La «reductio ad Trumpum», point Godwin d’une vie politique en déclin

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FIGAROVOX/CHRONIQUE – Maxime Tandonnet analyse une expression de plus en plus répandue : la «trumpisation». Derrière ce mot aux accents de jugement moral absolu se dissimule en creux une incompréhension de la présidence Trump, et une personnalisation outrancière du pouvoir.


Ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, haut-fonctionnaire, Maxime Tandonnet décrypte chaque semaine l’exercice de l’État pour le FigaroVox. Il a publié Les parias de la République (éd Perrin, 2017). Découvrez également ses chroniques sur son blog.


À la suite des déclarations enregistrées à son insu, qui ont provoqué un scandale de cinq jours, Laurent Wauquiez a été abondamment accusé par ses adversaires de «faire du Trump» et de «trumpisation des esprits». La formule n’est certes pas nouvelle. Avant lui, pendant la pré-campagne des primaires de 2016, Nicolas Sarkozy fut aussi l’objet de la même accusation. En France, l’expression a été semble-t-il utilisée pour la première fois par Manuel Valls, le 17 juillet 2016, lors d’une interview de presse: «La réponse à l’État islamique ne peut pas être la trumpisation des esprits». Depuis, elle a fait florès au point d’entrer dans le vocabulaire politique courant.

Le mot de trumpisation sert désormais, dans la France dite «d’en haut», politico-médiatique, à maudire toute parole ou geste jugé déviant par rapport au conformisme dominant, à l’ombre duquel chacun doit penser droit: effacement des frontières, libéralisme, transferts de souveraineté à l’UE, culte des minorités, négation de l’autorité de l’État, individu-roi, mépris du peuple, de la «vile multitude» qui s’exprime dans le vocable dégradant de «populisme»… La parole doit être consensuelle et policée. Aujourd’hui, toute prise de position s’éloignant de la norme, sur le fond ou sur la forme, encourt les foudres de la «trumpisation», devenue une quasi-injure.

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La notion de «trumpisation» a tendance à se substituer à celle de «lepénisation».

La notion de «trumpisation» a donc tendance à se substituer à celle de «lepénisation» qui a servi de repoussoir au monde politico-médiatique pendant au moins quatre décennies ou d’épouvantail destiné à dissuader toute personnalité du monde politique, médiatique et intellectuel de s’affranchir des bornes de la pensée correcte, même en dehors de toute espèce de connivence avec l’idéologie et les propositions portées par le FN. La notion de trumpisation a un sens voisin et un objectif analogue, mais elle permet de renouveler l’exercice, et dans le contexte de la mondialisation, en pointant un pestiféré d’envergure planétaire, utilisable en France, mais aussi dans les autres pays occidentaux comme outil d’intimidation et de diabolisation.

L’exercice a toutefois ses limites. M. Trump est, lui, président de la première puissance planétaire, élu au suffrage universel. Or le bilan de sa première année à la tête de l’Amérique est dans l’ensemble favorable, en tout cas sur le plan économique. Bien sûr il est impossible, en toute bonne foi, de distinguer dans cette réussite ce qui relève de sa propre politique, des décisions de son prédécesseur et de la dynamique de la société américaine. Mais les faits sont là: une croissance annuelle de plus de 2 %, 1,6 million d’emplois créés, le taux de chômage le plus bas depuis dix-huit ans: 4 %. De même, sans qu’il ne soit question d’en attribuer le mérite au seul M. Trump, la chute de Daesh coïncide bel et bien avec la première année de son mandat. Un président américain est toujours tenu pour responsable des échecs. Comment ne le serait-il pas des succès, à tort ou à raison? La notion de «trumpisation», comme épouvantail planétaire, se heurte ainsi au constat d’une présidence qui pour l’instant, d’un point de vue factuel – sauf à s’enfermer dans le déni – n’a rien de la catastrophe annoncée par les «experts» à l’issue de l’élection de 2016…

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L’obsession anti-Trump d’une grande partie du monde politique et des médias ne tient pas à son bilan, ni même, pour l’essentiel, à la politique de son administration, mais surtout à son style personnel qui donne prise aux passions hostiles. Il se comporte davantage en acteur grandiloquent de la politique-spectacle qu’en homme d’État dirigeant un gouvernement. Ses provocations («armer les professeurs»), son obsession de la communication (les tweets), son exubérance et son narcissisme exacerbé, ses coups de menton non suivis d’effet, ont sans doute un objectif: noyer dans le scandale les manifestations de l’impuissance de l’État sur certains dossiers, comme celui des tueries en milieu scolaire ou de la nucléarisation de la Corée du Nord.

Cette plongée de la politique dans le grand spectacle vaniteux, probablement symptôme, au fond, de certaines fragilités et faiblesses de l’État – par-delà des résultats de façade qui prêtent à l’optimisme – ne se limite d’ailleurs pas aux seuls États-Unis. La vie politique française tend vers un modèle comparable qui risque de devenir presque aussi caricatural. Le terme de «trumpisation», non pas comme outil de diabolisation, mais comme mode de fonctionnement de la vie politique fondé sur la personnalisation outrancière au détriment du débat d’idées et du bien commun, prend alors une véritable signification.

Source www.lefigaro.fr

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