Seli’hoth !

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Ce texte inédit du Rabbin Gottlieb a été communiqué après son décès par Madame Odile Gottlieb.

Les plus belles pages de la littérature juive qui aient jamais été écrites pour évoquer une émotion religieuse profonde ont sans doute été inspirées par les seli’hoth et la période des seli’hoth.

On nous avait dit, à nous, aux enfants, que nous ne devions pas nous effrayer si, au milieu de la nuit, nous entendions du bruit à la fenêtre : ce serait le shamash, frappant aux volets. qui passerait pour avertir que l’heure est venue d’aller aux seli’hoth.

Seuls les grands étaient obligés d’assister à cet office. Mais moi, bien entendu, je m’étais empressé de dire que je voulais y participer aussi.

La première fois, je n’ai presque pas fermé l’oeil de la nuit : j’avais peur de m’endormir vraiment, et je craignais que; vu mon jeune âge, ma mère hésiterait à me réveiller.
Quand j’entendis des bruits légers dans la maison, je sautai du lit, je m’habillai à la hâte et allai rejoindre mon père et mon grand frère.

De ma vie, je n’avais encore mis les pieds dans la rue à une heure aussi matinale. La nuit était claire et fraîche. Dans le ciel bleu et limpide, brillaient et étincelaient d’innombrables étoiles. Dans mon coeur, comme dans le coeur de tous les enfants juifs, il ne pouvait y avoir l’ombre d’un doute : là-haut, au-dessus du firmament, Dieu nous regardait à travers les étoiles et nous considérait avec plaisir, nous, les petits enfants d’Israël qui s’étaient levés si tôt pour Le servir.

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Les  seli’hoth firent sur moi une impression beaucoup plus profonde que les kinoth de la  nuit de Tisha beAv. La signification des kinoth est tellement évidente que je n’y trouvais rien d’extraordinaire : le Temple de Jérusalem a été détruit et il est normal, naturel, qu’en y pensant on ait le coeur serré. Mais cette fois, pour les seli’hoth, la synagogue était noire de gens qui priaient clans l’obscurité de la nuit, et les prières étaient récitées avec une ferveur exceptionnelle, sans qu’il y soit question ni de Nabuchodonosor, ni de Titus, ni d’aucun tyran qui ait persécuté Israël : il n’était question que de D’, assis, au dessus des étoiles, sur le Trône de sa Miséricorde. Nos prières se frayaient certainement un chemin à travers les cieux et montaient jusqu’à Lui.

Toute l’émotion, tous les sentiments mystérieux qui se pouvaient se presser dans le coeur de l’enfant que j’étais, se transformèrent en une ardente prière .

Ce ne sont pas seulement les offices des seli’hoth  qui ont laissé des souvenirs intenses à ceux qui y ont participé : c’est aussi l’ambiance de toute cette période qui précède et qui accompagne les fêtes de Tishri.

Les plus âgés d’entre nous se souviennent des seli’hoth  d’antan où toute la communauté était mobilisée, bien avant le lever du jour : les seuls bruits que l’on pouvait entendre dans le village endormi étaient ceux des fidèles qui se pressaient à la synagogue.

Mais en dehors de la synagogue, tout au long de la journée, on ressentait la proximité des solennités de Tishri : toute la vie en était imprégnée et se caractérisait par une ambiance spécifique.

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Chacun avait à coeur de rencontrer ses amis et ses relations qu’il avait pu blesser ou offenser au cours de l’année écoulée pour leur demander pardon et se réconcilier avec eux avant les fêtes. C’était aussi l’occasion d’échanger des voeux et des souhaits pour l’année à venir.

Les commerçants et les hommes d’affaires réduisaient leur activité et même dans les Yechivoth on n’avait pas autant que d’habitude la tête aux discussions subtiles du pilpoul sur les Tossfoth, le Maharam ou le Maharcha.

On vérifiait les tsitsiyoth, les tefilîn et les mezouzoth pour s’assurer que le temps et l’usage ne les avaient pas endommagés.

On priait plus lentement, plus longuement, qu’à l’ordinaire, en ajoutant des psaumes et des cantiques, et en veillant à comprendre le sens de ce qu’on disait pour en tenir compte. On sonnait du shofar à chaque occasion ; sans doute n’était-ce qu’à titre d’exercice, et pourtant ces sonneries avaient un effet purificateur sur le coeur de chacun.

Les créanciers oubliaient de lire attentivement les créances qu’on leur présentait dans cette période, les commerçants vendaient leur marchandise en faisant un bon poids, et l’on donnait une, obole généreuse à quiconque tendait la main.

Les conversations futiles laissaient place à l’étude et à la réflexion. Chacun avait à coeur de profiter de chaque instant pour préparer les livres de prières, pour voir si aucune page ne manquait ou n’avait été déchirée, mais aussi pour se préparer aux prières exceptionnelles de Rosh Hashana  et de Yom Kippour : on retrouvait avec émotion les passages les plus importants que l’on prenait plaisir à fredonner.

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Nous savions que nous allions demander à D’ de nous accorder généreusement la vie, la santé et la paix et nous savions aussi que la réponse de D’ serait à la mesure de la sincérité de nos prières c’est-à-dire à la mesure des efforts que nous serions prêts à faire pour être dignes d’être exaucés.

Quand approchent des jours où D’ décide « qui vivra et qui  mourra, qui à son heure et qui avant l’heure », comment pourrait-on vaquer normalement à ses occupations habituelles ? Tout le monde cherchait à se comporter du mieux possible et la communauté tout entière donnait une image paisible et harmonieuse de piété et de fraternité.

Pourquoi devrions – nous nous contenter aujourd’hui de l’évocation d’une émotion ? Rendons à la période des seli’hoth son contenu montrons à D’ que nous sommes capables d’échapper à notre routine pour nous élever, nous rapprocher de Lui et de nos semblables et que nous méritons le regard bienveillant que nous Lui demandons de porter sur nous.

Loin d’être seulement une période grave, austère et redoutable. le début de l’année religieuse sera aussi empreint de joie, de satisfaction et d’espoir.

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