Ticha’ beAv ou l’expérience de la Gueoula

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Un jour de fête…

Le 9 Av est paradoxalement appelé par les prophètes « un jour de fête – mo’èd », comme il est dit : « Ainsi parle l’Eternel : le jeûne du quatrième mois, le jeûne du cinquième mois, le jeûne du septième mois et le jeûne du dixième mois seront pour la maison d’Israël des jours de joie, de réjouissance et de fête (le-sasson oule-sim’ha oule-mo’adim tovim) ; et la paix et la vérité, chérissez-les ! » (Zekharia 8,19). Ou encore : « Tous mes vaillants combattants, le Seigneur les a broyés dans mon enceinte ; Il a convoqué une assemblée (kara ‘alaï mo’èd, c’est-à-dire littéralement : « Il m’a convoqué pour un jour de fête ») pour briser mes jeunes guerriers » (Lamentations 1, 15).

Comment comprendre ce paradoxe ?

Le Talmud y répond : « Quiconque prend le deuil de Jérusalem, dit-il, méritera de la voir [reconstruite] dans la joie. Tandis qu’inversement, si l’on ne prend pas le deuil de Jérusalem, on ne la verra pas dans sa joie » (Ta’anith 30b).

Vivre la Gueoula est donc proportionnel à notre capacité à vivre la vérité de l’exil, ce dernier étant précisément ce qui rend possible la reconstruction du Temple. En d’autres termes : seule une conscience profonde de l’exil de la Présence divine (Chekhina) et de la douleur vécue par le peuple juif lors de la destruction du Temple est à même de constituer la base sur laquelle prend forme la Gueoula. Et inversement : toute carence dans l’expérience du deuil équivaut à un manque dans la consolation messianique.

Toute carence dans l’expérience du deuil équivaut à un manque dans la consolation messianique

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Ticha beAv serait en ce sens le lieu d’un face-à-face entre l’exil et la délivrance où se joue l’essence même du peuple juif depuis son entrée en terre d’Israël…

On comprendra donc pourquoi les dates commémorant le souvenir du Temple telles qu’elles furent fixées par les « Hommes de la Grande Assemblée » – rassemblés par ‘Ezra haSofer lors du « retour » des exilés de Babylone, et parmi lesquels on compte les prophètes ’Hagaï, Zekharia et Malakhi, ainsi que Mordekhaï, Ne’hemia, et Yehochoua Cohen Gadol – entretiennent toutes un rapport avec sa destruction et avec l’exil (Galouth), mais jamais avec la délivrance (Gueoula). Ni le retour des exilés de Babel sur leur terre, ni même la construction du Temple, aucune de ces dates, pourtant ô combien significatives de notre histoire, ne semble avoir été considérée comme un événement suffisamment marquant pour être célébré en tant que tel…

Ni le retour des exilés de Babel sur leur terre, ni même la construction du Temple, aucune de ces dates, pourtant ô combien significatives de notre histoire, ne semble avoir été considérée comme un événement suffisamment marquant pour être célébré en tant que tel…

Et pour cause : se diriger vers la Gueoula ne peut se faire qu’à partir de l’exil. Loin d’être une punition, la Galouth serait au contraire l’expression de la résistance du réel devant la réalisation effective du peuple juif. Un passage, obligatoire s’il en est, pour quiconque se comporte comme un Juif conscient de sa haute dimension métaphysique. Car inversement : être et rester juif au cœur de la tourmente, c’est cela qui produit l’irruption de la délivrance.

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Vivre pleinement le jeûne du 9 Av, c’est reconnaître que la Galouth est productrice de la Geoula, le mo’èd par excellence…

C’est de cette manière que nous devons aborder le jeûne du 9 Av : lorsque, après la prière du Chemona ‘essré, nous ne réciterons pas les supplications quotidiennes (ta’hanounim), on se souviendra que ce jour est le lieu d’un retournement et qu’il est porteur de l’expérience messianique. Comme il est dit : « Le Saint béni soit-Il transformera le jour du 9 Av en un jour de fête et de joie ; Il reconstruira Lui-même Jérusalem et ramènera les exilés, comme il est dit : « Construisant Jérusalem, l’Eternel y fera pénétrer les exclus d’Israël » (Tehilim 147, 2) » (Yalkout Chimoni, Eikha 5, 1043) – rapidement et de nos jours !

Y.I.RUCK

 

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