Un tribunal russe contre le rav Marcus Lehmann !

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Le rav Marcus Lehmann est une autorité rabbinique allemande du 19e siècle (Hanovre, 10 janvier 1831 – Mayence, 14 avril 1890). Il est l’une des plus importantes figures du judaïsme orthodoxe moderne de son temps et l’un des hérauts de la lutte contre l’influence croissante du mouvement réformiste.

Il suit dans sa jeunesse une formation rabbinique, puis, en 1853, la congrégation de Mayence construit un nouveau lieu de prières dans la nouvelle ville de Mayence pourvu d’un orgue. Les membres qui s’opposent à cette innovation se regroupent en un Religionsgesellschaft présidé par rav Samuel Bondi. Ce dernier, bien qu’éminent talmudiste, n’a pas la compétence requise pour diriger une communauté et propose en 1854 à Marcus Lehmann un emploi de rabbin et de prêcheur.

Il accepte le poste et épouse la fille de rav Samuel Bondi.

Le rav Lehmann s’emploie tout d’abord à faire reconnaître la synagogue de sa congrégation par les autorités civiles. En effet, elle n’a qu’un statut de Religionsgesellschaft (« société religieuse privée ») et ne peut prétendre aux droits au Cultusgemeinde (« communauté du culte », équivalant à une communauté consistoriale), seul agréé. Il y parvient en 1858 mais ce n’est que treize ans plus tard que l’Allemagne légalise la formation de nouvelles communautés, et autorise la communauté juive orthodoxe de Mayence à pratiquer des mariages, des divorces, etc.

Il dote ensuite la communauté d’une école basée sur les principes de rav S. R. Hirsch, combinant les études profanes aux savoirs traditionnels, alors que l’éducation des Juifs allemands se faisait à l’école publique et était complétée par des cours de religion le dimanche. Malgré l’opposition que rencontre son projet, l’école ouvre ses portes en septembre 1859, avec cinquante-trois élèves inscrits.

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En mai 1860, il crée un organe de presse, le Der Israelit, de sensibilité orthodoxe, concurrençant ainsi l’Allgemeine Zeitung des Judenthums de Ludwig Philippson, qui propage la réforme du judaïsme. Ce périodique lui assure une grande influence. Le dernier numéro du der Israelit paraîtra le 10 novembre 1938, la veille de la Nuit de Cristal.

Le rav Lehmann a écrit de nombreux romans-feuilletons et nouvelles plus ou moins biographiques s’inspirant de figures majeures de l’histoire juive, parmi lesquelles rabbi Akiva, Boustenaï, rabbénou Guershom de Mayence, le Sire de Coucy, le Maharam de Rothenburg ou encore Jossel de Rosheim et Josseph Süss Oppenheimer.

Pour la communauté orthodoxe, en tout cas, ces livres ont fait œuvre de pionniers, et ont accompagné de nombreuses générations de jeunes Juifs.

 

Une fois cet hommage bien mérité rendu, passons à l’actualité : l’un de ces ouvrages a déplu aux juges contemporains en Russie, et ils ont interdit la distribution de ce livre ! Le tribunal de la ville russe de Sotchi, sur la mer Noire, s’est en effet pris à l’un des ouvrages de ce rav et l’a jugé trop extrémiste : c’est l’histoire d’un Juif qui a tout fait pour respecter les lois du judaïsme, malgré les pressions extérieures pour l’en empêcher… Le dossier a été transmis au ministère de la Justice russe, qui semble aussi comprendre qu’interdire un ouvrage qui a connu des dizaines d’éditions, y compris dans l’Allemagne du 19e siècle…

Il se peut que cette surprenante décision s’inscrive dans une tendance qui s’est dessinée récemment en Russie, où diverses municipalités visent à entraver le développement de communautés juives normales en leur sein.

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