La téléphonite, un véritable fléau

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Après la conjonctivite, la phlébite, l’otite, la méningite, j’ai malheureusement l’honneur de vous présenter le nouveau fléau : la téléphonite.

Définition :
Utilisation maladive d’un ou plusieurs téléphones, l’un après l’autre ou tous en même temps, dans des endroits non définis et à des moments non définis, tournant aux alentours de plus infini.
Le début de la maladie est tout à fait imprévisible. Elle peut survenir à tout âge, parfois après un choc, parfois du jour au lendemain sans raison apparente. Elle est toutefois précédée par une période d’incubation caractéristique et reconnaissable par les professionnels de la santé.

Symptômes :
– Le malade prend son téléphone avec lui lorsqu’il entre dans la salle de bains. C’est l’un des symptômes les plus flagrants, qui permet facilement à l’entourage de se rendre compte de la maladie.
– Lorsque le malade est en réunion, il n’éteint pas le téléphone, mais le met en « vibreur » ou en mode « avion ». Et ce, même si ladite réunion ne se passe pas dans un avion.
– Lorsque le malade appelle un ami et que celui-ci ne répond pas, il rappelle. S’il ne répond toujours pas, il rappelle. S’il ne répond toujours pas, il rappelle… Jusqu’à ce que l’ami réponde enfin (quel toupet de ne pas avoir répondu avant !) ou que le téléphone n’ait plus de batterie (quel toupet, juste quand j’appelle quelqu’un !).
– Avant d’aller dormir, le malade consacre un peu de temps pour revoir tous les numéros appelants, et vérifier qu’aucun n’est indiqué « non répondu », auquel cas il le rappelle immédiatement, bien entendu. C’est la moindre des choses. Le Dérekh Eretz passe avant tout…
– Lorsque le malade court vers le téléphone qui sonne et que celui-ci s’éteint avant qu’il n’ait pu prendre la conversation, il devient un autre homme : il panique, transpire, n’entend plus rien et est incapable d’émettre le moindre son. Il cherche nerveusement à savoir QUI a appelé, pour le rappeler. Et là, on se retrouve souvent face à une situation des plus complexes de la maladie. Car il arrive malheureusement trop souvent qu’en rappelant celui qui vient d’appeler, l’appeleur se rend compte que la ligne est occupée. Si c’est le cas, le malade peut en devenir fou. Il se trouve devant un dilemme suprême : raccrocher et libérer la ligne au cas où l’autre essaye de rappeler, ou tenter de le rappeler lui-même, bloquant ainsi sa propre ligne. Terrible.
– Le malade a tendance à préférer le préfixe « sim » à d’autres préfixes plus classiques : sym-pathique, sim-phonie, sym-bole. Il le prononce aussi à la place d’autres mots : l’oncle Sim (Sam), je vais faire un p’tit Sim (somme), Sim-di (samedi).
– Si le malade a, par malheur, malencontreusement, inopportunément, fâcheusement et maladroitement, oublié son téléphone à la maison, il est prêt à perdre une heure pour faire le chemin inverse et revenir le prendre. Car, sans téléphone, disons-le clairement, un homme n’est plus un homme. Il n’existe plus.
– Le malade gère très mal les « double-appels ». Lorsqu’un signal sonore lui annonce qu’une autre personne essaye de le joindre alors qu’il est en communication, il n’a alors que quelques secondes pour prendre une décision : terminer la conversation actuelle pour prendre le double-appel, risquant ainsi de se rendre compte que le double-appel était bien moins intéressant / important / sympathique que le premier, ou décider de continuer la conversation actuelle, prenant le risque de rater l’affaire de sa vie, proposée dans le double-appel. Il faut avoir le cœur bien accroché pour ce genre de pari… Rien ne va plus… Faites vos jeux… vous avez 5 secondes…

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Prévention :
Afin de prévenir la maladie tant qu’il en est encore temps, le Ministère de la Santé et le Ministère de la Communication ont mis en place plusieurs consignes de sécurité qui visent à freiner l’étendue du fléau :
– Ne pas posséder plus de trois téléphones par personne.
– Les téléphones achetés doivent comporter le moins d’options possible (canif, torche, application survie, « castor junior », etc.), et doit obligatoirement comporter l’option « composer un numéro » qu’on retrouve bizarrement de moins en moins.
– Ne pas participer à plus de 32 conversations téléphoniques par 24 heures.
– Avoir un hobby qui ne fait pas intervenir des touches. Donc mots croisés, dessin, vélo. Mais pas de logiciels de mots croisés, dessin, vélo.
– Assister régulièrement à des réunions « whats whatser » qui visent à freiner la modernisation trop rapide, via une thérapie de groupe agréable. Promis, aucune pesée de téléphone en début de conférence.
– Prendre l’habitude de ne pas toujours rappeler les sociétés rusées qui sonnent un coup et s’enfuient dans l’espoir que vous rappellerez et paierez très cher la communication sans le savoir. Pièges à pigeons.
– Répéter souvent la devise : « Il y a une vie après le téléphone ».
– Et si possible : manger léger, boire du Contrex. Recette de grand-mère pour tous les maux. Et ma foi, ça ne mange pas de pain (parfait pour celles qui sont déjà dans Pessa’h).

Traitements :
Des patchs antiphones et des centres de désintoxication sont en projet. Il faudra certainement attendre plusieurs années avant qu’ils ne soient effectifs et opérationnels.
Un autre traitement, moins prétentieux, sur lequel travaillent actuellement les chercheurs, est à l’état d’essai et n’a pas été suffisamment testé pour être réellement considéré comme efficace. Ceci étant, nous vous l’indiquons tout de même, pour que vous puissiez déjà, si vous le souhaitez, l’essayer sur vos proches, puisqu’il n’y aucun effet secondaire.
Je recopie donc la circulaire du ministère de la santé :
« Débranchement du (ou des) téléphone(s) pour 25 heures suivies, une fois par semaine, toujours le même jour, sans dérogation aucune ».
Heureusement que nous avons le Chabbath… Je crains bien que nous ne l’aurions jamais fait de plein gré… ●

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Par Karen Ohayon

Magazine kountrass 202/ janvier 2017

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