Univers parallèles au Moyen-Orient

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Photo : Trump, Obama et Biden

La chronique de Michèle MAZEL

Les dés sont jetés. L’Amérique s’apprête à changer de cap. On n’en sait rien de plus en ce moment, ce qui n’empêche pas les commentateurs d’asséner leurs vérités et les hommes politiques d’envoyer leurs recommandations, voire leurs demandes ou même de proférer des avertissements. Les grandes chancelleries, qui semblent vivre dans un univers parallèle, ne cachent pas, malgré leur langage diplomatique, l’espoir de voir le président Biden rejoindre l’accord nucléaire avec l’Iran, négocié par Barack Obama dont il était à l’époque le vice-président.

Une mesure qui convaincrait les pays du Golfe et ceux qui songeraient à les imiter de rentrer dans les rangs en acceptant l’hégémonie des Ayatollahs. Le corollaire serait bien sûr l’abandon du rapprochement avec Israël et la restauration du dogme de la prééminence du problème palestinien qui a été depuis si longtemps la pierre angulaire de la politique de l’Union européenne. De fait, Abou Mazen, qui continue à vivre lui aussi dans un univers parallèle compte bien voir la nouvelle administration revenir sur la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël et ramener l’ambassade à Tel Aviv. Il a sans doute oublié que Joe Biden, alors sénateur, avait voté pour ce transfert.

Téhéran, qui se réjouit ouvertement de l’échec de Trump, salue l’avènement d’une nouvelle ère et la fin des sanctions et lance des menaces voilées à ses voisins du Golfe. Les milices houthies à ses ordres viennent d’envoyer des missiles sur des installations pétrolières de l’Arabie saoudite, leur ennemi juré. Un royaume pris entre deux univers parallèles. Gardien de la Mecque et de Médina, les deux villes saintes de l’islam sunnite. Tenant d’un islam pur et dur. Traditionnel soutien de la cause palestinienne comme le répète le vieux monarque.

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C’est pourtant sous l’impulsion et avec l’encouragement du prince héritier Mohammed Ben Salman que les Émirats arabes unis ont sauté le pas et normalisé leurs relations avec Israël, suivis par Bahreïn et que le Soudan s’apprêterait à le faire. Le prince a même autorisé les appareils israéliens à survoler son territoire. Et il vient de rencontrer chez lui en Arabie saoudite le premier ministre israélien venu avec le secrétaire d’État américain. Une rencontre démentie avec une telle rapidité qu’elle valait confirmation.

D’ailleurs Abou Mazen, qui ne manque jamais une occasion de parler avant de penser, s’est empressé d’accuser le prince d’avoir rencontré «l’ennemi». Il n’a pas encore compris que tous en Arabie saoudite se souviennent du soutien apporté par le président Obama au mouvement des Frères musulmans, un mouvement interdit en Arabie saoudite. L’Amérique avait suspendu son aide à l’Égypte et à son nouveau président, Al Sissi, «coupable» d’avoir renversé le président Morsi, l’homme des Frères musulmans. Ce qui explique pourquoi le haut conseil des Sages saoudien vient de lancer un violente diatribe mettant en garde contre tout contact avec les Frères musulmans, «un groupe qui a dévié de la voie de l’islam et qui provoque la controverse dans le monde arabe et musulman et utilise des méthodes de violence et de terrorisme».

Cet avertissement à peine voilé adressé à celui qui fut le second d’Obama n’a pu être donné qu’avec l’autorisation expresse des autorités. Dernier élément, et ce n’est pas le moindre, l’Arabie saoudite, l’Égypte, la Jordanie les Émirats, Bahreïn et le Soudan viennent de participer à un exercice militaire de grande envergure. Bref, c’est le Moyen-Orient tout entier qui est dans l’expectative.

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