Rabbi Yossef Caro

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Rabbi Yossef ben Ephraïm Caro (1488, Tolède – 13 nissan 1575, Tfsat) est l’une des plus importantes autorités rabbiniques du judaïsme. Talmudiste, législateur et codificateur, il devient, en rédigeant le Choul’han ‘Aroukh, le plus grand décisionnaire halakhique du peuple juif.

Il naît à Tolède quatre ans avant l’expulsion des Juifs d’Espagne. Sa famille subit et fuit l’Inquisition, se réfugie au Portugal, puis en Égypte où décède son père, puis à Nicopole (Bulgarie) où rabbi Yossef Caro étudie auprès de son oncle, rabbi Yits’haq Caro (1458 – 1535). Il se marie, perd sa femme, et se remarie plus tard. A l’âge de 80 ans, il se marie une troisième fois, et a un fils, Yehouda.

Entre 1523 et 1536, quand il vit à Nicopole, il fonde une synagogue du nom de « Beth Yossef ».

En 1522, âgé de 34 ans, il entreprend l’œuvre de sa vie : le Beth Yossef, commentaire du Arba’a Tourim (de rabbi Ya’aqov fils du Roch, 1269 – 1343), où il analyse chaque loi, depuis son origine talmudique jusqu’à sa conclusion halakhique, qu’il fait reposer sur trois piliers – le Rambam, le Rif et le Roch.

En 1539, il s’installe à Tsfat, haut lieu de la Kabbale en Terre sainte, où vivent alors rabbi Yits’haq Louria, le Ari zal, et rabbi Chelomo Alkabetz. Alors, le rav Ya’aqov Beirav entreprend la restauration de la « semikha » (cf. Kountrass n° 1), et le rav Caro est l’un des premiers à être « mousmakh » (« imposé » – à savoir, recevoir l’imposition des mains, qui était, du temps de la Tora, la manière dont on intronisait les dayanim ; de fait, l’innovation du rav Beirav échoua, en particulier en raison de l’opposition du Radvaz).

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Le Beth Din de Tsfat devient alors l’une des grandes instances juridiques du peuple juif du monde entier (nous nous sommes récemment fait l’écho de cette réalité à propos d’un problème de yiboum dans l’une des villes des Carrières du pape, où l’on voit le rav Caro prendre position et intervenir. Sa responsa a été publiée dans le Avqath Ro’hel).

On le considère souvent comme la plus grande autorité halakhique après le Rambam, du fait de la rédaction du Choul’han ‘Aroukh, simplification du Beth Yossef, mais c’est évidemment faux : après le Rambam, il y a eu un très grand nombre d’autorités, dont le Roch et tant d’autres, parmi les « Richonim » – les maîtres de la période « première » –, alors que, justement, le rav Caro est l’un des premiers « A’haronim » – les maîtres de la dernière période (le Radvaz cité plus haut est considéré comme d’un des derniers Richonim). Le rav Caro a en réalité joué un rôle de clarificateur des conceptions en présence, et de décisionnaire entre les diverses positions. C’est d’ailleurs à ce niveau-là que le Rema, rav Moché Isserlès (1530 – 1572), intervient, afin que la Halakha finale tienne également compte des grands auteurs achkenazes (Tossafoth et autres) que le rav Caro a moins cités. Le Rema a rédigé la « mapa » (la nappe) à mettre sur le « choul’han« , la table…

Ceci ne diminue en rien l’importance de son ouvrage, et le rôle que joue le rav Caro dans le peuple juif : le Choul’han ‘Aroukh constitue la base de la Halakha du peuple juif depuis sa parution !

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La postérité le connaîtra sous les noms de Maran Beth Yossef (« notre Maître, l’auteur du Beth Yossef »), ou encore haMe’haber (le « compilateur »), car son œuvre compile toutes les œuvres halakhiques antérieures.

Sa production littéraire ne s’arrête pas là : il a également composé le Klalé haTalmud, méthodologie du Talmud ; le Bédek habaïth, supplément ainsi qu’amendement du Beth Yossef ; le Kessef Michné, un commentaire du Michné Tora du Rambam ; ainsi que le Avqath Ro’hel, qui est une compilation de responsa.

Le Maggid Mecharim est un livre qui fait exception : il repose sur les dévoilements du mentor céleste auquel le rav Caro a eu droit ! Ceci est évidemment un phénomène exceptionnel – peut-être est-il plus exact de dire qu’il est exceptionnel qu’un Grand du peuple juif livre aux lecteurs ce genre de témoignages ! D’un autre côté, peut-être était-il important d’avoir connaissance de ce fait, justement à l’égard du maître qui a eu le mérite de fixer la Halakha pour l’ensemble du peuple juif. Toutefois, même s’il est clair que la personnalité du rav Caro s’inscrit parfaitement dans l’horizon kabbalistique de la ville de Tsfat de l’époque, cet aspect est totalement absent de ses ouvrages de Halakha. Ce n’est que par la suite, quand les œuvres de son illustre contemporain, lui aussi l’un des maîtres de Tsfat, le Ari zal, furent connues, et que ses conclusions sur le plan de la Halakha commencèrent à se répandre, que des pratiques basées sur le Zohar et autres prirent de l’ampleur (en particulier via le Ben Ich ‘Haï).

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Ses disciples principaux : le Ramak – rabbi Moché Cordovéro, rabbi Moché Alchikh, et nombre d’autres.

Par Yaacov Manela

Kountrass numéro 184

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