-forme, juridique et médiatique.

Privés de contexte, culpabilisés pour des crimes qu’Israël est censé avoir commis grâce à la complicité de leur pays, certains téléspectateurs français risquent fort de concevoir un fort ressentiment pour cet Etat juif dont on leur dit qu’il bafoue les droits de l’Homme. Et on sait que de l’aversion envers l’Etat juif à celle envers les Juifs, il n’y a qu’un pas.

C’est tout le danger de ce film, diffusé sur Arte en France et en Allemagne mais disponible aussi sur le site de Canal+, et des relais complaisants qu’il a pu trouver dans la presse avec notamment une interview des avocats de l’accusation dans Télérama et un article dans Libération titrant sans ambages sur des « Crimes de guerre à Gaza ».

Tout cela à partir d’une co-production emmenée notamment par des chaînes publiques européennes – la franco-allemande Arte et la belge RTBF – avec la participation également de la chaîne française Public Sénat.

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