Yossef et ‘Hanoucca

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Par David E. Avraham

La lecture des péripéties de Yossef dans la Tora coïncide toujours avec la fête de Hanoucca. Chaque année les sections de Vayechev, Mikets et Vayigach sont lus juste avant ou pendant la célébration du miracle de la fiole d’huile. Cette rencontre n’est pas fortuite, bien au contraire. On la retrouve dans le Talmud au traité de Chabbath page 21b, et page 22a. Le Talmud y rapporte une loi énoncée par rav Kahana au nom de rav Nathan bar Minioumi au nom de rav Tan’houm : une Hanouccia placée au-dessus de 20 amoth (9,60 m) est invalide. Cette loi est suivie par une drasha du même maître, mais cette fois au sujet du puits de Yossef.

Que signifie le verset : « Le puits était vide et sans eau » S’il était vide, ne savons-nous pas qu’il était sans eau ? Cela nous apprend qu’il ne contenait pas d’eau, mais il grouillait de serpents et de scorpions.

L’histoire de Yossef s’entremêle une nouvelle fois avec la fête de ‘Hanoucca. Mais ce n’est pas tout ! Le rav Nathan Shapira écrit dans son ouvrage Megualé ‘amoukoth que l’exil grec est une réparation spirituelle de la vente de Yossef dont la valeur numérique est égale à celle des mots Melekh Yavan (Antiochus). Il amène comme preuve l’un des principaux décrets grecs : « Ecrivez sur la corne d’un taureau que vous n’avez pas de part dans le D’ d’Israël. » Rav Eliahou Dessler y voit une référence au rapport des Hellènes à la nature. En effet, le taureau (surtout dans les temps anciens) symbolise la force de la nature. Ceci est d’autant plus vrai pour la corne du bovin. Jusqu’aujourd’hui, des hommes testent leur bravoure en chevauchant des taureaux durant des rodéos ou en les combattants lors de corrida. À l’instar du labourage, ses jeux expriment le pouvoir hégémonique de l’homme sur la nature. L’homme, être suprême, contrôle et utilise la création à sa guise par le biais de son intelligence. Les Grecs imposèrent aux Juifs une adhésion profonde et complète à cette conception du monde. Rav Nathan Shapira nous révèle qu’il y a aussi dans ce décret une allusion direct à Yossef. Car Yossef est appelé taureau dans la Tora, comme il est écrit : « Puisse-elle reposer sur la tête de Yossef, sur le front de l’élu de ses frères ! Le taureau, son premier-né qu’il est majestueux ! Ses cornes sont celles du reêm. » Cela dit, qu’est-ce nous révèle cette allusion à Yossef ? Et en quoi Hanoucca constitue une réparation de sa vente ?

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Yossef, qui es-tu ?

Il nous faut au préalable répondre à une autre question : qui était Yossef ?

La Tora et nos Sages donnent une description apparemment contradictoire de cet illustre personnage. Yossef est tout d’abord présenté comme l’essentiel de la descendance de Ya’akov : « Voici l’histoire de la descendance de Ya’akov, Jossef… etc. » Rachi explique que son visage était identique à celle de son père.  Le visage est appelé ici ziv hikounim (= lumière de la forme ou de l’image) et non panim (= le visage. cf. Proverbes 27,19). Cela nous enseigne que la ressemblance n’était pas simplement physique, mais spirituelle. Yossef possède une âme hautement élevée, semblable à celle de Ya’akov. Nos sages nous enseignent au sujet de Ya’akov que sa beauté évoque celle d’Adam harichon (cf. Baba Batra 58a). Ils disent également que son visage est gravé sur le trône céleste. Le Maharal explique que l’âme de Ya’akov a atteint un niveau d’attachement à D’ semblable à celle d’Adam avant le péché originel. Yossef possèdait une âme semblable. La Tora parle de l’amour de Ya’akov pour Yossef, plus précisément de l’amour d’Israël pour Yossef, soit le niveau le plus accompli de Ya’akov. Cet amour résulte apparemment du simple fait qu’il était le fils de sa vieillesse. Ce qui parait très superficiel. Mais là encore, Rachi nous éclaire sur le sens complet du mot zikounim (traduit par vieillesse). Rachi rapporte la traduction du Targoum Onquelos : Bar Hakim (fils de sa sagesse). Il ajoute que Ya’akov a transmis toute sa Tora à Yossef d’où son amour. Rachi dit aussi que la ressemblance « physique » de Yossef avec Ya’akov était aussi une raison de son amour. Il ressort de ces versets une description très favorable de Yossef. Il possède une âme extrêmement élevée et détient toute la sagesse de son père. Néanmoins, la Tora dresse d’autre part un portrait beaucoup moins élogieux du fils chéri d’Israël. Yossef est appelé « na’ar » (= gamin). Rachi explique qu’il agissait de façon enfantine en arrangeant ses cheveux et ses yeux. Une conduite qu’il poursuivra lors de sa servitude en Égypte. Cette attitude de Yossef est difficilement conciliable avec le géant spirituel décrit précédemment.  Comment interpréter les agissements « puérils » de Yossef ? Pourquoi Yossef prenait-il tant soin de son apparence ? Pourquoi arrangeait-il ses cheveux et ses yeux ?

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La Tora de Yossef

Selon rav Yechezkel Shraga Halberstam, l’auteur du Divré Yechezkel, Yossef s’embellissait pour paraitre agréable aux yeux des gens. Il espérait ainsi les rapprocher ainsi de la Tora. Yossef utilisait la matière et la beauté pour sanctifier le nom de D’. Le rav Tsadok hacohen de Lublin explique que Yossef est appelé « l’opposant d’Essav », car à l’inverse de ce dernier Yossef attache sa maîtrise de la nature à D’. Il ne dit pas en son cœur : « C’est ma propre force, c’est le pouvoir de mon bras, qui m’a valu cette richesse. » Il attribue tous ses succès à D’, comme il est écrit : « Son maître vit que D’ était avec lui. »

Rachi explique que le nom de D’ était constamment sur les lèvres de Yossef. C’est là toute la Tora de Yossef : utiliser la matière et la beauté pour sanctifier D’ dans l’obscurité d’un monde matérialiste. Il n’y a pas de contraction dans l’attitude de Yossef. Le grand sage Yossef arrange ses cheveux et ses yeux pour la gloire de D’. Néanmoins, ses frères ont condamné ce type de comportement. A défaut de la tuer, ils l’ont vendu. Car selon eux, Yossef représentait un danger pour le peuple d’Israël.  Il s’avère qu’il n’était pas un danger, mais un sauveur. Le Midrach enseigne effectivement que son rejet des avances de la femme de Potifar a donné aux enfants d’Israël la force de résister aux perversions de l’Égypte. Sa condamnation, et par conséquent sa vente, était donc une erreur de la part de ses frères. À la lumière de ses explications, on comprend le rapport de Yossef avec Hanoucca, tout particulièrement avec la vente de Yossef. La Tora de Yossef éclaire notre relation avec la matière et la nature. Certes, l’homme contrôle et utilise la nature, mais il le doit à D’. La Tora de Yossef chasse l’obscurité des Hellènes en scandant : « Nous avons part dans le D’ Israël ». Elle nous invite à réellement vivre avec D’ et à propager la lumière de Sa gloire.

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Puisse la lumière de Yossef et celles de ‘Hanoucca illuminer notre existence.

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