S’abaisser devant ‘Essav ? Par le rav Ephraïm Klappisch

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Nous vivons en ce moment un événement dont on n’a pas bien mesuré l’ampleur et la signification. Nous allons en proposer une approche qui n’a pas encore été abordée dans les médias.

 

Lors de la montée du nazisme, rav Elhanan Wasserman הי »ד montra que, derrière la cruauté des Allemands, il fallait voir aussi le message divin. Il nous apprit qu’il faut savoir déceler la Providence divine malgré un aspect humain révoltant. Comme l’explique le Ramban à propos de l’annonce faite à Avraham concernant l’exil de Mitsraim : « Et aussi le peuple qui les asservira, Je le jugerai », dit Hachem. Le fait d’être les envoyés de la Main divine ne les excuse pas et Pharaon n’échappera pas à la punition qu’il mérite pour les souffrances qu’il aura infligées aux Bené Israël.

Nous devons procéder de la même façon : il ne suffit pas de dénoncer le terrorisme, il faut comprendre ce que Hachem veut nous dire. Notre réponse à l’événement est comme “du tac au tac“, à chaque agression on doit répliquer d’une certaine façon. Mais avons-nous analysé la signification dans le cadre historique du peuple juif ?

Un Midrach (Vayikra Rabba 29,2) nous livre un éclairage nouveau : rabbi Na’hman explique que le verset « Ne crains pas, Ya’akov, Mon serviteur » (Jérémie 30, 10) fait allusion au rêve où Ya’akov voit une échelle qui monte jusqu’au Ciel. Cela nous enseigne, continue rabbi Na’hman, que Hakadoch Baroukh Hou montra à Ya’akov les “princes“ des peuples par lesquels les Bené Israël seront dominés : celui de Babel montait 70 échelons avant de redescendre, celui des Mèdes parvint à gravir 52 échelons, celui de la Grèce 180 échelons, et enfin celui de Edom dont on ne voit pas le nombre des échelons qu’il grimpa tant ils sont nombreux. A ce moment, Ya’akov prit peur et demanda (à Hakadoch Baroukh Hou) : « Est ce que celui-ci ne redescendra pas ? » HaKadoch Baroukh Hou lui répondit : “N’aie pas peur, même s’il venait à côté de Moi, Je le ferai redescendre, comme dit le verset : ‘Même si tu viens jusqu’aux étoiles, Je te ferais descendre’. » Rabbi Berékhya… au nom de rabbi Méir explique : « Cela vient nous apprendre que Hakadoch Baroukh Hou montra à Ya’akov chacun des princes qui montaient et descendaient, y compris celui de Edom ! À ce moment, Hakadoch Baroukh Hou dit à Ya’akov : “Toi aussi monte !“

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Le Maharal (Netsah’ chap. 17) rapporte le texte des Pirké de rabbi Eli’ézer, légèrement différent : Edom ne redescend pas, et Hachem dit à Ya’akov: « C’est à toi de le faire descendre ! »

La suite est commune aux deux textes : « A ce moment Ya’akov prit peur : « Peut-être que, moi aussi je vais tomber comme eux sont tombés » (ou je ne réussirais pas à faire descendre Edom). Alors Hakadoch Baroukh Hou lui dit : « N’aie pas peur, Ya’akov, si toi tu montes, tu ne redescendras pas ! »

« Mais Ya’akov n’a pas eu confiance et n’est pas monté ! Hakadoch Baroukh Hou lui dit : « Puisque tu n’as pas eu confiance, tes enfants subiront les douleurs de la galouth, des impôts, des spoliations, etc. … mais Je ne te détruirai pas, car tu respectes la mitsva de Péa. Par contre, les Nations qui ne laissent rien dans leurs champs seront détruites. » »

Il nous semble qu’il y a dans ce texte une allusion à ce que nous vivons. Les civilisations montent sur l’échelle de l’Histoire. Les premiers peuples cherchent des conquêtes territoriales, elles ont une fin, une limite. Mais Edom est la civilisation du progrès, de la modernité – là il n’y a pas de fin. On n’arrête pas le progrès : on monte sur la lune, sur Mars, etc. Cependant Hachem dit : “C’est Moi Qui le ferai tomber“ – il n’y a qu’une force divine qui puisse y parvenir.

C’est par le biais des guerres que Hachem, le Ba’al Milkhamoth, envoie Son message. Quand un peuple vient au Nom de Hachem, n’est-il pas un envoyé du Ciel  ? N’est-ce pas un message divin ? Que fait l’Islam : il attaque les lieux de distraction du monde occidental (Bataclan et autres stades), il ne supporte pas que l’on se moque de la religion (Charlie Hebdo). Il ne supporte pas cette liberté d’expression, cet anticléricalisme à la mode de Voltaire ! On reproche à l’Islam la tsni’outh des femmes (Burkini) ! Au nom de quoi ? De la liberté de la femme ! Quelle hypocrisie, est-ce là leur liberté ? Devenir l’objet du regard de l’autre ?

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L’Islam réagit avec violence contre “le mariage pour tous“ et cette violence est sans aucun doute grave et répréhensible, mais dans le fond, ils ont raison ! Tout cela est évidemment mélangé à de la politique, mais il faut dégager le sens du message, comme le faisait rav Elhanan Wasserman.

Le deuxième Midrach nous dit : c’est Ya’akov qui devra faire tomber Edom, c’est-à-dire, que nous Juifs, descendants de Ya’akov, devons montrer le vrai chemin de l’idéal humain, et freiner ce modernisme proche de la décadence. Comment ? Par notre exemple ! Quand rav J. Sitruk a tenu des propos clairs quant à l’opinion de la Tora sur le problème de l’homosexualité, le Ministère des Armées allait lui faire un procès, et il a quitté ce monde juste avant ! (témoignage de Mme Sitruk). C’était là son courage : dire la vérité.

Car nous, peuple de la Tora, ne devons pas avoir honte de nous hisser contre les dérives de cette société. Mais Ya’akov n’a pas eu assez de Emouna ! La Guemara reproche également à Ya’akov avinou de s’être trop abaissé devant ‘Essav !

Le rav Wolbe zatsal rapporte souvent l’idée du Séfer Be-Ikevoth Hayira (p. 16) de rav E. E. Kaplan zatsal qui disait (en 1930) que notre défaut n’est pas l’orgueil, mais la mauvaise humilité, celle qui nous enlève le courage de nos convictions, de notre Emouna ! Alors nous sommes soumis au galouth, nous sommes spoliés, etc.

Que vient faire ici la mitsva de Péa ? Le coin du champ que l’on doit laisser pour les pauvres constitue la limite de notre consommation et représente une idée essentielle : celle de ne pas abuser des données matérielles. À l’instar du “jeûne du Raavad“ qui recommandait de laisser un peu de nourriture dans l’assiette quand on mange quelque chose de très tentant ; ainsi, limiter notre appétit est considéré comme une sorte de jeûne.

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Ce qui va faire tomber notre société de consommation, c’est justement cela : le fait que les hommes veulent profiter du monde sans aucune restriction, sans modération.

Le peuple juif respecte la mitsva de Péa, et finalement sera épargné.

Toute cette démarche nous donne confiance en l’avenir : se protéger du terrorisme, oui, mais voir le message de Hachem, et comprendre que les Temps messianiques sont proches.

NB : Il est intéressant de remarquer qu’un penseur non-juif comme René Guénon (1945) montre dans son livre “Le règne de la quantité et les signes des temps“ comment le modernisme de notre époque est une perte de la dimension intérieure sacrée de l’homme. Il s’est finalement converti à l’Islam qui avait, selon lui, gardé le sens du sacré… ●

Extrait de Kountrass numéro 202

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