La vache rousse et la Gueoula

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« Qu’on fasse venir la mère et qu’elle nettoie les excréments de son petit ! »

Un Midrach enseigne : « Le fils d’une servante avait sali le palais du roi. Le roi s’exclama alors : « Qu’on fasse venir la mère et qu’elle nettoie ses excréments ! » Ainsi S’exclama le Saint béni soit-Il :  » Qu’on fasse venir la vache et qu’elle répare les exactions du veau (ma’assé ha’éguèl) ! » » (Bamidbar Raba 19,8). La mitsva de la vache rousse aurait donc but de réhabiliter le peuple juif après la faute du veau d’or, précisément en permettant à ses membres de retrouver une pureté originelle après avoir été contaminés par la mort.

Lors du don des premières Tables, en effet, tandis que la communauté d’Israël s’apprête à recueillir la Tora des mains de Moché rabbénou, elle commet la faute du veau d’or. « Au moment même où ils reçoivent la Tora, écrit le Maharal, à cette heure où Israël a atteint le plus haut niveau qui soit, où il a franchi les bornes de l’humain, c’est précisément là que s’agrippe à lui une puissance capable de ramener au néant » (Nétsa’h Israël, chap. 2). Une idée que le roi David résume par ces mots : « J’avais proclamé : « Vous êtes enfants divins, tous fils du Ciel », vous mourrez pourtant comme des hommes ; comme des princes, vous tomberez » (Psaumes 82,6). Ou comme l’enseigne le traité ‘Avoda Zara, p.5a, si les enfants d’Israël n’avaient pas fauté au pied du Mont Sinaï, ils n’auraient plus jamais connu la mort, la réparation (tikoun) de la faute d’Adam haRichon ayant alors été accomplie…

 « Bemakom ché ba’alé techouva ‘omdim… »

Le Sfat Emet (‘Houkat, année 5637) va même plus loin : pour lui, la paracha de la vache rousse n’a de sens qu’après la faute du veau d’or. Par conséquent, à côté d’une pureté dira-t-on « originelle » –  et que le rav Alter nomme celle des « justes accomplis », ces tsadikim guemourim qui n’ont jamais connu la faute, il existe une seconde forme de pureté qui, tout en laissant une place au mal, le renverse. Un processus de purification qui permet, pour ainsi dire, de faire resurgir la vie à partir de la mort, nous dévoilant ainsi cette vérité paradoxale propre à l’unicité divine traversant l’ensemble de la Création.

LIRE  Parachath Vayikra

A côté d’une unité, pour ainsi dire, inviolée et qui serait antérieure à la Création, c’est-à-dire au dévoilement du Saint béni soit-Il (cf. Pirké dérabbi ‘Eliézer : « Avant la Création du monde D’ était seul avec Son Nom – Hou véChemo lévad ») –, il existerait donc une unité « retrouvée » exprimant en acte le déroulement de l’aventure créatrice et de son achèvement parfait, comme il est dit : « L’Eternel sera roi sur toute la terre ; en ce jour, l’Eternel sera un et unique sera Son Nom – E’had ouChemo é’had » (Zekharia 14, 9).

Or, force est de reconnaître que cette seconde forme de dévoilement de l’Unité divine n’est rendue possible que par la techouva et les fautes (!) qu’elle a la force de sublimer. Et que ce qui est vrai pour l’individu l’est aussi pour toute l’histoire de l’œuvre humaine (‘avoda), lorsqu’elle aura atteint sa conclusion et vécu le dévoilement de l’unité divine avec l’avènement messianique, rapidement et de nos jours.

« …Et qui n’a jamais porté de joug »

Car ce retournement inscrit dans la mitsva de la para adouma n’est autre que celui de la fin des empires qui surviendra au terme de l’exil, lorsque le mot Sinaï ne sera plus synonyme de sina ; comme l’enseigne le Yalkout Chimoni (’Houkat 19) : « « Et qui n’a jamais porté de joug » (Bamidbar 19, 2), c’est le quatrième empire qui ne plie pas sous le joug de la royauté divine ; non seulement il la refuse, mais il l’injurie, blasphème et déclare : « Qui peut-il être pour moi dans le ciel ? » (Psaumes 73,25). « Vous la remettrez alors au prêtre Elé’azar ; il la fera conduire hors du camp » (Bamidbar 19, 3). Car, dans le futur, le Tout-puissant expulsera un grand dirigeant hors de ses frontières. « Et on l’égorgera en sa présence » (Bamidbar 19, 3), comme il est dit : « Un festin pour l’Eternel se prépare à Batsra, de grandes hécatombes dans le pays d’Edom » (Isaïe 34, 6) ; rabbi Berkhia a dit : – Il sera un grand boucher sur terre. « Alors, on brûlera la vache sous ses yeux » [Sous les yeux du cohen officiant au rituel de la vache rousse (Bamidbar 19, 5)]. Car, commente le Midrach, « son corps sera détruit, livré à l’action du feu » (Daniel 7, 11). « Sa peau et sa chair… » (Bamidbar 19, 5), lui, ses décisionnaires, ses gouvernants, et ses exécutants, comme Tu l’as dit : « Tes biens et tes marchandises, tes denrées, tes matelots et tes pilotes, tes calfats et tes courtiers, et tous les gens de guerre qui étaient chez toi » (Yi’hézkiel 27, 27). Chemouël, fils d’Its’hak a ajouté : – Même ceux de Mon camp qui se sont approchés et se sont associés à ton projet, eux aussi ils périront dans les flots, le jour de ton naufrage »…

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Brrr…

Y.I.RUCK

 

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