Mais une sefira, c’est quoi, au juste ?

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Comme son nom l’indique, c’est une sphère.

Toutefois, le problème de ce mot aux consonances grecques, c’est qu’il la représente sous les catégories de l’espace. Or, il n’y a aucun sens à parler des sefiroth comme s’il s’agissait de réalités matérielles, ’has veChalom.

Heureusement pour nous, la langue française nous livre parfois encore des surprises. Il nous arrive en effet d’utiliser le terme de sphère au sens figuré lorsqu’on veut désigner, par exemple, une zone d’influence, un milieu, voire même l’existence : « Celui-là, il vit dans d’autres sphères… ».

« Celui-là, il vit dans d’autres sphères… »

Comme nous l’avons déjà rappelé ailleurs, les sefiroth forment des mesures, des limites propres à telle ou telle réalité. Et bien qu’elles-mêmes infinies et illimitées, elles organisent l’univers qui, sans elles, deviendrait l’expression d’un foisonnement se démultipliant lui-aussi, à l’infini, mais de manière chaotique…

Elles sont l’ordre que Hachem a fixé à la création, exprimant la manière dont Il Se dévoile à nous, les lois de l’univers ou, plus exactement, les voies que Hachem choisit pour apparaître à l’humanité.

Pour cette raison, les sefiroth sont en même temps des qualités que l’on retrouve chez l’être humain, et que l’on peut très bien considérer du point de la psychologie et du moussar…

« Seou marom einékhem our’ou mi bara élé, haMotsi bémispar tsevaam lekhoulam… »

« Portez vos yeux vers les hauteurs et voyez Qui a créé ceux-là, c’est Lui Qui fait exister Ses armées sous la catégorie du nombre… » (Yecha’yahou/Isaïe 40,26).

Quoi qu’il en soit, bien qu’elles fassent elles-mêmes partie de Sa création, les sefiroth ne sont en rien des descriptions de Hachem, mais uniquement les modalités du lien que la création entretient avec Lui. Grâce à elles, chaque élément du tout possède son propre nombre, sa propre catégorie, sa propre place dans l’existence. Et cette séparation entre les êtres, cette distinction et cette échelle de valeurs que rendent nécessaires les sefiroth, produisent en même temps l’apparition d’une tonalité particulière à « chaque un ».

A l’image du saphir, les sefiroth constituent un prisme où la lumière du monde change de couleur en fonction du dévoilement des midoth de Hachem, laissé entre les mains de l’homme.

A l’image du saphir, les sefiroth sont un prisme où la lumière du monde change de couleur en fonction du dévoilement des midoth de Hachem laissé entre les mains de l’homme

C’est pourquoi, on ne compte dans la sefirath ha’Omer que les sept sefiroth les plus proches du monde créé (‘Hessed, Guevoura, Tiférèth, Nétsa’h, Hod, Yessod, Malkhouth), et jamais les trois supérieures. De fait, on ne peut parler que de ce qui nous est donné à voir, de ce qui dépend de nous et de la manière dont nous utilisons notre libre arbitre.

En schématisant, on pourrait dire que si tout est déjà écrit dès le premier instant où Hachem a dévoilé Sa volonté pour le monde ; paradoxalement, ce livre (séfer) où sont déposées les lois du monde, les 32 chemins de la ‘Hokhma, ne se laisse pas entièrement saisir par la connaissance humaine. Et pour cause : si cela avait été le cas, l’homme n’aurait jamais fait l’expérience de la liberté.

Les sefiroth ne sont donc jamais vraiment tout ce qui se laisse deviner ; elles se racontent aussi elles-mêmes comme une histoire (sipour) qui ne fait que renvoyer à ce dont elle est elle-même l’image, l’allégorie.

Et c’est dans cet intervalle entre ce qui est et ce qui doit être que se dépose l’écriture – passée, présente et à venir – de ce qui reste au bout du compte, comme à l’origine : le dévoilement du plus grand bien.

 

Y.R. RUCK (à partir de rav Moché CORDOVÉRO, Chi’our Koma)

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